🇨🇲🇨🇬🇬🇦🇨🇫🇹🇩🇬🇶CEMAC : Douala au cœur de la bataille statistique pour mieux mesurer le commerce transfrontalier informel
À l’ombre des tours administratives d’Akwa, l’Hôtel Résidence La Falaise a servi de cadre, ce 16 mars 2026, à l’ouverture d’un atelier régional stratégique consacré à l’harmonisation des outils de collecte des données sur le commerce transfrontalier informel dans l’espace de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale.
Réunissant les représentants des six États membres — Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Centrafrique et Guinée équatoriale — cette rencontre s’inscrit dans la volonté de la CEMAC Commission de combler l’un des angles morts majeurs de l’intégration régionale : la mesure réelle des flux commerciaux qui circulent quotidiennement aux frontières mais échappent encore largement aux statistiques officielles.
Une économie invisible mais structurante
En Afrique centrale, le commerce transfrontalier informel constitue l’une des principales dynamiques économiques le long des corridors terrestres reliant les pays de la sous-région. Produits agricoles, denrées alimentaires, carburant, produits manufacturés ou encore bétail transitent quotidiennement entre marchés frontaliers, alimentant une économie parallèle dont le poids réel demeure difficile à quantifier.
Pourtant, ces échanges représentent une part significative du commerce intra-communautaire. Leur invisibilité statistique limite la capacité des gouvernements à mesurer l’intégration économique régionale et à concevoir des politiques publiques adaptées.
C’est précisément pour répondre à ce défi que la commission de la CEMAC a lancé, dans le cadre du projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre, un vaste programme visant à doter les États d’outils méthodologiques communs pour mesurer ces flux commerciaux.
Douala, laboratoire statistique régional
C’est sous un soleil radieux que les délégations techniques ont entamé leurs travaux à Douala, capitale économique du Cameroun. L’ouverture de l’atelier s’est déroulée sous la présidence du commissaire en charge de l’économie à la CEMAC, le Gabonais S.E. Biyegue, devant un parterre d’experts statistiques, de représentants des instituts nationaux de statistiques, des douanes et des administrations commerciales.
Au micro des journalistes, M. Lontchi, l’un des responsables techniques impliqués dans le projet, a insisté sur la portée stratégique de cette initiative :
« Cette rencontre vient faire le point sur les statistiques sous-régionales et donner des outils probants pour permettre aux États de mieux asseoir le développement de nos pays. »
Au cœur de l’atelier : la formation des formateurs chargés de déployer dans chaque pays les nouveaux instruments de collecte des données.
Des outils modernes pour capter l’économie informelle
Concrètement, les experts travaillent à la finalisation et à la validation d’un ensemble d’outils destinés à standardiser la collecte d’informations sur les échanges informels aux frontières.
Parmi les instruments présentés figurent notamment :
- des fiches d’identification des points de passage frontaliers ;
- des questionnaires d’enquête sur les transactions commerciales ;
- des fiches de normalisation des unités de mesure non standard ;
- des outils de recensement des importations et exportations informelles ;
- un manuel opérationnel pour les agents enquêteurs.
La collecte des données s’appuiera sur une double approche méthodologique combinant les questionnaires traditionnels PAPI (Paper Assisted Personal Interviewing) et les applications numériques CAPI (Computer Assisted Personal Interviewing), permettant une remontée plus rapide et plus fiable des informations.
Cartographier les corridors commerciaux
Au-delà de la formation technique, les travaux visent également à cartographier les principaux points de passage frontaliers et à définir des coefficients de pondération permettant d’estimer plus précisément la valeur des transactions.
Une étape essentielle pour produire, à terme, des statistiques régionales comparables et fiables sur le commerce transfrontalier informel dans l’espace CEMAC.
Pour les institutions régionales, l’enjeu dépasse la simple production de données. Il s’agit de mieux comprendre les dynamiques économiques réelles de la sous-région afin d’orienter les politiques d’intégration, d’améliorer la fluidité des échanges et de soutenir le développement des chaînes de valeur locales.
Un levier pour l’intégration économique régionale
À moyen terme, l’initiative pourrait contribuer à réduire l’écart entre les statistiques officielles et la réalité des échanges économiques dans la région. Une meilleure connaissance de ces flux permettrait également d’optimiser les politiques fiscales, douanières et commerciales des États membres.
Dans un espace où les frontières restent des zones d’intense activité commerciale mais aussi de fragilité institutionnelle, la maîtrise de l’information statistique apparaît désormais comme un levier essentiel de gouvernance économique.
À Douala, les experts de la CEMAC espèrent ainsi poser les bases d’un système statistique régional capable de révéler — et de structurer — une économie informelle qui, depuis des décennies, irrigue silencieusement l’intégration économique de l’Afrique centrale.
VICTOR ESSO TIKIÂ


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