🇨🇲CAMEROUN – AVAL PÉTROLIER : LE « GOLDEN BOY » BONY DASHACO À LA CONQUÊTE DU SECTEUR
Avec Dash Energies, le patron de Dashaco Holdings change de carburant : après les médias, la communication et les services, Bony Dashaco attaque désormais un marché stratégique, capitalistique et fortement réglementé. Première station à Akwa-Douala, première pierre d’une ambition énergétique qui pourrait rebattre les cartes de la distribution des produits pétroliers au Cameroun.
DOUALA – Le signal n’est pas anodin. Le 12 septembre 2026, dans le quartier Akwa-Douche, à Douala, Bony Dashaco a officiellement inauguré la première station-service de Dash Energies, matérialisant l’entrée opérationnelle de son groupe dans l’aval pétrolier camerounais.
Derrière l’image d’une simple nouvelle enseigne à la pompe se joue en réalité une opération beaucoup plus stratégique : un entrepreneur issu de l’univers des médias et de la communication veut prendre position dans l’un des marchés les plus sensibles de l’économie camerounaise : celui des carburants.
Le pari est considérable. Le carburant n’est pas un produit comme les autres. Il irrigue le transport, la logistique, l’industrie, l’agriculture, les services et, plus largement, la compétitivité de l’économie.
Un marché sous tension, mais loin d’être saturé
Le Cameroun dispose déjà d’un réseau de distribution dominé par plusieurs opérateurs historiques. Entrer sur ce marché signifie donc affronter des acteurs disposant de réseaux, d’infrastructures logistiques, de capacités d’approvisionnement et d’une clientèle fidélisée.
Mais le contexte économique ouvre également une fenêtre.
Depuis la hausse des prix intervenue en février 2024, le litre de super est affiché à 840 FCFA et le gasoil à 828 FCFA.
Cette équation transforme la station-service en véritable centre de génération de cash-flow : plus les volumes distribués sont importants, plus l’emplacement, la rotation des stocks, la maîtrise des coûts logistiques et les services complémentaires deviennent déterminants.
Le marché reste toutefois extrêmement exposé aux décisions publiques. La Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) joue notamment un rôle dans la régulation des prix et l’approvisionnement du territoire.
Et l’année 2026 est particulièrement sensible.
Selon des données rapportées en juillet, l’État camerounais a prévu environ 254 milliards de FCFA pour les subventions aux carburants en 2026, alors que la hausse des cours internationaux alourdit mécaniquement la facture d’importation.
Autrement dit : chaque litre vendu au Cameroun est aussi exposé à une équation budgétaire nationale.

Le vrai enjeu pour Dash Energies : passer de la station au réseau
Une première station ne fait pas encore un pétrolier.
Elle constitue cependant le premier actif visible d’une stratégie beaucoup plus large. Dash Energies se présente comme un groupe énergétique africain actif dans l’exploration, l’importation et la commercialisation de produits pétroliers, ainsi que dans les services de proximité associés aux stations.
C’est précisément là que se trouve le potentiel économique du projet.
La rentabilité d’un réseau moderne ne repose plus uniquement sur la marge réalisée sur le litre d’essence ou de gasoil. Elle dépend également du non-fuel business : boutiques, lubrifiants, lavage automobile, restauration, services aux entreprises, cartes carburant, contrats avec les flottes, solutions de paiement et, à terme, nouvelles énergies.
Le véritable indicateur à surveiller pour Dash Energies ne sera donc pas seulement le nombre de stations inaugurées.
Ce sera :
le volume annuel de carburants vendu par station × la marge opérationnelle × les revenus hors carburant × la vitesse d’expansion du réseau.
C’est cette équation qui permettra de savoir si Dash Energies construit une véritable plateforme énergétique ou simplement une nouvelle marque de stations-service.

Douala, un laboratoire grandeur nature
Le choix d’Akwa n’est pas neutre.
Akwa constitue l’un des principaux pôles économiques de Douala. Installer la première vitrine de Dash Energies dans cet environnement revient à tester immédiatement la marque sur un marché urbain caractérisé par une forte circulation automobile, une clientèle professionnelle dense et une intense concurrence.
La station inaugurée se situe à Akwa, au lieu-dit Douche Municipale. Des recrutements de pompistes et de vendeurs pour la boutique avaient d’ailleurs précédé son lancement.
Le choix de Douala permet également au groupe de commencer par le marché le plus liquide avant d’envisager une éventuelle stratégie de déploiement national.
Le prochain test sera donc celui du réseau.
Yaoundé, Bafoussam, Kribi, Limbé, Garoua, Ngaoundéré ou encore les grands corridors routiers pourraient constituer les prochaines cibles naturelles d’une stratégie d’expansion — mais aucune projection chiffrée officielle de Dash Energies sur le nombre futur de stations ne semble, à ce stade, avoir été publiée.
Bony Dashaco : du marketing à l’énergie
Cette offensive constitue aussi un nouveau chapitre dans le parcours de Boniface Abayo Dashaco, plus connu sous le nom de Bony Dashaco.
Né à Buéa en 1976, l’entrepreneur s’est d’abord imposé dans l’univers de la communication, du marketing et des médias. Il est associé à ACMAR et à Médiafrique, avec une implantation revendiquée dans plusieurs marchés africains.
Son parcours entrepreneurial a rapidement dépassé le seul cadre camerounais.
En 2014, il est sélectionné par l’Institut Choiseul parmi les « African Leaders of Tomorrow ». En 2016, il apparaît au 36e rang du classement des 100 meilleurs managers africains de moins de 40 ans établi par Choiseul.
Cette reconnaissance intervient alors que Dashaco développe son empreinte dans les médias et la communication.
En 2021, il lance notamment Dash TV, Dash Info et Dash Sports & Entertainment, confirmant sa volonté de bâtir un groupe médiatique multiservices.
Mais l’énergie change radicalement d’échelle.

