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DOSSIER SPÉCIAL Cameroun – Trafics en eaux internationales : quand le pavillon national dérive vers les zones grises du crime mondial

Saisie record de cocaïne en Espagne, navires fantômes, pétrole sous sanctions : enquête sur un pavillon de plus en plus exposé

I. Une saisie hors normes qui fait trembler les routes maritimes

Plus de dix tonnes de cocaïne saisies sur la côte espagnole. Un chiffre vertigineux. Un record historique, selon les autorités ibériques. La cargaison, soigneusement dissimulée dans du sel industriel et divers objets, n’a été découverte qu’au terme d’une opération de renseignement de longue haleine, mobilisant services antidrogue, douanes et police maritime.

Mais ce qui interpelle au-delà du volume, c’est l’origine présumée de la marchandise : selon les autorités espagnoles, la cargaison proviendrait du Cameroun, transportée par un navire battant pavillon camerounais.

En quelques heures, le Cameroun s’est retrouvé au centre d’une affaire de narcotrafic mondial.

II. Dix tonnes de cocaïne : un trafic industriel

Dix tonnes de cocaïne ne relèvent pas du hasard. Elles impliquent :

  • des réseaux criminels transnationaux structurés,
  • une logistique maritime sophistiquée,
  • des complicités portuaires potentielles,
  • et des failles profondes dans les systèmes de contrôle.

La dissimulation dans le sel est une technique connue des cartels sud-américains, permettant de masquer l’odeur et de compliquer les analyses chimiques. Ce type de cargaison nécessite non seulement un navire adapté, mais aussi une chaîne complète de couverture commerciale.

La question centrale devient alors : comment un tel volume a-t-il pu quitter un port africain sans être détecté ?

III. Le pavillon camerounais : simple drapeau ou responsabilité pleine ?

Dans le droit maritime international, l’État du pavillon est responsable :

  • du contrôle administratif des navires,
  • de la conformité des équipages,
  • du suivi des cargaisons,
  • et du respect des conventions internationales.

Or, le Cameroun apparaît depuis plusieurs années dans des rapports spécialisés pointant la vulnérabilité de certains registres maritimes africains. En cause :

  • procédures d’enregistrement rapides,
  • faible vérification des bénéficiaires réels,
  • contrôle limité des activités en haute mer.

Le pavillon devient alors un outil logistique pour des acteurs qui cherchent l’opacité plus que la nationalité.

IV. Navires fantômes et pétrole sous sanctions : un précédent lourd

Cette affaire survient dans un contexte déjà explosif. Le Cameroun a récemment été classé troisième dans certains classements informels liés aux “navires fantômes”, ces bâtiments accusés de :

  • transporter du pétrole ou des marchandises issues d’États sous sanctions internationales,
  • éteindre leurs systèmes de géolocalisation,
  • changer de noms et de propriétaires en mer,
  • et opérer dans les angles morts du droit international.

Ces mêmes méthodes sont aujourd’hui recyclées dans le narcotrafic.

Le schéma est similaire : pavillon permissif, opacité administrative, routes complexes.

V. Cameroun : point de départ ou point d’exploitation ?

Les enquêteurs espagnols restent prudents. Le Cameroun n’est pas nécessairement le producteur ni l’organisateur principal. Mais il pourrait être :

  • un point de transit stratégique,
  • un port d’embarquement utilisé par des réseaux étrangers,
  • ou un maillon faible exploité dans une chaîne criminelle globale.

C’est précisément ce statut intermédiaire qui pose problème. Car il permet aux autorités nationales de se retrancher derrière l’argument de l’exploitation externe, tout en laissant intactes les failles structurelles.

VI. Le silence des autorités : stratégie ou aveu d’impuissance ?

À l’heure où l’Espagne communique activement sur la saisie, le silence des autorités camerounaises intrigue.

Aucune conférence de presse.

Aucune annonce de coopération judiciaire immédiate.

Aucune information sur une enquête interne.

Pour les experts, ce mutisme est risqué. Il alimente :

  • les soupçons internationaux,
  • la dégradation de l’image du pavillon,
  • et la méfiance des partenaires commerciaux.

VII. Enjeux diplomatiques, économiques et sécuritaires

Les conséquences potentielles sont lourdes :

  • surveillance accrue des navires camerounais dans les ports européens,
  • retards commerciaux, contrôles renforcés,
  • perte de crédibilité du registre maritime,
  • pression internationale pour une réforme rapide.

À terme, c’est la souveraineté maritime du Cameroun qui est en jeu.

VIII. Ce que révèle vraiment cette affaire

Au-delà de la cocaïne, cette saisie record révèle :

  • la porosité croissante entre commerce légal et criminalité organisée,
  • l’exploitation systématique des États faibles par des réseaux globaux,
  • l’urgence d’une gouvernance maritime crédible en Afrique.

La question n’est plus seulement qui a transporté la drogue, mais qui a laissé faire.

IX. Une enquête loin d’être terminée

Les autorités espagnoles poursuivent leurs investigations. D’autres noms, d’autres ports, d’autres pays pourraient émerger.

Le Cameroun est aujourd’hui sous observation.

Sans transparence, sans réforme et sans coopération active, le pavillon national risque de devenir synonyme de dérive, là où il devrait être un symbole de souveraineté.

Le pavillon comme miroir de l’État

Un État qui ne contrôle pas son pavillon laisse d’autres écrire son rôle dans l’histoire maritime mondiale.

Dans un monde où les routes de la drogue croisent celles du pétrole et du commerce légal, l’inaction n’est plus neutre.

La Rédaction 

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