🇨🇲🇬🇦🇨🇫🇬🇶🇨🇬🇹🇩CEMAC : à Douala, les PPP passent au crible pour attirer davantage de capitaux privés
Derrière la technicité des textes se joue une question beaucoup plus stratégique : comment transformer les partenariats public-privé en véritable levier d’investissement régional, tout en réduisant le risque juridique pour les investisseurs ? Réunis à Douala le 11 août 2026, les experts de la CEMAC travaillent à une harmonisation qui pourrait redessiner les conditions d’accès du secteur privé aux infrastructures d’Afrique centrale.

À Douala, la bataille se joue moins sur les annonces que sur les règles du jeu
Le ciel maussade qui couvrait Douala le 11 août 2026 contrastait avec l’enjeu économique de la rencontre organisée à l’hôtel Résidence La Falaise. Sous la présidence effective du représentant du Coordonnateur de la Cellule PPP de la Commission de la CEMAC, les représentants des États membres se sont réunis autour d’un sujet qui dépasse largement la seule mécanique administrative des marchés publics : la capacité de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale à mobiliser durablement le capital privé pour financer son déficit d’infrastructures.
Au cœur des discussions : la détermination du seuil applicable aux PPP concessifs de faible montant et l’élaboration de modèles communautaires pour les avis de pré-information, de préqualification, d’attribution et de modification des contrats PPP.
Sur le papier, il s’agit d’un exercice réglementaire. Pour les investisseurs, c’est beaucoup plus que cela.
C’est une tentative de rendre le marché régional plus lisible, plus prévisible et moins coûteux à pénétrer.
Une directive qui impose désormais un calendrier
Le chantier trouve son origine dans la Directive n°0157/25-CEMAC-065-UEAC-CM-41 du 25 février 2025, portant cadre juridique et institutionnel des partenariats public-privé dans la zone CEMAC.
Le texte impose aux États membres de transposer ses dispositions dans leur droit national au plus tard le 25 février 2027. La Commission de la CEMAC doit, de son côté, mettre en place une cellule spécialisée destinée à accompagner les États dans cette transposition.

L’atelier de Douala intervient donc à un moment charnière : à moins de sept mois de l’échéance réglementaire, la région doit passer de l’intention politique à la construction d’un environnement opérationnel.
Pour les marchés financiers et les investisseurs institutionnels, cette évolution est particulièrement importante.
Un investisseur ne regarde pas seulement la taille d’un marché. Il examine aussi la stabilité du cadre juridique, la transparence de l’attribution, la possibilité de comparer les projets et la prévisibilité des procédures.
Sur ces différents critères, l’harmonisation communautaire pourrait devenir un avantage compétitif pour la CEMAC.
Le pari des PPP de faible montant
L’une des questions les plus sensibles de l’atelier concerne les PPP concessifs de faible montant.
L’objectif est de trouver un équilibre. Une procédure identique à celle d’une infrastructure majeure peut devenir disproportionnée lorsqu’elle s’applique à un projet plus modeste.
Le risque est connu : des procédures trop longues peuvent décourager les opérateurs privés, augmenter les coûts de transaction et retarder la mise en service d’infrastructures pourtant essentielles.
La création d’un seuil spécifique doit donc permettre une procédure simplifiée, tout en maintenant les mécanismes de contrôle indispensables.
Cette approche pourrait également modifier le profil des bénéficiaires des PPP.
Jusqu’ici, les grandes concessions ont naturellement favorisé les groupes internationaux disposant d’une capacité financière, juridique et technique considérable. Les projets de taille plus réduite peuvent, au contraire, ouvrir davantage d’espace aux PME et entreprises régionales.
C’est là que réside l’un des enjeux économiques les plus intéressants du dispositif.
Une porte d’entrée pour le capital régional
Pour un investisseur, un marché de 11 procédures différentes dans 11 environnements administratifs serait naturellement moins attractif qu’un espace où les règles fondamentales sont progressivement rapprochées.
La standardisation des documents communautaires poursuit précisément cette logique.
Les modèles de pré-information, de préqualification, d’attribution et de modification des contrats doivent permettre aux opérateurs économiques de retrouver une architecture documentaire comparable d’un pays à l’autre.
Cette standardisation peut sembler secondaire. Elle ne l’est pas.
Dans un projet d’infrastructure, l’incertitude juridique se transforme en coût financier. Plus les règles sont complexes ou imprévisibles, plus les investisseurs exigent une prime de risque élevée.
À l’inverse, un cadre mieux harmonisé peut contribuer à réduire les coûts de préparation des offres, faciliter le travail des conseils juridiques et améliorer la bancabilité des projets.