Du capital immatériel au capital lourd
Les médias permettent de bâtir une marque.
L’énergie exige davantage : capital, infrastructures, approvisionnement, conformité réglementaire, logistique, gestion des stocks, sécurité industrielle et capacité financière.
C’est précisément ce changement de modèle économique qui rend l’aventure Dash Energies intéressante à suivre.
Bony Dashaco quitte progressivement un univers où l’actif principal est l’audience pour entrer dans un secteur où l’actif principal devient l’infrastructure.
Une station-service est un point de vente.
Un réseau de stations est un système logistique.
Une entreprise d’importation et de distribution est, elle, une infrastructure énergétique privée.
Le paradoxe camerounais : producteur de pétrole, importateur de produits raffinés
Le Cameroun dispose de ressources pétrolières et gazières, mais reste confronté à une forte dépendance aux approvisionnements en produits pétroliers raffinés.
La crise de la SONARA et les contraintes structurelles de raffinage ont renforcé l’importance des importations et de la logistique pétrolière.
Dans ce contexte, l’entrée de nouveaux acteurs dans l’aval peut contribuer à intensifier la concurrence, à condition que ceux-ci disposent d’une capacité réelle d’approvisionnement et de financement.
C’est ici que Dash Energies devra démontrer sa capacité à changer d’échelle.
Le risque principal : l’intensité capitalistique
Le premier danger pour un nouvel entrant n’est pas nécessairement la concurrence.
C’est le financement de la croissance.
Plus un réseau grandit, plus les besoins en fonds de roulement augmentent : stocks de carburants, immobilier, équipements, transport, personnel, maintenance, sécurité et financement des délais de paiement accordés aux clients professionnels.
Dans un secteur où le prix à la pompe est fortement encadré, l’opérateur dispose d’une marge de manœuvre limitée sur le prix final.
La bataille se gagne donc sur les volumes, les coûts et l’efficacité.
Pour Dash Energies, le prochain saut stratégique pourrait être la signature de contrats avec des entreprises de transport, des sociétés industrielles, des administrations, des flottes automobiles et des acteurs de la logistique.
C’est là que la marque pourrait passer d’une logique de station-service à celle d’un fournisseur énergétique B2B.
L’autre révolution : préparer l’après-pétrole
Il serait également risqué de construire aujourd’hui un réseau uniquement autour de l’essence et du gasoil.
La transition énergétique avance, même si elle sera progressive au Cameroun.
Le modèle de la station-service évolue déjà ailleurs vers des plateformes combinant carburants traditionnels, lubrifiants, restauration, commerce, services automobiles et, progressivement, recharge électrique et autres solutions énergétiques.
Pour Dash Energies, le véritable avantage compétitif pourrait donc être de construire dès maintenant des stations multiservices et multi-énergies, plutôt que de reproduire le modèle classique de la pompe à carburant.
Un pari à plusieurs milliards ?
Il serait prématuré d’attribuer une valorisation ou un chiffre d’affaires à Dash Energies sans données financières publiées.
Mais le secteur permet de mesurer l’ordre de grandeur du pari.
Avec des prix administrés de 840 FCFA le litre de super et 828 FCFA le litre de gasoil, une station qui écoulerait, à titre purement illustratif, 10 000 litres par jour générerait un chiffre d’affaires brut théorique de l’ordre de 8,3 à 8,4 millions de FCFA par jour, avant prise en compte du mix de produits, des coûts d’approvisionnement, des taxes, des charges et de la marge réelle.
Sur 365 jours, cela représenterait plus de 3 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel théorique pour ce seul volume.
Ce calcul n’est pas une prévision de Dash Energies : il montre simplement pourquoi le volume devient déterminant dans l’économie d’une station.
Et c’est justement ce que le marché devra observer.
Le tableau de bord de Dash Energies
Dans les prochaines années, cinq indicateurs permettront de mesurer la réussite de l’offensive :
1. Le nombre de stations ouvertes.
La première station est un symbole ; un réseau constitue une entreprise.
2. Les volumes vendus par station.
C’est l’indicateur clé de la traction commerciale.
3. La part des revenus non pétroliers.
Elle permettra de mesurer la capacité du groupe à améliorer ses marges.
4. Les contrats B2B et la clientèle professionnelle.
Ils peuvent sécuriser des volumes récurrents.
5. La capacité d’approvisionnement.
Dans un marché exposé aux cours internationaux et aux tensions logistiques, sécuriser le produit est aussi important que vendre le produit.
Bony Dashaco joue désormais une partie beaucoup plus grande
Après avoir construit une marque dans la communication et les médias, Bony Dashaco s’attaque désormais à une industrie où les barrières à l’entrée sont autrement plus élevées.
Son avantage est sa capacité à construire une marque et à mobiliser un écosystème entrepreneurial.
Son défi est financier et opérationnel.
Dash Energies devra prouver que le « Golden Boy » de la communication peut devenir un opérateur crédible de l’énergie.
L’inauguration d’Akwa n’est donc pas l’aboutissement.
C’est le premier test.
Car dans le pétrole aval, une station fait parler ; un réseau fait du chiffre ; une infrastructure logistique crée du pouvoir de marché.
Et si Bony Dashaco réussit à passer de la première pompe à un réseau national intégré, son entrée dans l’énergie pourrait devenir l’une des diversifications entrepreneuriales les plus observées du paysage économique camerounais de la décennie.
Le carburant de Dash Energies vient d’être allumé. Reste maintenant à savoir jusqu’où la flamme ira.
VICTOR ESSO TIKI


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