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🇨🇲Cameroun : FUSBUS 2026 veut transformer le « Made-in-Cameroon » en véritable stratégie de marché

À Douala, une nouvelle génération d’entrepreneurs camerounais entend franchir une étape : ne plus seulement exposer leurs produits, mais trouver des acheteurs, des investisseurs et des débouchés à l’international.

DOUALA — Pendant longtemps, le principal problème des petites entreprises camerounaises a été résumé à une question de financement. Mais pour Dr Edith Forkwa Gibson, entrepreneure connue sous le nom de Captain Edith Delight, l’équation est plus complexe : une entreprise peut disposer d’un bon produit, d’un savoir-faire et même de capitaux, sans pour autant devenir durable si elle ne trouve pas suffisamment de clients.

C’est sur cette réalité que repose le For Us By Us Exhibition 2026 (FUSBUS), qui se tiendra le 3 octobre au Krystal Palace de Douala. L’initiative entend réunir entrepreneurs, investisseurs, établissements financiers, acteurs économiques et membres de la diaspora autour d’un objectif précis : faire passer les produits camerounais de la simple exposition commerciale à l’accès effectif aux marchés.

« Vous pouvez être un excellent entrepreneur, fabriquer avec excellence, mais si vous n’avez pas un véritable marché, vous aurez du mal à vous développer », a expliqué Edith Forkwa Gibson lors d’une rencontre avec la presse à Douala.

De la visibilité aux commandes

Le pari de FUSBUS est de rompre avec le modèle classique des foires commerciales, où les entrepreneurs viennent principalement présenter leurs produits pendant quelques jours avant de retourner à leur activité habituelle.

Entre 75 et 100 entreprises camerounaises sélectionnées devraient participer à l’édition 2026. La sélection repose moins sur le secteur d’activité que sur la qualité des produits, leur potentiel commercial et la capacité des entreprises à répondre à une demande plus importante.

Cosmétiques, mode, produits de consommation ou services : le spectre est volontairement large. Mais une condition demeure centrale : la capacité à produire avec suffisamment de régularité et de qualité pour satisfaire des clients au-delà du marché camerounais.

Cette exigence est particulièrement importante pour les produits destinés à la consommation. Les entreprises concernées devront notamment disposer des certifications et documents nécessaires pour soutenir leur commercialisation.

Le message économique est clair : l’accès à un marché international commence par la capacité à respecter ses standards.

La diaspora, nouveau canal de distribution

L’un des axes majeurs de FUSBUS concerne la diaspora camerounaise, notamment en Amérique du Nord et en Europe.

L’objectif ne consiste plus seulement à compter sur les transferts d’argent des Camerounais vivant à l’étranger. Il s’agit également de transformer cette diaspora en clientèle internationale des entreprises locales.

Des partenariats seraient ainsi envisagés avec des agences et des entreprises logistiques afin de faciliter l’acheminement des produits vers les États-Unis, leur stockage puis leur distribution auprès des consommateurs.

Cette stratégie pourrait offrir aux PME camerounaises un avantage déterminant : disposer d’une présence commerciale à l’étranger sans avoir à créer immédiatement leurs propres infrastructures de distribution.

À terme, l’ambition est également de développer une plateforme numérique permettant aux consommateurs de commander à distance des produits fabriqués au Cameroun.

Un marché numérique pour prolonger l’exposition

FUSBUS entend ainsi dépasser la logique d’un événement organisé sur une seule journée.

Les entreprises sélectionnées pourraient être intégrées à EFORTI MART, une marketplace destinée à prolonger en ligne l’expérience commerciale de l’exposition et à donner davantage de visibilité aux produits camerounais auprès des consommateurs internationaux.

Le numérique devient alors le deuxième étage du dispositif : l’exposition crée la rencontre, tandis que la plateforme doit permettre de transformer cette rencontre en commandes, ventes récurrentes et relations commerciales.

Pour les petites entreprises, cette évolution est stratégique. Une présence ponctuelle dans un salon peut générer de la visibilité ; une plateforme commerciale capable de recevoir des commandes toute l’année peut, elle, contribuer à construire un véritable marché.

Le pouvoir d’achat de la diaspora comme levier économique

Derrière cette stratégie se trouve également une idée plus large : encourager les Camerounais de l’étranger à consommer davantage de produits fabriqués au pays.

Edith Forkwa Gibson estime que la diaspora peut jouer un rôle plus important dans le financement indirect de l’économie locale en devenant une clientèle régulière des entreprises camerounaises.

