🇨🇲🇨🇫🇹🇩🇨🇬🇬🇶🇬🇦Cameroun:À Douala, la CEMAC et la COMIFAC préparent la gouvernance d’un ambitieux programme forestier financé par la Banque mondiale
La préservation du Bassin du Congo ne se jouera pas uniquement dans les forêts. Elle se construit également dans les salles de conférence où se définissent les mécanismes de gouvernance, les procédures financières et les stratégies régionales qui conditionneront l’efficacité des investissements internationaux. C’est dans cette perspective que s’est ouvert ce mardi matin, à l’hôtel Sawa de Douala, l’atelier régional de consultation et de validation des Manuels d’Exécution du Projet (MEP) du Programme « Économies Forestières Durables du Bassin du Congo » (P505923), financé par la Banque mondiale.
Placée sous la présidence de Dr Francial Giscard Libengue Dobele-Kpoka, Commissaire en charge du Département des Infrastructures et du Développement Durable de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale, la rencontre réunit les principaux responsables régionaux, notamment Hervé Maidou, Secrétaire exécutif de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale, ainsi que des représentants de la Banque mondiale, du projet HISWACA et des experts venus des différents pays de l’espace CEMAC.
Une nouvelle architecture économique pour le Bassin du Congo
Au-delà de la validation technique des manuels d’exécution, l’atelier marque une étape décisive dans la mise en œuvre d’un programme régional qui ambitionne de concilier protection des écosystèmes forestiers, industrialisation durable et création de valeur économique.
L’approche adoptée rompt avec une vision exclusivement conservatrice de la forêt. Elle entend faire du Bassin du Congo un véritable moteur de développement durable en favorisant une meilleure transformation industrielle du bois, la promotion des emplois verts, le développement de chaînes de valeur forestières compétitives et la mobilisation de nouveaux financements climatiques.
Dans cette architecture, la CEMAC pilotera les politiques commerciales et industrielles du secteur bois, tandis que la COMIFAC assurera la coordination des politiques de conservation, de biodiversité et de gestion durable des ressources forestières.
« Optimiser les financements de la Banque mondiale »
Dans son allocution d’ouverture, le Commissaire Dr Francial Giscard Libengue Dobele-Kpoka a rappelé que la réussite du programme dépendra avant tout d’une gouvernance régionale harmonisée.
« Ce projet financé par la Banque mondiale permettra de contribuer à la préservation des forêts du Bassin du Congo et de sa biodiversité. Il est donc question de mieux asseoir l’harmonie et les échanges de tous les pays concernés afin d’optimiser les financements de la Banque mondiale pour atteindre les objectifs fixés », a déclaré le Commissaire.
Cette déclaration traduit l’ambition de la CEMAC de renforcer l’intégration régionale autour des enjeux environnementaux tout en améliorant la capacité des États membres à accéder aux financements internationaux destinés à la lutte contre le changement climatique.
Le Bassin du Congo, un capital naturel à valoriser
Deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, le Bassin du Congo constitue l’un des principaux puits mondiaux de carbone et représente un patrimoine écologique stratégique pour l’Afrique centrale.
Mais cette richesse demeure confrontée à plusieurs défis : exploitation illégale du bois, faible transformation locale, pression démographique, déforestation, fragmentation des politiques publiques et accès encore limité aux mécanismes internationaux de financement climatique.
Le programme soutenu par la Banque mondiale entend précisément répondre à ces défis en développant une approche intégrée combinant conservation, gouvernance régionale, innovation technologique et développement industriel.
Parmi les priorités figurent l’harmonisation des politiques forestières régionales, la promotion du commerce durable du bois, le renforcement de la foresterie communautaire, le suivi numérique des forêts grâce aux technologies géospatiales, ainsi que l’appui à l’Observatoire des Forêts d’Afrique Centrale.
Des procédures communes pour accélérer les investissements
Pendant trois jours, les participants examineront en détail les deux Manuels d’Exécution du Projet destinés respectivement à la CEMAC et à la COMIFAC.
Ces documents définissent les règles de gouvernance institutionnelle, les procédures administratives, financières, comptables et de passation des marchés, les mécanismes de suivi-évaluation ainsi que les dispositifs de sauvegardes environnementales et sociales exigés par la Banque mondiale.
Leur validation constitue une condition préalable à l’entrée en vigueur opérationnelle du programme et à la mobilisation effective des financements.
Une réponse régionale aux nouvelles exigences des marchés internationaux
Au-delà des enjeux environnementaux, le programme répond également aux profondes mutations du commerce mondial du bois.
L’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation, l’évolution des exigences de traçabilité, la montée des certifications environnementales et la nécessité de développer davantage la transformation locale imposent une adaptation rapide des politiques industrielles des pays d’Afrique centrale.
La stratégie portée conjointement par la CEMAC et la COMIFAC vise ainsi à faire émerger une industrie forestière régionale plus compétitive, davantage créatrice de valeur ajoutée et capable de répondre aux nouvelles normes internationales.
Une gouvernance régionale au service de l’économie verte
L’atelier de Douala illustre une évolution majeure de la coopération régionale en Afrique centrale : faire de la gouvernance environnementale un levier de transformation économique.
À travers la mise en place d’une plateforme régionale d’apprentissage, le renforcement des capacités institutionnelles, l’utilisation des technologies numériques, le dialogue avec les communautés locales, le secteur privé et les partenaires techniques, le programme ambitionne de bâtir un modèle où la protection des forêts devient un moteur de croissance inclusive.
La feuille de route qui sera adoptée le 2 juillet ouvrira la voie à la soumission officielle des manuels à la Banque mondiale, avant leur entrée en vigueur et le lancement des premières activités opérationnelles.
Pour les institutions régionales, l’enjeu dépasse la seule conservation des forêts : il s’agit désormais de démontrer que le Bassin du Congo peut devenir un laboratoire africain de l’économie verte, conciliant compétitivité industrielle, intégration régionale et protection durable de l’un des plus précieux patrimoines naturels de la planète.
VICTOR ESSO TIKI


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