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🇲🇦MAROC : LE GOUVERNEMENT EL MANSOURI SOUS PRESSION, L’URGENCE DES RÉSULTATS FACE AUX ATTENTES SOCIALES

Emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, justice territoriale et droits fondamentaux : au Maroc, les attentes citoyennes placent l’action gouvernementale face à une exigence de résultats. Derrière les nominations ministérielles et les équilibres politiques, neuf priorités structurent désormais un appel à davantage de responsabilité, de transparence et d’efficacité dans la conduite des politiques publiques.

Le premier Ministre El Mansouri

RABAT — Au Maroc, le débat sur l’action gouvernementale se déplace vers un terrain décisif : celui des résultats concrets. Alors que la formation et la composition d’un gouvernement alimentent traditionnellement les discussions sur les équilibres politiques et les profils ministériels, une partie des attentes citoyennes s’exprime autour d’une question plus fondamentale : que changera réellement l’action publique dans la vie quotidienne des Marocains ?

C’est le sens de l’interpellation adressée au gouvernement désigné sous l’appellation d’El Mansouri dans le document à l’origine de cet appel. Le message est sans ambiguïté : les nominations ne suffisent plus à convaincre. Les citoyens attendent des engagements mesurables sur l’emploi, le coût de la vie, la qualité des services publics, l’inclusion sociale et la réduction des inégalités territoriales.

Au-delà des personnes et des affiliations partisanes, cette exigence renvoie à un enjeu de gouvernance : la capacité de l’État à convertir les orientations politiques en politiques publiques financées, exécutées et évaluées. Dans un environnement marqué par les pressions sociales et les attentes d’une jeunesse en quête de perspectives, la crédibilité gouvernementale dépendra autant de la pertinence des décisions que de leur traduction sur le terrain.

L’emploi des jeunes, premier test de crédibilité

La question de l’emploi constitue l’un des principaux axes de cette interpellation. Pour les jeunes diplômés, les lauréats des universités et des grandes écoles, l’accès au marché du travail demeure une préoccupation centrale, au même titre que les conditions d’insertion professionnelle et les possibilités d’entrepreneuriat.

L’appel citoyen réclame un plan concret en faveur de l’emploi des jeunes, du développement de l’entrepreneuriat social et solidaire ainsi que du renforcement de la protection sociale. Il insiste également sur l’égalité des chances, indépendamment de l’origine sociale, du territoire, du genre, de l’âge ou du handicap.

L’enjeu est économique autant que politique. Une économie ne peut exploiter pleinement son potentiel de croissance lorsque des compétences restent durablement éloignées de l’emploi productif. Le chômage et la précarité professionnelle peuvent également alimenter le sentiment de déclassement et fragiliser la confiance dans les institutions.

Pour le gouvernement, la réponse ne saurait se limiter à l’annonce de programmes ou à la multiplication des dispositifs d’accompagnement. Elle suppose des objectifs chiffrés, une meilleure articulation entre formation et besoins des entreprises, un soutien aux petites structures productives et une évaluation régulière des emplois effectivement créés.

La question centrale sera donc de savoir si les politiques annoncées permettent d’élargir durablement les perspectives professionnelles et de réduire les inégalités d’accès aux opportunités économiques.

Centre de Rabat

Pouvoir d’achat, santé et éducation : le contrat social à l’épreuve

La deuxième exigence concerne les conditions de vie des ménages. L’accès aux soins, la qualité de l’enseignement et la capacité des familles à faire face à leurs dépenses quotidiennes occupent une place déterminante dans l’appréciation de l’action publique.

Les citoyens réclament des services publics accessibles, performants et équitablement répartis, avec une attention particulière portée aux populations vulnérables. Derrière cette demande se pose la question du rendement social de la dépense publique : les moyens engagés produisent-ils effectivement une amélioration des services rendus ?

Dans le domaine sanitaire, la disponibilité des soins, l’accès aux structures de santé et la qualité de la prise en charge constituent des indicateurs essentiels. Dans celui de l’éducation, la réduction des disparités territoriales, l’égalité d’accès et la qualité de la formation déterminent une partie des perspectives économiques futures.

