🇨🇲 CAMEROUN – MUSIQUE:Nnanga, Seppo, Lydol : la nouvelle génération qui gifle les clichés
Elles semblent s’être passé le mot.
Comme si, loin du vacarme du suivisme ambiant, elles avaient décidé de sonner la révolution. À contre-courant d’une génération Z souvent accusée de mimétisme culturel, Sandrine Nnanga, Alexandra Bito Seppo et Dolly Sorel Nwafo alias Lydol ont fait un choix audacieux : se réapproprier leur identité, exalter leur authenticité et sublimer le patrimoine musical camerounais.
Vu de Kumba, ces trois artistes – respectivement âgées de 36, 27 et 32 ans – sont même plus âgées que les Lions Indomptables quart-finalistes de la dernière CAN. Est-ce ce détail qui les rendrait indignes de la louange populaire en ce début d’année 2026 ? Bien malin celui qui saurait répondre.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que leurs récentes productions méritent hommage, tant elles honorent, chacune à leur manière, l’identité camerounaise sur les ondes, les écrans et les scènes africaines.
Sandrine Nnanga, le Bikutsi sans fard
Tout commence avec « Sobo » (Le Savon), une déflagration vocale et rythmique signée Sandrine Nnanga. Le titre explose les mièvreries afropop de l’heure et surprend par un virage musical aussi inattendu que maîtrisé.
Loin des odes amoureuses et des mélodies monocordes qui ont longtemps façonné son image, l’ex-chanteuse de Macase livre ici un Bikutsi d’une rare pureté rythmique, porté par un chant en Eton, Ewondo et français d’une précision remarquable.
La voix se libère, s’affirme, captive. Le mélomane se surprend à vouloir écouter immobile… avant que des séquences savamment cadencées ne rappellent que le Bikutsi est, avant tout, une musique du corps et du mouvement.
La chorégraphie d’Ayissi Leduc, dans le vidéogramme réalisé par Adah Akenji, parachève l’extase, malgré quelques imperfections techniques assumées d’un clip au charme vintage.
Seppo, l’audace old school assumée
Avec « Maléa ma Muto » (Les conseils de l’épouse), Alexandra Bito Seppo confirme son statut de passeuse entre les générations. Déjà reconnue pour ses reprises et collaborations « old school », elle franchit ici un cap majeur : se mesurer, sans trembler, à l’héritage de Marthe Zambo.
Le chant est juste, mais surtout habité. Il mûrit, s’enrichit et déploie une énergie suave qui redonne souffle et relief à un classique du début des années 2000.
Le fait qu’une artiste aussi jeune chante avec autant d’aisance en langue Duala force l’admiration.
La présence silencieuse de Marthe Zambo dans le clip, fragile mais digne, agit comme une transmission symbolique : celle d’un flambeau culturel confié à une héritière crédible.
Lydol, la parole comme boussole
Enfin, « Ya Kilane » (La terre tourne) de Lydol s’impose comme un pari artistique aussi courageux qu’original. Sur le ring du verbe, la slammeuse affronte un monument : Donny Elwood.
En quatre strophes et trois minutes trente, le duel se joue en français, camfranglais et fong du Sud Cameroun.
Le texte appelle la jeunesse à la prudence, au respect des aînés, sans jamais sombrer dans la morale convenue. Le flow est assuré, l’écriture dense, virile, profondément ancrée dans le vécu camerounais.
Avec ce titre, Lydol démontre qu’elle n’est pas seulement une voix engagée, mais une artiste d’avenir, capable de transformer les tempêtes personnelles en matière créative et de tourner le dos aux procès hâtifs d’une opinion parfois vampire.
Chapeau bas, Mesdames
À travers ces trois trajectoires, une évidence s’impose : la modernité musicale camerounaise n’a pas renié ses racines.
Elle les revisite, les réinvente, les projette vers l’avenir.
Et si la terre tourne, comme le rappelle Lydol, une partie de la jeunesse camerounaise est déjà prête à en affronter les défis.
Chapeau bas, Mesdames.
Heyndrick Bile


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