A LA UNEAfriqueToute l'Actualité

🇨🇲🇬🇦🇨🇬🇬🇶🇹🇩🇨🇫CEMAC – Sommet extraordinaire de Brazzaville : la chute des réserves de change ravive le spectre d’une dévaluation du FCFA

Les réserves de change de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont tombées à 6 203 milliards de FCFA à fin octobre 2025. Une baisse qui relance les inquiétudes sur la soutenabilité du régime de change et pose, en filigrane, la question taboue d’une éventuelle dévaluation du franc CFA.

Réunis à Brazzaville Dans quelques jours à l’occasion d’un sommet extraordinaire, les chefs d’État de la CEMAC devront faire face à une équation économique de plus en plus complexe. En l’espace de dix mois, les réserves de change de la zone ont reculé de 146 milliards de FCFA, confirmant une tendance baissière observée depuis plusieurs trimestres. Ce niveau, bien qu’encore supérieur au seuil critique, constitue un signal d’alerte sérieux pour une union monétaire fortement dépendante des exportations de matières premières.

Une érosion progressive mais préoccupante

À fin octobre 2025, les réserves de change s’établissent à 6 203 milliards de FCFA, contre plus de 6 300 milliards en début d’année. Cette contraction reflète plusieurs facteurs structurels :

•la volatilité des cours du pétrole, principale source de devises pour la région ;

•la hausse des importations, notamment alimentaires et énergétiques ;

•la pression croissante sur les finances publiques, alimentée par des déficits budgétaires persistants ;

•et le service de la dette extérieure, de plus en plus coûteux dans un contexte de resserrement financier international.

Pour une zone monétaire dont la stabilité repose sur l’ancrage du FCFA à l’euro et la centralisation des réserves à la BEAC, la dynamique actuelle interroge la capacité à maintenir durablement les équilibres extérieurs.

Dévaluation : un scénario encore évité, mais plus totalement exclu

Officiellement, ni la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), ni les autorités politiques ne parlent de dévaluation. Mais dans les cercles économiques, le sujet n’est plus tabou. L’histoire récente de la région rappelle que la dévaluation de 1994 avait été précédée par une chute prolongée des réserves et une incapacité des États à ajuster leurs politiques économiques.

Aujourd’hui, même si le niveau actuel des réserves permet encore de couvrir plusieurs mois d’importations, leur rythme de dégradation inquiète. Une poursuite de cette tendance, combinée à une discipline budgétaire insuffisante, pourrait fragiliser le régime de change fixe et accroître la pression sur la parité du FCFA.

  • Le sommet de Brazzaville, un test de crédibilité

Le sommet extraordinaire de Brazzaville est donc perçu comme un moment décisif. Les partenaires techniques et financiers, au premier rang desquels le FMI, attendent des engagements clairs :

•renforcement de la discipline budgétaire ;

•accélération des réformes structurelles ;

•amélioration de la gouvernance des finances publiques ;

•et diversification réelle des économies, encore trop dépendantes des hydrocarbures.

Sans mesures fortes et coordonnées, la CEMAC risque de voir ses marges de manœuvre se réduire dangereusement, rendant plus coûteux – économiquement et socialement – tout ajustement futur.

Un avertissement plus qu’une fatalité

La baisse des réserves de change à 6 200 milliards FCFA ne signifie pas une dévaluation imminente. Mais elle constitue un avertissement clair. La stabilité monétaire de la CEMAC dépend désormais de la capacité des États à agir collectivement, rapidement et avec rigueur.

À Brazzaville, plus qu’un simple constat, les décisions attendues devront rassurer les marchés, les investisseurs et surtout les populations, déjà éprouvées par l’inflation et la faiblesse du pouvoir d’achat. Faute de quoi, la question de la dévaluation pourrait cesser d’être une hypothèse pour devenir une option imposée par la réalité économique.

Victor ESSO TIKI 

Laisser un commentaire