A LA UNEEconomieToute l'Actualité

🇹🇬Togo – Ecobank : Le President Papa Madiaw Ndiaye poussé vers la sortie sur fond de soupçons de conflits d’intérêts

Le président du conseil d’administration d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), le Sénégalais Papa Madiaw Ndiaye, se retrouve au centre d’une crise de gouvernance. Réunis exceptionnellement le 2 octobre, les administrateurs du groupe bancaire panafricain ont décidé de demander sa révocation, ainsi que celle de deux autres administrateurs. En toile de fond : des financements accordés à une entreprise ivoirienne liée à AFIG Funds, le fonds d’investissement qu’il dirige, et des interrogations sur de possibles conflits d’intérêts.

 

C’est une spectaculaire remise en cause, moins de deux ans et demi après son arrivée à la présidence du conseil d’administration d’Ecobank Transnational Incorporated. Le financier sénégalais Papa Madiaw Ndiaye est désormais sous pression pour quitter la tête du groupe bancaire panafricain.

Selon les informations publiées le 5 octobre, les administrateurs d’ETI se sont réunis exceptionnellement le 2 octobre 2026 et ont décidé de soumettre à l’assemblée générale une résolution visant à révoquer Papa Madiaw Ndiaye ainsi que deux autres membres du conseil.

Du symbole panafricain à la crise de gouvernance

L’affaire est d’autant plus sensible que Papa Ndiaye n’était pas un président de conseil comme les autres. Son parcours dans la finance africaine et internationale, ainsi que son expérience dans le capital-investissement, avaient constitué l’un des arguments forts de sa nomination.

En juin 2024, les actionnaires d’Ecobank avaient approuvé son entrée au conseil d’administration avant que celui-ci ne le nomme immédiatement président d’ETI, en remplacement d’Alain Nkontchou. Ecobank présentait alors le dirigeant comme le fondateur et CEO d’AFIG Funds, avec une solide expérience dans l’investissement en Afrique et notamment dans les services financiers.

Deux ans plus tard, cette proximité entre banque commerciale panafricaine et capital-investissement se retrouve précisément au cœur de la controverse.

AFIG Funds au centre des interrogations

Papa Madiaw Ndiaye est le CEO et associé fondateur d’AFIG Funds, société de capital-investissement spécialisée dans les entreprises africaines. Le fonds intervient notamment en Afrique de l’Ouest et du Centre dans des secteurs tels que les infrastructures, l’agro-industrie, les télécommunications, les institutions financières ou encore les ressources naturelles.

Les griefs évoqués contre le président d’Ecobank portent notamment sur des financements accordés à une entreprise ivoirienne présentée comme liée à AFIG Funds. C’est cette proximité qui aurait alimenté les interrogations de plusieurs administrateurs sur d’éventuels conflits d’intérêts.

Dans le secteur bancaire, la question dépasse largement celle d’une simple opération de crédit. Lorsqu’un administrateur d’une banque est parallèlement dirigeant d’un fonds d’investissement susceptible d’avoir des intérêts dans des entreprises clientes ou partenaires de cette même banque, les procédures de gouvernance, de déclaration des intérêts et de gestion des situations de conflit deviennent particulièrement sensibles.

Une question de gouvernance avant tout

L’enjeu pour Ecobank est désormais de démontrer que ses mécanismes de contrôle et de gouvernance peuvent fonctionner indépendamment des personnalités qui siègent à son conseil.

Le groupe n’est pas une banque nationale ordinaire. Créée à Lomé, au Togo, en 1985, Ecobank est devenue l’une des principales plateformes bancaires panafricaines, avec une présence dans de nombreux marchés du continent. Une crise au sommet de sa gouvernance est donc susceptible d’être scrutée bien au-delà du Togo.

La contestation de Papa Ndiaye intervient également après plusieurs mois de tensions autour de sa gouvernance. Dès le 2 octobre, des informations faisaient état d’une pression croissante exercée par plusieurs administrateurs réclamant son départ.

Un paradoxe pour le marché

Le dossier présente un paradoxe : l’expertise de Papa Ndiaye dans le private equity avait précisément contribué à faire de lui un profil recherché pour présider le conseil d’Ecobank. Mais cette même activité d’investissement se retrouve aujourd’hui au cœur des interrogations concernant sa gouvernance.

AFIG Funds, de son côté, revendique un positionnement de fonds panafricain destiné notamment à accompagner la croissance d’entreprises africaines. Le groupe indique avoir ciblé plusieurs économies, dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, le Gabon et la RDC.

Pour Ecobank, le sujet est donc moins celui de la légitimité du capital-investissement que celui de la séparation des intérêts, de la transparence des décisions et de la protection des intérêts de la banque et de ses actionnaires.

Le prochain test : l’assemblée générale

La décision du conseil ne constitue pas nécessairement le dernier acte de cette crise. La révocation doit encore suivre la procédure institutionnelle prévue par la banque, avec l’intervention des actionnaires.

Le prochain rendez-vous sera donc déterminant : il devra permettre de clarifier les accusations, d’examiner les opérations controversées et de déterminer si les conditions permettant à Papa Madiaw Ndiaye de continuer à exercer ses fonctions de président du conseil sont toujours réunies.

Pour les investisseurs, l’enjeu dépasse la personnalité du président. Il touche directement à la crédibilité du dispositif de gouvernance d’Ecobank, à la gestion des conflits d’intérêts et, plus largement, à la capacité du premier groupe bancaire panafricain à maintenir la confiance de ses actionnaires dans une période où la qualité de la gouvernance devient un facteur aussi important que la performance financière.

En 2024, Ecobank avait salué la nomination de Papa Ndiaye comme une étape importante pour accompagner sa stratégie de croissance, de transformation et de création de valeur.⁠

En octobre 2026, son éventuel départ transformerait cette nomination en un nouvel épisode de l’histoire mouvementée de la gouvernance bancaire africaine.

À ce stade, les griefs évoqués publiquement constituent des accusations et des préoccupations de gouvernance ; ils ne préjugent pas, à eux seuls, d’une faute établie de Papa Madiaw Ndiaye.

VICTOR ESSO TIKI 

Laisser un commentaire