🇨🇲Cameroun:À Douala, l’ENSPD veut réconcilier la théorie et le terrain dans les métiers de l’énergie
À l’heure où le Cameroun accélère timidement sa transition énergétique tout en affrontant les défis chroniques de l’accès à l’électricité, du froid industriel et de l’efficacité énergétique, l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Douala entend rapprocher la formation académique des réalités du marché.
À travers sa “Journée de l’Énergie 2026” et la “Conférence des aînés académiques”, le Département du Génie Énergétique de l’école a réuni enseignants, ingénieurs, experts du froid industriel et professionnels des énergies renouvelables autour d’une interrogation centrale : comment former des ingénieurs capables de répondre aux contraintes concrètes du terrain camerounais ?
Former des ingénieurs pour les réalités africaines
Placée sous le thème « Énergies renouvelables et efficacité énergétique : réalités, innovations et perspectives au Cameroun », la rencontre a surtout mis en lumière le fossé persistant entre les enseignements théoriques et les exigences opérationnelles des entreprises.
Pour les organisateurs, l’objectif est clair : exposer les étudiants aux difficultés techniques, économiques et environnementales auxquelles ils seront confrontés dès leur insertion professionnelle.
Les échanges ont notamment porté sur la transition entre l’univers académique et le monde du travail, les compétences réellement attendues chez les jeunes ingénieurs, ainsi que les erreurs fréquemment observées chez les débutants dans les secteurs du froid, de la climatisation et des installations énergétiques.

Le froid industriel confronté au climat tropical
L’un des temps forts de la conférence a concerné les installations frigorifiques dans un environnement tropical, sujet abordé par Dr MBA Leopaul et Dr Adeline Chugoua.
Dans un pays où la chaîne du froid demeure stratégique pour l’agroalimentaire, la santé ou encore la pêche industrielle, les experts ont insisté sur les contraintes spécifiques imposées par le climat équatorial : fortes températures, humidité élevée, pertes thermiques importantes et instabilité du réseau électrique.
Les intervenants ont également évoqué les nombreuses erreurs techniques relevées sur les chantiers : mauvais dimensionnement des équipements, défauts d’isolation, entretien insuffisant ou encore installations non adaptées aux réalités locales.
Au Cameroun, ces dysfonctionnements entraînent souvent une surconsommation énergétique significative et une réduction de la durée de vie des équipements frigorifiques.
La délicate transition des fluides frigorigènes
Autre enjeu majeur : l’évolution des fluides frigorigènes. Les représentants de l’APFCC, P. Ndjeudji et Yves Tchtcouang, ont mis en avant les mutations réglementaires et technologiques qui traversent le secteur.
Avec la disparition progressive du R22 — longtemps utilisé dans les systèmes de climatisation — les professionnels doivent désormais composer avec des fluides plus performants sur le plan environnemental, mais aussi plus coûteux et parfois inflammables.
Cette transition soulève plusieurs défis dans le contexte camerounais : disponibilité limitée des nouveaux fluides, insuffisance de techniciens formés aux nouvelles normes de sécurité, hausse des coûts d’exploitation et difficultés d’approvisionnement.
Dans un marché encore largement dominé par l’informel, les experts alertent également sur les risques liés à l’utilisation de produits non conformes.

L’énergie solaire entre potentiel et contraintes
La Journée de l’Énergie 2026 a également accordé une place importante aux énergies renouvelables, particulièrement au solaire photovoltaïque.
Alors que le Cameroun dispose d’un potentiel solaire important, les intervenants ont souligné que les difficultés restent nombreuses sur le terrain : qualité variable des équipements importés, absence de maintenance, installations mal dimensionnées ou encore insuffisance des audits énergétiques.
Dr MBA Leopaul a insisté sur les erreurs fréquemment observées dans les installations existantes, rappelant que la durabilité des projets dépend autant de la conception que du suivi technique.
Les débats ont aussi mis en lumière la montée des solutions hybrides et des systèmes intelligents, considérés comme des pistes prometteuses pour améliorer l’accès à l’énergie dans les zones mal desservies.
L’employabilité au cœur des préoccupations
Au-delà des aspects techniques, les discussions ont largement porté sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Les professionnels invités ont insisté sur la nécessité, pour les futurs ingénieurs énergéticiens, de développer des compétences transversales : rigueur technique, capacité d’adaptation, maîtrise des outils numériques, culture de maintenance et compréhension des réalités économiques locales.
Dans un contexte où le secteur énergétique camerounais reste confronté à des défis structurels majeurs — déficit d’infrastructures, coût élevé des équipements, instabilité énergétique — les intervenants ont appelé à une formation davantage orientée vers la pratique et l’innovation locale.
À travers cette initiative, l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Douala cherche ainsi à positionner le génie énergétique comme un levier stratégique pour l’industrialisation et la transition énergétique du Cameroun.
VICTOR ESSO TIKI


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