De la commande publique à la stratégie d’investissement
Le véritable test de la réforme sera donc sa capacité à transformer les PPP en instruments d’investissement.
La CEMAC dispose d’importants besoins en infrastructures : énergie, transport, logistique, eau, numérique, services urbains et équipements publics. Le financement public seul ne peut pas répondre rapidement à l’ensemble de ces besoins.
Les PPP apparaissent ainsi comme un mécanisme permettant de répartir les responsabilités entre l’État et le secteur privé : l’État conserve la responsabilité stratégique et réglementaire tandis que l’opérateur privé apporte une partie du financement, de l’expertise technique et de la capacité opérationnelle.
Mais ce modèle n’est viable que si le risque est correctement réparti.
Un mauvais contrat PPP ne supprime pas le risque public : il peut simplement le déplacer dans le temps.
C’est pourquoi l’harmonisation des règles devra être accompagnée d’une amélioration de la préparation des projets, de l’évaluation de leur viabilité économique et financière et de la capacité des administrations à négocier avec les opérateurs privés.
L’enjeu sera la bancabilité
Pour les investisseurs, la prochaine étape sera moins juridique que financière.
Un projet PPP peut être parfaitement conforme au droit et rester difficile à financer s’il ne présente pas de flux de revenus suffisamment prévisibles.
La question de la bancabilité sera donc déterminante : qualité des études de faisabilité, mécanismes de rémunération, garanties publiques, partage des risques, conditions de révision des tarifs, risques de change et dispositifs de règlement des différends.
La standardisation des documents communautaires constitue un premier étage.
Le deuxième devra consister à créer un portefeuille de projets suffisamment préparés pour intéresser les banques, les fonds d’infrastructure et les investisseurs institutionnels.
Le secteur privé local comme test de crédibilité
L’autre enjeu majeur concerne la profondeur du marché régional.
Si les PPP deviennent uniquement un mécanisme permettant à de grands groupes internationaux de prendre des concessions de plusieurs centaines de milliards de francs CFA, l’effet d’entraînement sur l’économie locale restera limité.
Le seuil des PPP de faible montant peut précisément contribuer à changer cette dynamique.
Des projets plus petits et plus accessibles pourraient permettre à des entreprises camerounaises, gabonaises, congolaises, centrafricaines, tchadiennes et équato-guinéennes de développer leur expérience dans les concessions et les contrats de long terme.
La réussite de la réforme se mesurera donc aussi au nombre d’entreprises régionales capables de devenir sponsors, opérateurs ou sous-traitants de PPP.

Douala, laboratoire d’une nouvelle architecture régionale
L’atelier ouvert à Douala constitue ainsi une étape technique dans un processus qui pourrait avoir des conséquences beaucoup plus larges sur l’économie de la CEMAC.
La date du 25 février 2027, fixée pour la transposition de la directive, donne au chantier un caractère d’urgence.
La région cherche désormais à passer d’une juxtaposition de marchés nationaux à un environnement d’investissement progressivement plus intégré.
Pour les investisseurs, le message est clair : la CEMAC tente de réduire le coût de l’incertitude.
Pour les États, le défi est tout aussi important : attirer le capital privé sans abandonner la maîtrise des infrastructures stratégiques, protéger l’intérêt public tout en offrant une rémunération suffisante aux investisseurs, et accélérer les procédures sans sacrifier la transparence.
À Douala, la réforme des PPP commence donc par des seuils et des formulaires. Mais derrière cette apparente technicité se dessine une ambition autrement plus vaste : faire des infrastructures un marché régional suffisamment prévisible pour que le capital privé accepte enfin de prendre davantage de risques en Afrique centrale.
Et c’est probablement là que se jouera le véritable verdict de la réforme.
VICTOR ESSO TIKI


Vous avez besoin d’une offre publicitaire pour faire connaître vos produits ou services, Afrique Infos vous permet de choisir parmi celle que propose sa plateforme, la meilleure qui puisse vous satisfaire.











