🇨🇮🇨🇲Financement du Hezbollah : la Côte d’Ivoire et le Cameroun sous le radar financier de Washington
Pressions diplomatiques, enquêtes transfrontalières et soupçons de flux financiers illicites : l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont désormais au cœur de la stratégie américaine de lutte contre le financement du terrorisme. La Côte d’Ivoire et le Cameroun apparaissent, selon plusieurs sources sécuritaires, comme des zones de vigilance accrue.
La coopération sécuritaire entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire a franchi un nouveau palier début 2026. Selon des informations recueillies auprès de sources proches des services de renseignement, Washington a intensifié ses démarches auprès des autorités ivoiriennes afin d’accélérer une enquête sensible portant sur de présumés circuits de financement du Hezbollah transitant par le pays.
Cette montée en pression s’est traduite, à la mi-janvier 2026, par la visite discrète à Abidjan d’un haut responsable régional du FBI, chargé des dossiers Afrique. Un déplacement à forte portée politique, sur fond de préoccupations américaines concernant l’utilisation de certaines places économiques africaines comme zones de transit financier.
Une enquête financière lancée dès 2024
Les investigations ne sont pas nouvelles. Dès mai 2024, une première équipe du FBI s’était rendue à Abidjan pour analyser des flux financiers estimés à plusieurs millions d’euros, soupçonnés d’être liés à des réseaux d’affaires libanais installés en Côte d’Ivoire.
En avril 2025, une enquête formelle est ouverte côté ivoirien, en coordination avec le bureau régional du FBI basé à l’ambassade américaine. À ce stade, aucune inculpation publique n’a été prononcée, et les autorités ivoiriennes maintiennent une communication extrêmement mesurée.
L’objet de l’enquête porte sur des mécanismes indirects de financement, et non sur des transferts bancaires classiques : collecte communautaire, circuits commerciaux complexes, opérations de compensation informelle et investissements dans des secteurs à forte liquidité.
Marcory, hub économique sous observation
À Abidjan, les regards se concentrent sur Marcory, quartier emblématique de l’activité économique ivoirienne, souvent surnommé le « petit Beyrouth » en raison de la forte implantation de la diaspora libanaise.
Import-export, BTP, immobilier, commerce de gros, distribution : la communauté libanaise constitue un pilier historique de l’économie ivoirienne, avec des milliers d’emplois directs et indirects. C’est précisément cette densité économique qui attire l’attention des services occidentaux.
Selon plusieurs rapports occidentaux sur les réseaux de financement du Hezbollah en Afrique, certains mécanismes communautaires de collecte de fonds, dont la zakat (contribution religieuse), pourraient, dans des cas isolés, être détournés vers des circuits internationaux opaques.
Les représentants de la communauté libanaise rejettent fermement toute généralisation. Ils dénoncent des amalgames dangereux, rappelant que la quasi-totalité des opérateurs économiques exercent des activités licites, contrôlées et fiscalisées.
Le Cameroun, prochaine zone de vigilance ?
Au-delà de la Côte d’Ivoire, le Cameroun apparaît désormais dans les analyses prospectives américaines. Considéré comme un pilier économique de l’Afrique centrale, le pays abrite également une importante communauté libanaise, très active dans l’industrie, l’immobilier, le commerce et les services.
Selon plusieurs experts en sécurité financière, la combinaison d’un dynamisme économique, de circuits commerciaux régionaux et de dispositifs de contrôle encore perfectibles place le Cameroun dans le champ de surveillance du FBI et du Trésor américain.
Aucune enquête judiciaire publique n’y est annoncée à ce stade. Mais, selon nos informations, des échanges techniques sont en cours entre autorités camerounaises et partenaires occidentaux sur la traçabilité de certains flux transnationaux.
Le précédent Nazem Ahmad, cas d’école
L’intérêt américain pour l’Afrique s’inscrit dans une stratégie globale illustrée par le dossier Nazem Ahmad. En 2023, l’OFAC (Trésor américain) a sanctionné ce diamantaire et collectionneur libanais, accusé d’avoir orchestré un système de blanchiment d’environ 440 millions de dollars entre 2020 et 2022 au profit du Hezbollah.
Selon Washington, ces fonds auraient transité par des activités commerciales légitimes : négoce de diamants, immobilier, marché de l’art. Une partie des avoirs a été gelée au Royaume-Uni, notamment une collection d’œuvres majeures. Les personnes visées contestent ces accusations.
Pour les autorités américaines, ce dossier démontre la capacité des réseaux à dissimuler des flux illicites dans l’économie réelle, rendant les investigations particulièrement complexes.
L’Afrique de l’Ouest et centrale, nouveau front financier
Depuis une décennie, Washington considère l’Afrique comme un maillon stratégique dans la lutte contre le financement du terrorisme. Ports performants, systèmes bancaires en croissance, zones de libre-échange et forte présence diasporique constituent autant d’atouts économiques… mais aussi de vulnérabilités potentielles.
La Côte d’Ivoire, hub financier de l’UEMOA, et le Cameroun, porte d’entrée de l’Afrique centrale, se retrouvent sur une ligne de crête : préserver leur attractivité économique tout en renforçant leurs dispositifs de conformité financière.
Les autorités ivoiriennes ont multiplié les réformes sous l’égide du GIABA et du GAFI, améliorant la surveillance des flux, la déclaration des transactions suspectes et la coopération internationale.
Une équation sensible
Pour Abidjan comme pour Yaoundé, l’enjeu est double :
- éviter toute stigmatisation de communautés économiques clés,
- tout en répondant aux exigences croissantes des partenaires internationaux en matière de lutte contre le financement du terrorisme.
À ce stade, les enquêtes restent en cours, sans conclusions judiciaires définitives. Mais une chose est acquise : l’Afrique n’est plus un angle mort de la finance sécuritaire mondiale.
L’intensification des investigations américaines en Côte d’Ivoire — et la vigilance accrue autour du Cameroun — illustrent un changement de paradigme. Les flux financiers africains, longtemps considérés comme périphériques, sont désormais scrutés avec la même attention que ceux des grandes places internationales.
Entre impératifs de sécurité, équilibres diplomatiques et protection des dynamiques économiques locales, le dossier du financement du Hezbollah en Afrique s’annonce comme l’un des enjeux financiers et géopolitiques majeurs des prochaines années.
VICTOR ESSO TIKI


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