Le pouvoir d’achat ajoute une dimension immédiate à ces préoccupations. Lorsque les dépenses contraintes pèsent lourdement sur les budgets familiaux, les attentes à l’égard des autorités se concentrent sur des mesures susceptibles de produire des effets perceptibles.

Pour les responsables publics, la difficulté consiste à concilier les besoins sociaux, les contraintes budgétaires et les objectifs de développement à long terme. Cette équation exige des arbitrages transparents, des priorités clairement hiérarchisées et une communication fondée sur des résultats vérifiables.

Handicap et enfance vulnérable : l’inclusion comme obligation publique

L’appel insiste également sur deux sujets qui interrogent directement l’efficacité des politiques de solidarité : l’inclusion des personnes en situation de handicap et la protection des enfants exposés à la précarité.

S’agissant du handicap, les revendications portent sur l’accessibilité des transports, des bâtiments publics, des établissements scolaires, des services de santé et des espaces numériques. Elles concernent également l’accès à l’emploi, à l’éducation et à la participation citoyenne.

L’enjeu dépasse l’adoption de principes généraux. Il s’agit de garantir que les infrastructures et les services permettent réellement aux personnes concernées d’exercer leurs droits dans des conditions équitables. Cela implique des normes applicables, des investissements adaptés et des mécanismes de contrôle.

La situation des enfants de la rue constitue un autre défi majeur. Le texte appelle à la mise en place d’un dispositif national coordonné pour prévenir l’abandon, protéger les enfants contre la violence et l’exploitation et garantir leur accès à l’identité, à l’éducation, aux soins et à un hébergement digne.

La prise en charge doit également intégrer les dimensions psychologique, sociale et juridique, afin d’éviter que les interventions d’urgence ne se substituent à un accompagnement durable.

Sur ces questions, la performance de l’État se mesurera moins à la visibilité des annonces qu’à la capacité des dispositifs à atteindre les bénéficiaires, à assurer leur protection et à produire des parcours de réinsertion durables.

Réduire les fractures territoriales, un impératif économique

La justice territoriale figure parmi les neuf priorités avancées. L’appel réclame des investissements effectifs dans les infrastructures, l’eau potable, les transports, les établissements scolaires et les centres de santé, avec une réduction mesurable des écarts entre les villes et les campagnes.

Cette exigence touche au cœur de la stratégie de développement du royaume. Les infrastructures ne constituent pas seulement une dépense publique : elles déterminent aussi les conditions d’accès aux marchés, la mobilité des travailleurs, l’installation des entreprises et la capacité des territoires à attirer les investissements.

Des disparités persistantes dans l’accès aux services essentiels peuvent limiter les possibilités économiques des populations rurales et accentuer la concentration des opportunités dans les grands centres urbains.

Le défi consiste donc à inscrire les investissements dans une logique d’aménagement équilibré, avec des priorités fondées sur les besoins réels des populations et des indicateurs permettant d’en mesurer les effets.

La décentralisation et la régionalisation avancée sont également présentées comme des leviers de cette transformation. Les collectivités territoriales doivent, selon les revendications exprimées, disposer de moyens effectifs et d’une capacité d’action suffisante pour répondre aux besoins locaux.

Le texte met par ailleurs l’accent sur la représentation des compétences locales dans les provinces du Sud. Il appelle à une participation accrue des acteurs territoriaux aux décisions et à une régionalisation traduite en responsabilités concrètes.

La question est désormais celle de l’exécution : les collectivités disposent-elles des ressources, des compétences et de la marge de manœuvre nécessaires pour transformer les orientations nationales en réalisations locales ?

Droits fondamentaux, parité et diaspora : élargir la participation

La septième exigence porte sur les droits de l’homme, la société civile et la représentation des femmes dans les responsabilités publiques. Elle appelle à des garanties effectives pour les libertés fondamentales, à une participation plus importante des organisations citoyennes et à une meilleure protection des personnes exposées aux violences, aux persécutions et à l’exclusion.