L’enjeu dépasse donc la promotion du « Made-in-Cameroon ». Il touche à la circulation de la valeur : lorsqu’un consommateur camerounais installé à l’étranger achète un produit fabriqué au Cameroun, une partie de la dépense revient à l’entreprise locale, à ses fournisseurs, à ses employés et à son écosystème de production.

Cette logique pourrait offrir une nouvelle dimension au commerce entre le Cameroun et sa diaspora.

Convaincre d’abord le consommateur camerounais

Mais l’internationalisation ne pourra pas, selon les organisateurs, se construire sans une transformation du marché intérieur.

FUSBUS veut notamment s’attaquer à une perception encore répandue : celle selon laquelle un produit importé serait automatiquement de meilleure qualité qu’un produit fabriqué au Cameroun.

Pour les organisateurs, la réponse doit être apportée par le produit lui-même : qualité, présentation, emballage, régularité de production et capacité à tenir ses promesses commerciales.

Autrement dit, le patriotisme économique ne peut pas remplacer la compétitivité.

Le consommateur camerounais doit pouvoir choisir un produit local non seulement parce qu’il est local, mais parce qu’il est bon, fiable et compétitif.

Du financement à la construction d’entreprises

FUSBUS s’inscrit dans le prolongement des activités de Ladies in the Boardroom, qui avaient notamment pour objectif de mettre les entrepreneurs en relation avec des banques, des investisseurs et différentes opportunités de financement.

L’expérience aurait cependant mis en évidence une limite : le financement ne résout pas tout.

Une entreprise peut obtenir des ressources financières et rester fragile si elle ne dispose pas d’un nombre suffisant de clients. Le véritable défi devient alors celui de la transformation du capital en chiffre d’affaires, puis du chiffre d’affaires en croissance durable.

C’est précisément sur cette articulation entre financement, production, distribution et demande que FUSBUS cherche désormais à positionner son modèle.

L’enjeu des standards internationaux

L’ouverture aux marchés américain, britannique ou canadien implique toutefois des exigences supérieures à celles d’un simple marché local.

La qualité du produit devra être accompagnée d’une documentation appropriée, d’un packaging adapté, d’une capacité logistique et, pour certains produits, de certifications spécifiques.

C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de cette initiative : aider les entrepreneurs à comprendre que l’exportation ne consiste pas simplement à expédier un produit à l’étranger.

Il faut pouvoir produire davantage, livrer régulièrement, respecter les normes et maintenir une qualité constante.

La sélection opérée par FUSBUS pourrait ainsi constituer, au-delà de l’exposition, une première forme de filtre commercial pour identifier les entreprises capables de franchir cette étape.

La marque Cameroun comme actif commercial

L’événement comportera également une dimension culturelle et créative avec notamment un défilé de mode et des animations destinées à mettre en avant le savoir-faire camerounais.

La marque de beauté Xcape, développée par Edith Forkwa Gibson et déjà commercialisée aux États-Unis et en Europe selon la promotrice, servira également d’illustration à cette ambition internationale.

Le raisonnement est celui du country branding : lorsque des marques camerounaises parviennent à s’imposer sur des marchés étrangers, elles contribuent aussi à modifier la perception globale du potentiel industriel et créatif du pays.

Une vitrine, mais surtout un test commercial

L’intérêt de FUSBUS 2026 se mesurera finalement moins au nombre de visiteurs qu’à sa capacité à produire des résultats commerciaux : nouveaux clients, contrats, commandes, partenariats logistiques, accès au financement et implantation de produits camerounais sur de nouveaux marchés.

C’est là que réside le véritable changement de paradigme.

Le Cameroun ne manque pas nécessairement d’entrepreneurs ni d’idées. La question est désormais de savoir combien de ces idées peuvent devenir des entreprises capables de produire à grande échelle, vendre régulièrement et exporter durablement.

Prévu le 3 octobre 2026 au Krystal Palace de Douala, FUSBUS 2026 se présente ainsi comme une expérience commerciale autant qu’un événement entrepreneurial.

Son ambition est simple à formuler, mais difficile à réaliser : faire en sorte que le produit camerounais ne soit plus seulement présenté comme une promesse de qualité, mais devienne une offre commerciale capable de trouver sa place sur les rayons et les plateformes de consommation au-delà des frontières nationales.

LA RÉDACTION 

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