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🇬🇦🇨🇲Cameroun – Emprunt obligataire : la Gabonaise Bamboo Microfinance séduit les investisseurs camerounais

À Douala, la microfinance gabonaise a présenté les fondamentaux d’une émission obligataire de 5 milliards de FCFA, rémunérée à 7,25 % brut l’an sur trois ans. Une opération destinée à accélérer son expansion au Gabon et à préparer son déploiement dans la CEMAC.

DOUALA, 10 septembre 2026 — Le marché financier sous-régional poursuit sa diversification. Après les grandes entreprises, les banques et les États, les institutions de microfinance s’invitent désormais plus ouvertement sur le marché obligataire. C’est dans cette dynamique que Bamboo Microfinance, établissement gabonais de microfinance de deuxième catégorie, a effectué une opération de présentation de son emprunt obligataire auprès des investisseurs camerounais.

Réunis mercredi 9 septembre à l’hôtel Starland de Bonapriso à Douala, investisseurs institutionnels, banquiers d’affaires, professionnels du marché et représentants des médias ont échangé avec le top management de Bamboo Microfinance, venu de Libreville, ainsi qu’avec la direction générale d’Africa Bright Securities, arrangeur et chef de file de l’opération.

L’objectif : convaincre les investisseurs camerounais de participer à l’émission « EO BAMBOO-EMF 7,25 % Brut 2026-2029 », d’un montant de 5 milliards de FCFA.

Un rendement de 7,25 % dans un marché en quête de rendement

L’opération porte sur 5 millions d’obligations d’une valeur nominale de 1 000 FCFA, émises au pair. Le taux d’intérêt est fixé à 7,25 % brut par an, avec une maturité de trois ans.

La souscription minimale est de 50 obligations, soit 50 000 FCFA, ce qui ouvre l’opération à une clientèle relativement large, au-delà des seuls investisseurs institutionnels.

Les intérêts sont payés semestriellement. Le remboursement du capital intervient progressivement à partir de la deuxième année, à raison d’un quart du capital par semestre sur les années 2 et 3. Pour une souscription de 1 million de FCFA, par exemple, l’investisseur percevrait théoriquement 72 500 FCFA d’intérêts bruts par an, avant fiscalité, selon les modalités de l’émission.

L’opération bénéficie par ailleurs d’un dispositif de sécurisation comprenant notamment un compte séquestre destiné au remboursement, des comptes d’opérations et de paiement, ainsi que des mécanismes de nantissement et l’émission de billets à ordre.

L’emprunt a obtenu le visa COSUMAF n° COSUMAF-APE-03/26 et sera coté sur le compartiment obligataire de la BVMAC, donnant ainsi aux titres une possibilité de négociation sur le marché secondaire.

 

Bamboo veut changer d’échelle

Derrière cette levée de fonds, Bamboo Microfinance affiche une ambition qui dépasse le simple renforcement de sa trésorerie.

Selon le document d’information présenté aux investisseurs, les 5 milliards de FCFA seront intégralement consacrés à l’expansion du portefeuille de crédits. Deux segments sont particulièrement ciblés : les salariés, notamment fonctionnaires et employés du secteur privé, et les commerçants et opérateurs du secteur informel.

La microfinance entend également accélérer le déploiement de solutions digitales autour de la monétique, du mobile money, des transferts et de l’interopérabilité CEMAC.

Pour le PDG de Bamboo Microfinance, Yvan N’na Mboma, cette opération doit permettre à l’établissement de poursuivre le développement de son réseau à travers les neuf régions du Gabon, mais également de préparer la conquête progressive des autres marchés de la CEMAC.

« Cette opération permettra à Bamboo Microfinance de continuer de développer son réseau sur les neuf régions du Gabon et de conquérir les pays de la CEMAC, tout en faisant croître le nombre de clients salariés de 3 500 à 5 000 et en développant le financement des PME », a-t-il expliqué face aux investisseurs.

Une croissance déjà visible dans les comptes

Pour les investisseurs, l’un des principaux arguments de Bamboo réside dans la trajectoire récente de ses indicateurs financiers.

L’établissement, opérationnel depuis 2022 après l’acquisition du portefeuille de Salam Financial Exchanges (SFE), revendique une croissance rapide de son activité.

Ses comptes actifs seraient ainsi passés de 6 670 en 2023 à près de 26 900 en 2025, soit une progression de plus de 300 %. À fin 2025, Bamboo affichait également plus de 23 900 clients actifs, selon les données communiquées dans le document d’information.

Le portefeuille de crédits cumulés depuis le démarrage dépasserait 17 milliards de FCFA, pour plus de 2 000 projets financés.

Plus significatif encore pour un investisseur obligataire : les dépôts de la clientèle atteignaient environ 15,83 milliards de FCFA en 2025, contre 5,29 milliards en 2022. Les crédits à la clientèle s’établissaient à 9,76 milliards de FCFA, contre 2,02 milliards trois ans plus tôt.

