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POUVOIR / OPPOSITION….UNE MALEDICTION AFRICAINE

Fermez les yeux et tentez de vous souvenir :

Combien de fois avez-vous, récemment, entendu parler d’un «opposant radical américain» ?

Quand votre radio et votre TV ont-elles, la dernière fois, craché les expressions «Régime français», «Junte suédoise» ou «branche australienne de combat» ?

Il est des formules médiatiques qui sonnent comme une spécificité africaine et/ou sud-américaine, collées à notre vécu comme une sangsue. On aimerait se consoler avec l’idée que c’est le contexte de lutte dans nos pays qui explique cette situation, se convaincre que cette ère désenchantée et turbulente de nos sociétés ne saurait s’émanciper d’antagonismes carnassiers. L’observation attentive du jeu des acteurs incline à penser le contraire.

L’Afrique contemporaine s’est inventé deux curieux statuts : le Partisan et l’Opposant. A quelques exceptions près, ce n’est pas l’Idée qui les divise. Ce n’est pas non plus la Nation, en tant que Valeur ou comme Projet. Partisan et Opposant sont des hommes qui se battent pour un homme : le détenteur du Pouvoir politique. Le partisan dit OUI à tout ce qui porte la marque du Pouvoir. L’Opposant a le devoir instinctif, presque pavlovien, de lui retorquer NON. Le premier est une machine à délivrer des «Nihil Obstat». Le second est un passionné des fins de non-recevoir. Ce manichéisme insipide tue le «jeu des possibles» politiques mais, plus de 30 ans de théâtralisations après, il ne se trouve toujours personne pour se scandaliser de la désespérante stérilité de l’exercice. D’un côté, on continue de justifier, chanter et acclamer. D’un l’autre, on n’en finit plus de contester, marcher et crier. Pour ou contre le Président (comme si l’horizon des espoirs était cadenassé par ces deux bornes). OUI ou NON. Et bientôt OUI ou YES…. Car plus le Pouvoir s’éternise honteusement, plus l’Opposition se prostitue avec fierté. Se figeant dans l’arrogance menteuse des titres (au juste, que signifie «leader de l’opposition» ?). Ou quémandant sa légitimation auprès du Pouvoir qu’elle dit exécrer (dans certains pays africains, l’Opposition joui d’un Statut verni de privilèges offerts par le Pouvoir qu’elle combat). Ce n’est pourtant pas le plus grave.

Le plus grave est que, dans l’imagerie populaire, le mot «Opposition» a fini par radicaliser les attitudes, ériger des murs, cliver irréversiblement les initiatives et syphiliser le Consensus social. L’usage batard et répété du mot a fait oublier qu’une Nation est une Famille. Et qu’une Famille est…sacrée. L’opposant véritable n’est pas et ne saurait agir comme un extraterrestre voire un ennemi. Inutile de basculer en mode Haine, Injure, Violence, Jactance ou Condescendance. Il ne saurait raisonnablement y avoir d’ennemi dans une famille qui bâtit son développement. Il y a des visions différentes, des lectures parallèles, des approches divergentes qui se télescopent nécessairement, s’entrechoquent ou s’enrichissent respectueusement… pour le bien de la Famille/Nation. Ce n’est pas une querelle d’individus, une course d’ethnies vers la suprématie, un jeu d’argent. C’est un bouillon d’Idées saines au service de la Nation et de son développement. Ici, ceux qui veulent donner la priorité à l’intérêt général sur les intérêts particuliers au moyen d’une organisation concertée (les socialistes). Là-bas ceux qui croient à la nécessaire primauté des libertés individuelle et du libre jeu de l’entreprise (les libéralistes). Plus loin, ceux qui jugent urgent de sauver l’Environnement et richesses naturelles (les écologistes), etc.

L’«Ayop-Ayopisme», le «surlivage» et le «Paul Biya toujours chaud gars» de nos latitudes n’ont donc point de place ici. Parce que totalement hors sujet. Juste des délires mythificateurs et mystificateurs d’un Homme, au moment précis où la Nation a cruellement soif d’un système de gouvernance et de redevabilité fondé sur ses valeurs propres. Sous cette perspective, ouvrir le bulletin d’informations d’un poste dit «national» avec un chant de gloire à un homme, tombe sous le sens. Et les millions d’autres fils de la Nation alors ?
De même, les Brigades, les Meutes, les «si Kamto me dit va…. » manquent de substance. Parce qu’essentiellement réactionnaires et paradoxalement bâties sur les mêmes structures de violence et d’idolâtrie qu’elles prétendent affronter. Qu’on se le dise : la détestation d’un individu n’est pas un système politique. Elle est donc insuffisante pour légitimer l’aveuglement entêté et le mépris de la Nation entière. Quand on brule le drapeau national, saccage une ambassade ou déchire publiquement un passeport, ce n’est plus à Paul Biya qu’on répond. C’est une entité plus forte et noble qu’on lapide. Par haine d’un homme.

On peut donc comprendre que les médias occidentaux n’usent des tournures «opposant radical»
«junte au pouvoir» et «groupe de combat» que pour l’Afrique et l’Amérique latine. Le très réducteur binôme Partisan/Opposant (ou Sardinard/Tontinard, au Camerounest fondamentalement une affaire de pauvres. Un raccourci discursif des sociétés minées par l’indigence matérielle, intellectuelle et politique. Un cache-sexe mental de ceux qui ont perdu de vue les enjeux de la Nation. Un terrain de jeu des peuples qui réduisent leurs destinées à l’affrontement des egos et à la préséance des catégorisations.

L’avion des Nations africaines tangue sous le coup des turbulences économiques, sociales, sécuritaires, pétrolières et culturelles. Alors que l’on espère voir des intelligences se mutualiser pour maitriser les mécaniques et faire reprendre de l’altitude, d’aucuns s’acharnent à savoir si nous aimons ou pas le pilote.

Cette bêtise nous perdra.

Hendricks Bille

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