🇨🇲Cameroun | Marché financier : Douala au cœur de la Semaine internationale de l’investisseur CEMAC
La COSUMAF mise sur l’éducation financière, la protection de l’épargne et l’accès des PME et start-up au marché des capitaux.
Le marché financier de l’Afrique centrale cherche à changer d’échelle. À Douala, entrepreneurs, dirigeants de PME, start-up, investisseurs, professionnels de la finance et journalistes se retrouvent à l’occasion de la Semaine internationale de l’investisseur CEMAC (SIIC) 2026, organisée les 5 et 6 octobre dans le cadre de la World Investor Week.

Portée dans l’espace communautaire par la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF), l’initiative place cette année au centre des débats une question devenue stratégique pour les économies de la CEMAC : comment transformer le marché financier régional en véritable source de financement pour les entreprises, notamment les PME et les start-up ?
À Douala, la rencontre réunit autour de la COSUMAF plusieurs acteurs de l’écosystème financier régional, parmi lesquels la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC), les sociétés de bourse, les sociétés de gestion d’actifs et d’autres professionnels du marché.
Sortir du financement bancaire
Le message qui se dégage des échanges est clair : pour accélérer la transformation économique de la CEMAC, les entreprises doivent pouvoir accéder à une palette de financements plus large que le seul crédit bancaire.
Le marché financier régional offre précisément cette possibilité à travers différents instruments permettant de mobiliser l’épargne et de l’orienter vers le financement de l’économie réelle.
C’est tout l’enjeu de la thématique consacrée aux « Opportunités, accompagnements et financement des start-up et PME à travers le marché », qui a constitué l’un des temps forts de la rencontre.
Les experts ont notamment expliqué aux participants les conditions d’accès au marché, les mécanismes d’accompagnement ainsi que les opportunités d’investissement offertes aux entreprises en croissance.
Pour les PME et les jeunes entreprises, le défi reste toutefois de transformer leur potentiel économique en dossiers suffisamment structurés pour intéresser les investisseurs.

L’épargne populaire au cœur de l’équation
La question du financement des entreprises renvoie directement à celle de la mobilisation de l’épargne.
La COSUMAF entend ainsi renforcer la culture financière des populations et permettre aux épargnants de mieux comprendre les produits et les risques liés aux investissements.
Cette orientation rejoint l’une des missions fondamentales du régulateur : protéger l’épargne investie dans les instruments financiers, assurer l’information des investisseurs et contribuer au bon fonctionnement du marché financier régional.
La présence des sociétés de gestion d’actifs illustre cette volonté de rapprocher les investisseurs des produits disponibles sur le marché.
Parmi les acteurs présents figurent notamment EDC Asset Management CEMAC, représentée par sa Directrice générale, Noëlle Kouo, ainsi que plusieurs autres sociétés de gestion et intermédiaires financiers opérant dans l’écosystème régional.
Le secteur informel, prochain réservoir de marché ?
Le programme de la SIIC 2026 ne s’est pas limité aux entreprises déjà structurées.
Une session spécifique a été consacrée à la prise en charge du secteur informel, avec une réflexion sur les besoins des acteurs, les produits de retraite et d’assurance susceptibles de leur être proposés, les véhicules d’investissement adaptés ainsi que la sécurisation de leur trésorerie.
L’enjeu est considérable pour les économies de la CEMAC : une partie importante de l’activité économique demeure en dehors des circuits financiers formels.
L’intégration progressive de ces acteurs pourrait donc élargir la base des investisseurs et, surtout, renforcer la capacité du système financier à canaliser l’épargne vers l’économie productive.
Prévenir les arnaques dans un marché en mutation
La SIIC 2026 intervient également dans un contexte où la digitalisation transforme rapidement la relation entre les investisseurs et les marchés financiers.
La première journée a ainsi été consacrée à la prévention des arnaques financières, avec des échanges sur les mécanismes de détection, les mesures préventives et le rôle des administrations publiques.
Autre sujet désormais incontournable : l’intelligence artificielle, la désinformation et les deepfakes.
Les participants ont été sensibilisés aux risques que ces technologies peuvent représenter lorsqu’elles sont utilisées pour manipuler l’information financière, usurper des identités ou tromper les investisseurs.
Pour le régulateur, la protection de l’investisseur ne peut donc plus se limiter aux mécanismes traditionnels de surveillance du marché. Elle doit également intégrer les nouveaux risques liés à la transformation numérique.
Deux jours pour rapprocher le marché de ses utilisateurs
Le programme de la SIIC 2026 traduit cette volonté de pédagogie.
La première journée a notamment permis aux participants de découvrir les missions de la COSUMAF, son dispositif de protection des investisseurs et les différents acteurs du marché. La seconde journée est consacrée aux produits et véhicules d’investissement, au secteur informel ainsi qu’aux opportunités de financement des PME et start-up.
Cette approche répond à un problème structurel du marché financier régional : la disponibilité des instruments ne suffit pas si les entreprises et les épargnants ne les connaissent pas suffisamment.
La SIIC veut donc créer un langage commun entre régulateurs, entreprises, investisseurs et intermédiaires.
Un marché régional encore à conquérir
L’ambition dépasse le Cameroun. La SIIC 2026 se déroule simultanément dans trois capitales de la CEMAC : Douala, Brazzaville et Bangui, conformément à l’esprit régional de l’initiative.
L’objectif est de contribuer à une meilleure appropriation des mécanismes du marché financier communautaire dans un espace économique où les besoins de financement des infrastructures, des entreprises et de la transformation industrielle restent considérables.
Le Plan stratégique 2024-2028 de la COSUMAF, présenté dans les documents de la campagne, s’articule notamment autour du développement de l’éducation financière, de la modernisation de la COSUMAF, de la dynamisation du marché financier régional et du renforcement de la coopération et de l’action internationale.
À terme, le véritable test sera moins la capacité du marché à multiplier les conférences que celle de ses acteurs à transformer l’épargne régionale en capital productif, à élargir la base des investisseurs et à donner aux entreprises de la CEMAC un accès plus efficace aux financements de long terme.
C’est précisément sur ce terrain que se jouera la prochaine étape du développement du marché financier de l’Afrique centrale.
VICTOR ESSO TIKIÂ


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