Cemac-Copil: Interview exclusive du Ministre de L’économie du Congo et Président du Copil Gilbert Ondogo
Gilbert Ondongo «Le Made in Cemac doit être une réalité pour réduire notre déficit commercial,cela passe par une libre circulation des personnes et des biens».
Le ministre d’Etat, ministre en charge de l’économie, de l’industrie et du portefeuille public, en République du Congo et président en exercice du Copil, qui a en charge le suivi du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac) et la mise en application des 21 Mesures prises en 2017 par les Chefs d’Etats de la Cemac sous l’égide du FMI et des partenaires au développement, a bien voulu répondre à nos questions lors de son passage à Douala au Cameroun, ou il a présidé la 8éme Session du Copil.
Gilbert Ondongo est né le 29 novembre 1960 à Makoua (Congo). C’est un politicien Congolais expérimenté, ministre du Travail de 2005 à 2009, puis, ministre des Finances, dans le gouvernement du Président Sassou Nguesso, il est depuis lors, ministre d’Etat et ministre de l’économie.
Bonjour Mr Le Ministre d’Etat,quel est le bilan à mi-parcours du programme des réformes économiques et financières de la Cemac ?
Bonjour Mr Victor Esso Tiki et merci de l’intérêt que vous accorder au Copil et à son programme de réformes économiques et financières.Ceci dit, le Pref-Cemac a été institué à Malabo en juillet 2016. Nous avons commencé à travailler en 2017 après le sommet extraordinaire des chefs d’Etat à Yaoundé qui s’était tenu le 23 décembre avec des recommandations précises pour sortir la sous-région d’une situation très difficile sur le plan économique et sur le plan financier également. Nous travaillons donc depuis 2 ans. Sans langue de bois, on peut dire sans risque de se tromper que le bilan est positif parce qu’aujourd’hui, la sous région qui était dans une situation de détresse en est sortie. En 2017, nous avons une croissance de 0.02% pour la sous-région, en 2018 on a enregistré une croissance de 1,7% donc proche de 2%. Il est prévu en 2019, que la sous région réalise une croissance de plus de 3%, soit 3,2%. Ça montre bien que nous sommes sur une bonne tendance.Il reste encore deux pays qui doivent signés des accords avec le FMI, notamment Le Congo et la Guinée Equatoriale, cela se fera dans les prochains mois.
De la même façon en 2017, nos réserves de change, s’étaient complètement étiolées. Nous n’avions eu peut être qu’un seul mois d’importation qui pouvait être couvert par les réserves de change. Aujourd’hui, ces réserves sont constituées. Elles dépassent 3,7 milliards et désormais c’est de 2, 8 mois de couverture des importations. L’objectif c’est de pousser jusqu’à 5 mois qui seraient la bonne norme pour une zone comme la notre avec une monnaie unique qui a la parité fixe avec l’euro.
Sur les 21 réformes combien sont allées à la fin ou tout au moins quel est le pourcentage des réalisations ?
Il ne s’agit pas de 21 reformes mais plutôt de 21 mesures prises par les chefs d’Etat. Les réformes ont été décidées à Malabo en 2016 parce que le Pref-Cémac est né avant le sommaire extraordinaire des chefs d’Etat tenu à Yaoundé en décembre 2016. Nous avons fait le point il n y a pas longtemps. A la mi mars et à cette session encore, il y a eu un rapport qui montre que la réalisation de nos objectifs assignés en 2016, dépasse les 60%.
Quelles sont les difficultés pour la réalisation de ce programme ?
<<Le Made in Cemac doit être une réalité pour réduire notre déficit commercial,cela passe par une libre circulation des personnes et des biens>>.
