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🇨🇲CAMEROUN : À YOUPWÉ, LCPS PARIE SUR LA PROFESSIONNALISATION DE LA PÊCHE ARTISANALE POUR CAPTER LE MARCHÉ MONDIAL DE LA CREVETTE

Douala. Au-delà de la simple cérémonie officielle organisée le 12 juin 2026 au Débarcadère de Youpwé, le lancement par Lothe Consulting Products of Sea S.A. (LCPS) d’un programme de professionnalisation de la capture et de la collecte dans la pêche artisanale et semi-industrielle traduit une ambition plus vaste : repositionner la filière halieutique camerounaise sur un marché mondial de la crevette en pleine mutation et à forte valeur ajoutée.

Présidée par le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales, le Dr Taïga, la cérémonie a réuni autorités administratives, opérateurs économiques, organisations de pêcheurs et acteurs de la chaîne de valeur autour d’une même conviction : la modernisation de la pêche artisanale constitue désormais un levier de croissance économique, de sécurité alimentaire et de création d’emplois.

Un secteur stratégique mais encore sous-exploité

Avec plus de 400 kilomètres de façade maritime, des estuaires riches en ressources halieutiques et plusieurs dizaines de milliers de pêcheurs artisanaux, le Cameroun dispose d’atouts considérables. Pourtant, le pays demeure fortement dépendant des importations de produits de la mer pour satisfaire sa demande intérieure.

Selon les estimations du secteur, la pêche artisanale représente plus de 80 % des débarquements nationaux et assure directement ou indirectement les revenus de plusieurs centaines de milliers de personnes. Cependant, les pertes post-capture, l’insuffisance des infrastructures de conservation, le manque d’équipements adaptés et la faible structuration des circuits de commercialisation limitent fortement la rentabilité de la filière.

C’est précisément sur ces maillons faibles que souhaite intervenir LCPS.

Structurer l’informel pour créer davantage de valeur

À l’origine de cette initiative se trouve Louis Deschamps Elessa Lothin-Sen, promoteur de LCPS et président-fondateur de la Fondation Elessa Lothin-Sen.

Actif dans la filière halieutique depuis 2011, l’entrepreneur entend accompagner les pêcheurs artisanaux et semi-industriels vers des pratiques répondant davantage aux standards internationaux de qualité, de traçabilité et de conservation.

L’objectif affiché est double : réduire les pertes après capture et améliorer la rémunération des acteurs de la chaîne de valeur.

« Pendant longtemps, les pêcheurs ont produit sans disposer des outils nécessaires pour optimiser la valeur commerciale de leurs captures. La professionnalisation devient aujourd’hui un impératif économique », explique un opérateur présent lors du lancement.

Le marché mondial de la crevette, une opportunité à plusieurs milliards de dollars

Si le programme cible l’ensemble de la pêche artisanale, l’accent mis sur la crevette n’est pas anodin.

Produit emblématique des exportations halieutiques africaines, la crevette figure parmi les produits de la mer les plus échangés dans le monde. Le marché mondial des crevettes est aujourd’hui estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars et continue d’être porté par une demande croissante en Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie.

Les principaux producteurs mondiaux demeurent la Chine, l’Inde, l’Équateur, le Vietnam, l’Indonésie et la Thaïlande. Ensemble, ces pays alimentent l’essentiel des flux internationaux grâce à des filières fortement industrialisées et intégrées.

L’Union européenne reste quant à elle l’un des premiers bassins d’importation, avec des exigences croissantes en matière de qualité sanitaire, de durabilité environnementale et de traçabilité.

Dans ce contexte, les pays africains cherchent à renforcer leur présence sur ce segment à forte valeur ajoutée.

L’Afrique veut renforcer sa position

De la Mauritanie au Mozambique, en passant par le Sénégal, Madagascar ou encore le Nigéria, plusieurs États africains investissent désormais dans la modernisation de leurs filières halieutiques.

Madagascar demeure l’une des références continentales dans l’exportation de crevettes premium, grâce à une combinaison de pêche contrôlée et d’aquaculture moderne destinée principalement aux marchés européens.

Le Sénégal et la Mauritanie ont également développé des mécanismes de certification et de contrôle qualité permettant d’accroître la compétitivité de leurs produits sur les marchés internationaux.

Face à cette concurrence, le Cameroun dispose encore d’une marge de progression importante.

Le potentiel camerounais

Dans son allocution, le Dr Taïga a rappelé que les ressources halieutiques ne sont pas infinies et que la pêche de capture doit désormais s’inscrire dans une logique de durabilité et de valorisation économique.

Pour le membre du gouvernement, la crevette constitue l’un des rares produits halieutiques camerounais disposant encore d’un véritable potentiel de croissance à l’exportation.

Les crevettes issues des estuaires du Wouri, de la Sanaga ou du Ntem bénéficient d’une réputation appréciable sur certains marchés régionaux. Toutefois, leur accès aux circuits internationaux demeure limité par les contraintes logistiques et sanitaires.

Le programme lancé à Youpwé vise précisément à combler cet écart.

Youpwé, laboratoire d’une nouvelle économie bleue

Premier centre de débarquement artisanal du Cameroun, Youpwé occupe une place stratégique dans l’économie maritime nationale.

Chaque jour, des centaines de pêcheurs y débarquent poissons, crustacés et autres produits halieutiques destinés aux marchés de Douala et de l’arrière-pays.

Pour Christiane Laure Wondje Épée épouse Ntoney, représentante de la mairie de la ville de Douala et directrice par intérim du Débarcadère et Marché aux poissons, l’initiative de LCPS pourrait contribuer à moderniser durablement les pratiques professionnelles tout en renforçant les revenus des communautés de pêcheurs.

Au-delà des aspects économiques, la professionnalisation de la filière répond également aux objectifs de sécurité alimentaire, d’inclusion sociale et de création d’emplois pour les jeunes vivant dans les zones côtières.

Une ambition qui dépasse la pêche

Le lancement du programme de LCPS intervient dans le prolongement de la 10ᵉ édition du Forum économique « Doing The Future Together », organisée à Douala-Bonapriso.

Le rapprochement entre réflexion économique et action de terrain illustre une évolution des politiques publiques et privées autour de ce que les experts appellent désormais l’« économie bleue ».

Selon les institutions internationales, l’économie maritime représente l’un des principaux gisements de croissance du continent africain pour les prochaines décennies.

Pour le Cameroun, la modernisation de la pêche artisanale pourrait ainsi devenir bien davantage qu’un projet sectoriel : un instrument de diversification économique, de réduction des importations alimentaires et d’amélioration des exportations non pétrolières.

À Youpwé, les pirogues continuent d’accoster chaque matin. Mais pour les promoteurs du programme LCPS, l’enjeu est désormais de faire en sorte que chaque kilogramme débarqué génère davantage de valeur, davantage de revenus et davantage de perspectives pour toute la filière halieutique camerounaise.

VICTOR ESSO TIKI 

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