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🇨🇮🇨🇲🇸🇳Performances Musicales:Un système de certification musicale en Afrique Francophone lancé à Abidjan

L’Afrique francophone se dote de son propre système de certifications musicales
L’industrie musicale africaine s’organise. À ce titre, un système de certifications, inédit jusque-là, vient d’être lancé à Abidjan : Africa Music & Charts (AMC). Revue de détail.

Himra ne pourra plus accuser son rival Didi B d’avoir « zéro or, zéro platine », comme dans son morceau « Dagbachi », devenu un classique du rap Ivoire en général, et des diss tracks en particulier. Car Didi B s’est offert trois Singles or et un Album platine, History, en plus d’un Disque d’or avec son ancien groupe Kiff No Beat, pour l’album Blédard Is The New Fresh (2019).

Pas de quoi impressionner Himra, cependant, qui remporte quant à lui la Platine pour l’édition Deluxe de son dernier album, Jeune & riche, sorti en juillet 2024, et auquel le jeune drilleur doit sa consécration. Car les artistes et leurs cohortes de fans peuvent désormais s’appuyer sur le système de certifications d’Africa Music & Charts (AMC) pour mesurer leurs performances respectives.

C’est un système inédit en Afrique francophone, dévoilé par l’organisation le 26 mai 2025 dans la plus haute salle de conférence du prestigieux Ivoire Trade Center (ITC) d’Abidjan, et destiné à créer « une industrie musicale plus lisible, plus équitable et plus ambitieuse », selon la présidente d’AMC, Diadame Diaw.
Les artistes, véritables acteurs de l’économie musicale

Le dispositif AMC « vient confirmer la volonté des industries culturelles en Afrique de se mettre au diapason de ce qui est fait ailleurs, explique Salif Traoré, dit A’Salfo, leader du groupe de zouglou Magic System et pilier de l’industrie musicale ivoirienne. Aujourd’hui, on parle de streaming. On parle de digitalisation de l’espace culturel africain. Donc, il n’y a pas de raison qu’avec des chiffres fiables et transparents, nous ne puissions pas certifier nos artistes qui deviennent de plus en plus des acteurs de cette économie musicale africaine. Cette certification est une excellente chose, qui arrive même un peu tard. »

La raison de ce retard, pour A’Salfo, tient à une fracture numérique qui commence tout juste à se réduire, alors que le développement d’une classe moyenne en Afrique francophone voit augmenter le pouvoir d’achat, y compris dans la culture. « Sur le plan du streaming, conclut-il, l’Afrique est devenue un territoire sur lequel il faut compter. »

Pour mettre ce système en place, il a fallu collecter massivement les données d’écoute des morceaux à succès auprès des labels et mettre conjointement en place, pour s’adapter aux usages numériques, une unité de mesure par « équivalent ventes » ou par « équivalent streams », qui prend en compte à la fois les ventes physiques et numériques et les streams audios et vidéos, gratuits et payants.

Pour les albums, un artiste doit ainsi atteindre 5000 équivalents-ventes pour obtenir une certification or, le double pour la platine et le décuple pour le diamant. Pour les singles, les seuils sont fixés à 5 millions d’équivalents-streams pour l’or, 10 millions pour la platine et 30 millions pour le diamant, 1 téléchargement valant 150 streams.

En appliquant ce barème, 95 certifications ont été décernées par AMC. Avec, n’en déplaise aux Ivoiriens qui recevaient à domicile, une écrasante victoire du roi de la rumba congolaise Fally Ipupa, qui en obtient 39 à lui tout seul, « consolidant, selon AMC, son statut d’icône et de modèle d’exportabilité musicale africaine ».

La certification la plus élevée revient cependant au jeune chanteur et arrangeur ivoirien Tam Sir pour son célébrissime « Coup du marteau », devenu l’hymne officieux des Éléphants -et de la compétition tout court- lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2024, disputée en Côte d’Ivoire et remportée par la sélection nationale sur son sol.

Le titre, sorti fin 2023, obtient ainsi une triple certification diamant, tandis que l’hymne officiel, « Akwaba », cosigné par Magic System, la chanteuse nigériane Yemi Alade et le rappeur égyptien Mohamed Ramadan, est certifié or, prouvant une nouvelle fois que la musique et le football font bon ménage. La scène sénégalaise est représentée également, notamment par Wally Seck et Amadeus, le Togo par Toofan, le Cameroun par Krys M et le Gabon par Emma’a.

Hommage à DJ Arafat

L’AMC a également rendu hommage à DJ Arafat, légende ivoirienne du coupé-décalé dont la vie et la carrière ont été fauchées en 2019 dans un accident de moto. Six ans après sa mort, « Yorobo » a vu son héritage couronné à titre posthume par six certifications, dont l’album Renaissance a obtenu un triple Disque de platine, remis à sa toute jeune fille Rafna Houon. Car la certification 2025 concerne toutes les sorties entre le 1er janvier 2024 et le 31 décembre 2024, mais aussi les singles, EP ou albums sortis antérieurement et ayant atteint un seuil « certifiable » pendant cette période.

« Ce système était nécessaire parce qu’il y avait un problème de transparence dans l’industrie musicale d’Afrique francophone, indique la productrice et manager Julie Mourchidi, membre du conseil professionnel d’AMC. L’utilisation des données jusque-là restait opaque. Il n’y avait pas d’organisme qui fédérait tous les territoires. Désormais, on offre aux artistes l’opportunité de se situer dans l’industrie mondiale. »

En revanche, l’AMC n’a pas la possibilité de vérifier l’authenticité des streamings dans les données collectées, et donc de mettre fin aux polémiques sur les vues supposément achetées par certains artistes, avec des chiffres étrangement hauts dans les pays qui ne constituent pourtant pas leur bassin d’audience. « Ce n’est pas notre rôle, tranche Julie Mourchidi. Nous, on analyse la data, et dans les tableaux de streamings qu’on nous livre, on ne peut pas retrouver l’origine des écoutes. »

A’Salfo tente justement d’ouvrir une piste pour développer la collecte de données musicales sur le continent, avec G-Music Analytics, un dispositif visant à récupérer automatiquement les chansons diffusées dans les espaces publics, y compris les boîtes de nuits, les bars et les maquis, grâce à des bornes dotées de reconnaissance vocale.

Cet outil devrait permettre la collecte de données fiables par les États et les institutions, et faciliter ainsi la répartition équitable des droits d’auteur aux créateurs, y compris pour les morceaux anciens et les chansons du terroir. Après plusieurs phases pilotes, dont la dernière vient de prendre fin au Bénin, A’Salfo ambitionne un déploiement de G-Music Analytics d’ici à la fin de l’année en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo et en Guinée.

La Rédaction

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