En vérité aujourd’hui, il n y a plus de problème de libre-circulation des biens et des personnes. Jusqu’à l’avant dernier sommet ordinaire tenu en Guinée-Equatoriale, nous avions deux pays qui n’avaient pas encore appliqué à la lettre les principes de la libre circulation des personnes et des biens. Il s’agissait du Gabon et de la Guinée Equatoriale. A ce sommet, les chefs d’Etat ont pris la décision d’appliquer comme les 4 autres pays, intégralement les mesures relatives à la libre circulation des biens et des personnes. Aujourd’hui, les 06 Etats de la Cemac, appliquent tous les mesures concernant la libre-circulation des personnes et des biens. Donc ce n’est plus un problème. Vous avez parlé de la diversification de nos économies. Je dis oui, là il y a un gros souci, parce que la diversification ne se fait pas en un jour. La diversification, c’est du moyen et long terme. Au sortir de cette rencontre, il nous a été demandé d’être un peu plus précis dans les propositions que nous avions faites et qui ont été toutes acceptées. Les mesures ont été proposées pour une diversification rapide sur ce qui pourrait apporter des fruits attendus. Désormais, il appartient aux Etats, de suivre les recommandations de la 8ème session du comité de pilotage du Pref-Cémac, de sorte que dans un ou deux ans, que l’on commence à récolter les fruits de ces mesures ayant trait à la diversification.
Monsieur le ministre d’Etat il y a un réel souci sur la consommation de ce qui est produit localement par rapport à ce qui vient de l’étranger ?
Vous soulevez là deux problèmes. Il y a un problème de consommation des produits locaux et un autre problème de consommation des produits étrangers. Donc je dis qu’il ne faut pas confondre la consommation locale avec les échanges internationaux. A ce jour, aucun pays ne se suffit. Il y a le commerce international et il faut faire avec. On a créé une organisation mondial du commerce pour réguler le marché international. Donc on ne peut pas se permettre de se priver du commerce international. On ne peut même pas l’interdire. Il y a aussi qu’aucun pays ne produit tout ce dont il a besoin et même s’il parvenait à le faire, je ne suis par certain qu’il soit compétitif dans tous les domaines. Donc il est normal qu’il y ait commerce international. Si je ne suis pas à mesure de produire les étoffes, il est normal que je puisse les commander pour m’habiller. Nous avons dans le cadre de la diversification, encouragé les échanges dans la sous région parce que le taux d’échange est trop faible. Naturellement la viande de bœuf produite au Tchad devait être vendue dans les cinq autres Etats membres. Le ciment produit en grande quantité au Congo devait être vendu dans les autres Etats. Il en est ainsi de tous les autres produits vivriers. Donc nous devons nous organiser de sorte que, comme les autres entités à travers le monde, le plus gros du commerce se passe entre les Etats de l’entité intégrée. Jusqu’ici, nous avons noté que les échanges entre nos Etats sont trop faibles. Et nous avons été plus précis, nous disons qu’il faut créer dans chaque Etat, des comités de certification de l’origine des produits pour attester que c’est produit de la Cemac, qu’il circule librement au sein de la Cemac.
Pour revenir sur la libre circulation des biens et des personnes, on constate que ce qui est dit n’est pas ce qui est fait contrairement à l’ Afrique de l’Ouest,ou il suffit juste d’une carte nationale d’identité. Qu’est-ce qui fait problème exactement ?
Je suis obligé de prendre un exemple. Lorsqu’un bébé naît, on ne peut pas lui demander de courir le soir. Il naît, il est couché, avec le temps il s’assied, avec le temps il marche à quatre pattes, avec le temps il se met débout, un peu plus tard, il marche. A 18 ans il peut courir 200 mètres en 10 secondes. En matière de libre-circulation, nous avons pris du retard par rapport à d’autres. Nous sommes en train de mettre en place toutes les conditions pour que cette libre circulation des personnes et des biens, soit totalement effective. Ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, de la façon la plus efficiente. Progressivement, nous sommes en train de la réussir. Aujourd’hui, lorsqu’on a un passeport Cemac sécurisé, on peut librement circuler dans tous les 6 Etats sans visas. Dans certains pays comme le Cameroun, on n’exige même pas de passeport sécurisé.
Un vœu à émettre ?
Ma grande réussite serait qu’en 2021 par exemple, qu’on ne parle plus de crises, qu’on ne parle plus d’ajustement monétaire. Qu’on parle d’une sous région qui a des taux de croissance dépassant les 7% pourquoi pas. Qu’on parle d’une sous région ayant des économies véritablement diversifiées. Voilà mon vœu le plus ardent.
Entretien mené par Victor Esso Tiki
Directeur de Publication Afrique-infos




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