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🇸🇳Sénégal : Diomaye Faye acte la rupture avec Ousmane Sonko et ouvre une nouvelle séquence politique

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Le divorce politique que Dakar redoutait depuis plusieurs semaines est désormais consommé. Ce vendredi 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko ainsi qu’à celles de l’ensemble du gouvernement, plongeant le Sénégal dans une nouvelle zone de turbulences politiques à peine deux ans après l’arrivée au pouvoir du duo issu du mouvement PASTEF.

Cette décision marque une rupture spectaculaire entre deux figures qui avaient construit ensemble l’alternance sénégalaise de 2024. Longtemps présenté comme le stratège politique et mentor de Diomaye Faye, Sonko semblait avoir conservé une influence déterminante sur l’appareil gouvernemental et sur la majorité présidentielle. Mais derrière l’image d’un tandem soudé, les divergences de méthode et les rivalités d’autorité s’étaient progressivement transformées en confrontation ouverte.

Le point de rupture est intervenu publiquement ce vendredi à l’Assemblée nationale. Lors de la séance de questions d’actualité, Ousmane Sonko a frontalement désavoué le chef de l’État sur le dossier sensible des fonds politiques, affirmant que le président « a fait une erreur » et qu’il n’était « pas d’accord avec lui sur cette question ». Dans un système institutionnel fortement présidentialisé, cette sortie publique a été interprétée à Dakar comme une remise en cause directe de l’autorité présidentielle.

Pour plusieurs observateurs sénégalais, le limogeage était devenu inévitable depuis plusieurs semaines. Dès le 2 mai, Bassirou Diomaye Faye avait laissé entendre que la confiance accordée à son Premier ministre avait des limites. Dans l’entourage présidentiel, certains cadres reprochaient à Sonko une volonté de conserver une centralité politique et médiatique jugée incompatible avec le renforcement de l’autorité du chef de l’État.

Les signaux avant-coureurs s’étaient multipliés : réorganisation discrète des cercles de décision à la présidence, mise à l’écart progressive de plusieurs proches de Sonko au sein de l’appareil d’État et montée des tensions entre différentes factions de la majorité. Derrière ces frictions se dessinait une question essentielle : qui gouvernait réellement le Sénégal ?

La crise actuelle pourrait profondément recomposer le paysage politique sénégalais. Car au-delà du départ d’Ousmane Sonko de la Primature, c’est l’équilibre même du projet politique porté par Pastef qui vacille. Une partie importante de la base militante demeure personnellement attachée à Sonko, dont le leadership populaire avait largement contribué à la victoire présidentielle de Diomaye Faye.

L’absence, pour l’instant, d’un successeur désigné à la tête du gouvernement entretient également les interrogations sur la stratégie du président. Diomaye Faye cherchera-t-il un profil technocratique capable d’apaiser les tensions et de rassurer les partenaires économiques du Sénégal ? Ou choisira-t-il au contraire un fidèle politique chargé de consolider définitivement son autorité sur l’appareil d’État ?

Dans un contexte économique et social encore fragile, cette rupture ouvre une phase d’incertitude majeure pour le Sénégal, longtemps considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Le défi pour Bassirou Diomaye Faye sera désormais double : restaurer la cohésion du pouvoir tout en évitant qu’une crise interne au sommet de l’État ne se transforme en fracture durable au sein du camp présidentiel.

Victor Esso Tiki

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