Cette accélération s’est accompagnée d’un redressement spectaculaire de la rentabilité.

Une rentabilité passée dans le vert

Le résultat net, négatif à -417 millions de FCFA en 2022, est passé à -163 millions en 2023, avant de devenir positif à 94 millions en 2024, puis 122 millions de FCFA en 2025.

Dans le même temps, le produit net financier est passé de 114 millions de FCFA en 2022 à 2,423 milliards en 2025.

Le document d’information fait état d’un ROE de 12,9 % en 2025, contre -40,8 % en 2022, tandis que le coefficient d’exploitation s’est établi à 91 %.

Autrement dit, Bamboo présente aujourd’hui le profil d’une institution encore jeune, mais qui a franchi le seuil de rentabilité et cherche désormais à transformer sa croissance organique en changement d’échelle.

Le pari sur les PME et la finance digitale

Le financement de l’économie réelle constitue l’un des axes centraux du projet.

Bamboo veut notamment renforcer son offre destinée aux PME, salariés, commerçants et acteurs de l’agriculture, tout en développant ses services de collecte d’épargne, de transfert d’argent et de bancassurance.

L’établissement dispose déjà d’un réseau physique de 14 agences et 70 stations banking, auquel s’ajoute une stratégie digitale.

L’interopérabilité CEMAC via GIMAC Pay, ainsi que le développement de la monétique et du mobile money, doivent permettre à Bamboo de réduire progressivement sa dépendance au réseau physique et d’accroître ses volumes transactionnels.

Les projections financières présentées aux investisseurs traduisent cette ambition : le produit global d’exploitation, annoncé à 3,014 milliards de FCFA en 2026, atteindrait 5,484 milliards en 2029. Le résultat net passerait, selon ces prévisions, de 283 millions de FCFA en 2026 à 1,383 milliard en 2029.

Une expansion CEMAC qui passe par le marché des capitaux

L’opération est également intéressante par sa dimension régionale.

Bamboo ne présente pas les 5 milliards de FCFA comme une simple ressource de trésorerie. L’emprunt constitue un véritable outil de transformation du bilan, destiné à financer la croissance du portefeuille de crédits tout en diversifiant les sources de financement de l’institution.

L’objectif affiché pour 2026-2029 est notamment de parvenir à une couverture géographique intégrale du Gabon dès le second semestre 2026, avant d’envisager une expansion sous-régionale.

Cette stratégie intervient dans un contexte où les acteurs de la finance de proximité cherchent à tirer profit de l’intégration croissante des marchés financiers et des systèmes de paiement de la CEMAC.

Un rendement attractif, mais un risque à surveiller

Pour les investisseurs camerounais, le coupon de 7,25 % brut constitue l’un des principaux arguments commerciaux de l’opération.

Mais le rendement doit être mis en perspective avec le profil de risque d’un établissement de microfinance en phase d’expansion. Le document d’information identifie notamment des risques stratégiques, financiers, opérationnels, réglementaires, géopolitiques et cybernétiques.

Le principal risque économique tient à la stratégie elle-même : l’émission doit contribuer à accélérer fortement les crédits, alors que la qualité du portefeuille et la maîtrise du risque de crédit seront déterminantes pour préserver la rentabilité et la capacité de remboursement.

Bamboo met toutefois en avant plusieurs mécanismes de sécurisation destinés à protéger les porteurs, ainsi que le respect des ratios prudentiels applicables au secteur.

Douala, nouveau terrain de conquête pour Bamboo

La présentation de mercredi à Douala révèle surtout une évolution du marché financier régional : les frontières entre les marchés nationaux de la CEMAC deviennent progressivement moins étanches pour les investisseurs et les émetteurs.

Pour Bamboo, le Cameroun représente à la fois un bassin d’investisseurs potentiels et un marché financier majeur de la sous-région. Pour les investisseurs camerounais, l’opération offre, de son côté, une nouvelle possibilité de diversification vers un acteur financier gabonais en phase d’expansion.

Avec ses 5 milliards de FCFA recherchés, son coupon de 7,25 %, sa cotation projetée à la BVMAC et une stratégie visant les PME, les salariés et l’économie informelle, Bamboo Microfinance entend donc transformer cette émission en levier de croissance régionale.

Reste désormais au marché à répondre à la question essentielle : les investisseurs camerounais seront-ils suffisamment convaincus par la trajectoire financière de Bamboo pour accompagner son ambition de devenir un acteur de référence de la microfinance dans la CEMAC ?

La période de souscription court du 15 juillet au 12 octobre 2026. L’opération est arrangée et dirigée par Africa Bright Securities, avec un syndicat de placement réunissant notamment plusieurs intermédiaires financiers de la sous-région.

VICTOR ESSO TIKI 

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