Cette dimension rappelle qu’une politique de développement ne se réduit pas aux indicateurs macroéconomiques. La qualité de la gouvernance dépend également de la capacité des institutions à favoriser la participation, à protéger les personnes vulnérables et à garantir l’exercice des droits.

La représentation des femmes dans les postes de responsabilité constitue, dans cette perspective, un enjeu de participation et d’efficacité institutionnelle. L’objectif ne consiste pas seulement à améliorer les statistiques de représentation, mais aussi à assurer un accès réel aux fonctions décisionnelles.

L’appel s’étend aux Marocains résidant à l’étranger. La diaspora est invitée à être davantage associée aux décisions nationales, tandis que la communication publique devrait reposer sur la transparence, l’accès à l’information et le pluralisme.

Pour le royaume, l’enjeu est de mieux mobiliser les compétences, les réseaux professionnels et les capacités d’investissement des Marocains du monde, tout en renforçant les canaux de dialogue entre les institutions et les citoyens.

Des orientations royales à la responsabilité ministérielle

La neuvième exigence concentre la dimension institutionnelle de cet appel. Elle réclame une feuille de route publique traduisant les orientations royales du 9 octobre en objectifs précis, assortis de responsables identifiés, d’échéances, de moyens financiers et d’un suivi régulier.

Cette demande place l’exécution au centre de la responsabilité gouvernementale. Les orientations politiques, même ambitieuses, ne peuvent produire leurs effets sans programmation, financement, coordination administrative et évaluation.

Le document appelle ainsi chaque ministère à expliquer ses priorités, les ressources mobilisées et les résultats obtenus, notamment en matière d’égalité des chances, d’inclusion sociale, de protection de l’enfance et d’accompagnement des populations vulnérables.

La compétence des ministres, souligne-t-il, doit être appréciée à l’aune de leur action plutôt que de leur notoriété. Une exigence qui renvoie à un principe fondamental de la gestion publique : la responsabilité ne s’arrête pas à la nomination, elle se poursuit dans l’obligation de rendre compte.

Pour donner une traduction concrète à cette ambition, plusieurs instruments pourraient être mobilisés : des indicateurs publics de performance, des calendriers de mise en œuvre, des bilans périodiques et une présentation transparente des dépenses engagées. Ces mécanismes permettraient de distinguer les annonces politiques des résultats effectivement obtenus.

Un avertissement politique, mais aussi un test économique

Les neuf exigences formulées dessinent une feuille de route qui associe justice sociale, inclusion, développement territorial et réforme de la gouvernance. Elles traduisent une attente plus large : celle d’un État capable de répondre aux besoins immédiats sans sacrifier les investissements nécessaires à la croissance future.

Pour le gouvernement, l’enjeu est autant politique qu’économique. La création d’emplois, l’amélioration des services publics, le développement des territoires et la protection des populations vulnérables participent à la confiance dans les institutions. À l’inverse, un décalage persistant entre les engagements annoncés et les réalisations peut fragiliser la crédibilité de l’action publique.

Le texte ne présente pas seulement une liste de revendications. Il appelle à un débat citoyen organisé autour de priorités identifiables et d’exigences vérifiables, dans le respect des principes démocratiques.

La portée de cette interpellation dépendra toutefois de sa capacité à dépasser le registre des déclarations. Pour devenir un véritable instrument de suivi de l’action publique, elle devra s’accompagner d’indicateurs précis, de données de référence et d’évaluations régulières permettant de mesurer les progrès accomplis.

Au Maroc, le véritable test du gouvernement ne sera donc pas uniquement la composition de son équipe, mais sa capacité à démontrer que les décisions prises améliorent concrètement les conditions de vie des citoyens.

Emploi, santé, éducation, pouvoir d’achat, inclusion et justice territoriale : ces priorités dessinent les contours d’un contrat social dont la crédibilité reposera sur l’exécution. Le message adressé aux responsables publics est clair : les citoyens ne demandent pas seulement des orientations, ils attendent des actes, des échéances et des résultats.

SAMIRA.E, CORRESPONDANTE MAROC

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