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🇨🇲Cameroun – Vers un Vice-président ? Une réforme attendue entre nécessité institutionnelle et crise du modèle politique

Contrairement à certaines spéculations, le projet de révision constitutionnelle instituant un poste de Vice-président n’est pas encore officiellement déposé à l’Assemblée nationale. Mais son évocation récurrente dans les cercles du pouvoir comme dans l’opinion publique en fait déjà un marqueur fort du moment politique camerounais. En filigrane, c’est bien la question du « post-Paul Biya » qui structure les débats, révélant à la fois les fragilités du système et la recherche d’une solution de stabilisation.

Un Vice-président : une nécessité institutionnelle ?

Dans son principe, l’instauration d’un poste de Vice-président pourrait répondre à une faiblesse structurelle de l’architecture institutionnelle camerounaise : l’absence d’un mécanisme clair, incarné et politiquement légitime de gestion de la vacance du pouvoir.

Aujourd’hui, les dispositions constitutionnelles prévoient des mécanismes intérimaires, mais ceux-ci restent perçus comme insuffisants pour garantir une transition fluide, surtout dans un contexte où la personnalisation du pouvoir est extrême.

Un Vice-président pourrait ainsi jouer plusieurs rôles clés :

  • Assurer la continuitĂ© immĂ©diate de l’État en cas d’empĂŞchement du prĂ©sident
  • RĂ©duire les risques de luttes internes entre factions du pouvoir
  • Rassurer les partenaires internationaux et les marchĂ©s
  • Donner une lisibilitĂ© politique Ă  la succession

Dans un environnement régional instable, une telle fonction pourrait constituer un facteur de sécurisation institutionnelle non négligeable.

Mais une réforme qui pose la question du système

Cependant, l’introduction d’un Vice-président ne saurait être analysée uniquement sous l’angle technique. Elle s’inscrit dans un système politique dont les limites sont aujourd’hui largement visibles.

Le Cameroun souffre de tares structurelles profondes :

  • hypercentralisation du pouvoir
  • opacitĂ© dans la prise de dĂ©cision
  • clientĂ©lisme et distribution de prĂ©bendes
  • confusion entre État et rĂ©seaux d’intĂ©rĂŞts

Dans ce contexte, le risque est réel que la fonction de Vice-président devienne non pas un instrument de modernisation, mais un outil de consolidation du système existant.

Autrement dit, sans réforme de fond, le Vice-président pourrait n’être qu’un maillon supplémentaire dans une chaîne de reproduction du pouvoir.

La question décisive : l’homme plus que la fonction

Dès lors, une évidence s’impose : ce n’est pas tant la fonction qui déterminera l’avenir, mais l’homme (ou la femme) qui l’incarnera.

Dans une société marquée par la défiance envers les élites, le Cameroun semble à la recherche d’un profil aux qualités rares :

  • intĂ©gritĂ© morale
  • sens de l’État
  • capacitĂ© de rassemblement
  • indĂ©pendance relative vis-Ă -vis des rĂ©seaux

Et contrairement à certaines idées reçues, l’âge ne constitue pas nécessairement un handicap, à condition qu’il s’accompagne de sagesse, de recul et d’autorité morale. Dans l’histoire politique, des figures expérimentées ont parfois su conduire des transitions apaisées là où des profils plus jeunes échouaient par excès d’ambition ou de précipitation.

Le véritable enjeu est donc éthique : trouver une personnalité capable de rompre, au moins partiellement, avec les pratiques qui ont affaibli l’État.

Des profils entre continuité et crédibilité

Dans les discussions informelles, plusieurs noms circulent déjà, illustrant les différentes options possibles :

  • PhilĂ©mon Yang : figure d’expĂ©rience, respectĂ©e sur la scène internationale, il incarne la stabilitĂ© et la continuitĂ©, avec une forte lĂ©gitimitĂ© institutionnelle.
  • Vera Songwe : technocrate reconnue, elle symbolise une ouverture vers des profils moins politisĂ©s, capables de restaurer la crĂ©dibilitĂ© Ă©conomique et institutionnelle.
  • Joseph Dion Ngute : homme du système, discret mais central, il reprĂ©sente une option de continuitĂ© maĂ®trisĂ©e.

Ces profils traduisent un dilemme : faut-il privilégier la loyauté au système ou la capacité à le transformer ?

Une réponse attendue par une société en mutation

Le Cameroun de 2026 n’est plus celui des décennies passées. Avec une population jeune, connectée et de plus en plus exigeante, les attentes ont profondément changé.

La stabilité ne suffit plus. Elle doit s’accompagner de :

  • justice
  • Ă©quitĂ©
  • opportunitĂ©s Ă©conomiques
  • participation politique rĂ©elle

Dans ce contexte, un Vice-président pourrait être utile — mais seulement s’il s’inscrit dans une dynamique plus large de réforme. Sinon, il risque d’être perçu comme une manœuvre supplémentaire de verrouillage.

À la croisée des chemins

Le débat sur le Vice-président révèle une vérité plus profonde : le Cameroun est arrivé à un tournant de son histoire politique.

Soit le pays utilise cette réforme comme une opportunité pour corriger les dérives du système, en introduisant plus de transparence et de responsabilité ;

soit il s’en sert pour prolonger un modèle à bout de souffle, en organisant une succession sans rupture.

La question n’est donc pas seulement institutionnelle. Elle est politique, morale et historique.

Car au fond, ce que recherche aujourd’hui une grande partie de l’opinion, ce n’est pas simplement un Vice-président.

C’est un repère, une garantie, une figure capable de redonner du sens à l’État.

Et cela, aucune réforme constitutionnelle ne peut l’imposer. Seule la qualité des hommes — et des valeurs qu’ils portent — peut en décider.

VICTOR ESSO TIKI 

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