🇨🇲Cameroun – Ngondo 2026 : à Youpwè, le Canton Njo-Njo célèbre son patrimoine et réaffirme son attachement à ses terres
Délocalisée pour la première fois à Youpwè, la caravane du Ngondo a mêlé célébration du patrimoine Sawa, promotion de l’excellence et revendications autour de la préservation des terres et de la mangrove.
DOUALA — La pluie n’aura finalement été qu’un prélude. Vendredi 3 octobre 2026, lorsque les « chasseurs de pluie » ont accompagné l’entrée de la délégation des chefs traditionnels Sawa au Centre Équestre de Youpwè, ce n’est pas seulement une nouvelle étape du Ngondo qui s’ouvrait. C’est une communauté qui entendait rappeler son histoire, son identité et son attachement à un territoire soumis aux transformations rapides de Douala.
Pour la première fois, la caravane du Ngondo a quitté son cadre habituel de Bali pour investir Youpwè. Un choix hautement symbolique dans une ville où l’urbanisation, la pression foncière et la transformation des espaces naturels redessinent chaque jour le paysage.
Et le message du King Bell, Sa Majesté Jean Yves Eboumbou Douala Bell, n’a laissé que peu de place à l’ambiguïté.
« Personne ne va s’accaparer de Youpwè. Youpwè n’est pas à vendre ! »
La terre au cœur de la fête
Devant les populations venues nombreuses, le chef traditionnel a dénoncé ce qu’il considère comme une appropriation progressive de certaines terres de Youpwè.
« Quelques-uns se sont accaparés Youpwè », a-t-il déclaré, avant de rappeler que le territoire ne saurait disparaître au gré des transactions et des opérations foncières.
La préoccupation dépasse la seule question de la propriété. Elle touche à la mémoire d’un peuple, à ses espaces traditionnels et à la préservation de la mangrove, élément emblématique des paysages du Wouri.
Le président en exercice du Ngondo, Sa Majesté Gaston Mbodi Epée, King Bassa Wouri, s’est inscrit dans cette dynamique en appelant à la vigilance : « Nous devons être en éveil pour protéger ce qui nous appartient. »
Dans une métropole en pleine expansion, le débat prend une résonance particulière : comment préserver les territoires porteurs de mémoire lorsque la ville gagne inexorablement du terrain ?

Youpwè, territoire de mémoire
La force de cette étape du Ngondo tient précisément à cette rencontre entre patrimoine et modernité.
Youpwè n’est pas présenté uniquement comme un espace géographique. Dans le récit porté par ses représentants, il constitue un territoire de mémoire, un lieu où se croisent histoire familiale, traditions, environnement et identité communautaire.
La mangrove, aujourd’hui fragilisée, apparaît ainsi comme plus qu’un simple écosystème. Elle participe à un paysage culturel dont la disparition pourrait également signifier une perte de repères pour les générations futures.
La présence simultanée des chefs traditionnels, des autorités administratives, des responsables religieux, des élites et des populations a donné à la manifestation une dimension de rassemblement communautaire.
La jeunesse au centre de la transmission
Mais réduire cette caravane à la seule question foncière serait passer à côté de l’essentiel.
À Youpwè, la culture s’est également exprimée dans sa forme la plus festive.
Les danses patrimoniales, les spectacles, les défilés et les différentes animations ont transformé le Centre Équestre en une véritable scène de transmission culturelle.
La jeunesse occupait une place centrale.
À 23 ans, Claire Din Ekambi a été couronnée Miss Njo-Njo 2026, incarnant cette nouvelle génération appelée à porter l’image du Canton tout en participant à la conservation de son identité culturelle.
Quand la tradition rencontre la compétition
Le sport traditionnel a lui aussi trouvé sa place dans le programme.
La lutte traditionnelle et le tir à la corde ont offert aux participants et au public des moments de forte intensité, renouant avec une dimension populaire et communautaire des célébrations traditionnelles.
L’équipe de Bonanjo s’est particulièrement illustrée en remportant les deux épreuves.
Ici, la compétition n’était pas seulement sportive. Elle était aussi un moyen de faire vivre des pratiques qui risquent de perdre progressivement leur place dans une société urbaine dominée par les loisirs modernes.
L’école, autre patrimoine à préserver

Autre temps fort : la célébration de l’excellence scolaire.
Les meilleurs bacheliers du Canton ont été récompensés, dans une démarche qui inscrit l’éducation parmi les priorités de la communauté.
Le message est clair : le patrimoine ne se résume pas aux danses, aux rites ou aux territoires. Il se transmet également par le savoir.
En distinguant les jeunes ayant obtenu les meilleurs résultats au baccalauréat, le Canton Njo-Njo a voulu associer mémoire et avenir, traditions et réussite académique.
Une escale qui ressemble à un avertissement
À Youpwè, le Ngondo aura finalement raconté plusieurs histoires en une seule journée.
Celle d’un patrimoine que l’on célèbre.
Celle d’une jeunesse que l’on veut encourager.
Celle d’une mangrove dont la préservation devient un enjeu environnemental.
Et surtout, celle d’un territoire dont les représentants traditionnels entendent rappeler la valeur historique et communautaire.
La caravane est repartie, mais les mots prononcés à Youpwè devraient continuer de résonner.
« Youpwè n’est pas à vendre. »
Au-delà du slogan, cette déclaration ouvre un débat plus vaste sur l’avenir des territoires traditionnels dans une Douala confrontée à une croissance urbaine rapide : comment construire la ville sans effacer les traces de ceux qui l’ont précédée ?
À Youpwè, le Ngondo 2026 a apporté une réponse culturelle : la modernité ne saurait faire disparaître la mémoire.
VICTOR ESSO TIKI


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