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LE BILLET DE LA SEMAINE: 90eme ANNIVERSAIRE DE PAUL BIYA : LES SECRETS DE SON POUVOIR

Biya va bientôt fêter ses quatre-vingt-dix ans. De ce fait, il accentue son record du plus vieux chef d’Etat au pouvoir au monde, conquis l’année dernière. Une nouvelle fois les gens vont continuer à s’interroger sur ce qui fait sa force, au point qu’a un âge ou on est généralement grabataire, et contraint par la nature à être de plus en plus absent, son régime joue la résistance, bien que constitutionnellement, il détient tous les pouvoirs.

En guise de billet de cette semaine, je vous invite à partager cette réflexion sur le pouvoir de Paul Biya faite par intellectuel ougandais que j’ai piqué sur la page Facebook de mon ami Aaron Nyankwe.

LA VIDEO AMBARRASSANTE DE PAUL BIYA, par le journaliste ougandais ANDREW MWENDA

Lors du sommet États-Unis-Afrique de décembre de l’année dernière, le président Paul Biya du Cameroun a été filmé dans une situation très compromettante. Vieux et sénile à près de 90 ans, il est entré dans la salle de conférence sans savoir où il ne se trouvait ni ce qu’il était censé faire. « Oh wow, alors je suis devenu une célébrité ? », demande-t-il à son assistant, « Qui sont tous ces gens présents ? » Lorsque l’assistant lui dit qu’il est censé faire un discours, il dit : « Y a-t-il des personnages importants parmi eux ? » C’est un moment très embarrassant pour le vieil homme et on se demande pourquoi et comment il se maintient au pouvoir.

La semaine dernière, l’activiste Godbar Tumushabe a publié un article de quelqu’un d’Al Jazeera qui critiquait Biya. L’auteur, Tafi Mhaka, dit que Biya n’est plus apte à occuper un poste – et je suis entièrement d’accord avec lui. Mais en réalité l’analyse de Taf Mbaka est typiquement africaine car le regard de Mhaka est plus moralisant que qu’analytique. Il ne fait aucun effort pour jeter un nouvel éclairage sur les défis qui sont ceux de l’Afrique ou pour insuffler un air frais dans le débat obsolète qui continue à avoir cours sur notre politique. C’est pour cela qu’il ne fait que ressortir les préjugés anciens et usés qui ont dominé le discours intellectuel sur l’Afrique au cours des soixante-dix dernières années. Premièrement, il y a cette focalisation sur les individus plutôt que sur les structures sociales et les forces qui les sous-tendent. Quand j’ai regardé la mise en scène misérable de Biya, je me suis demandé comment un vieil homme aussi sénile parvient à garder le pouvoir : gagner (ou réussir à truquer) des élections, éviter des coups d’État militaires, des guerres civiles, etc. Ne passons-nous pas à côté de quelque chose d’important ? Nous nous plaignons toujours de la personnalisation du pouvoir en Afrique et du manque de systèmes ou d’institutions solides. N’est-il pas possible que Biya ait construit des systèmes si puissants que le Cameroun n’a pas besoin de lui pour se diriger que comme symbole ? Dès lors, les vraies questions à se poser sont : comment s’organise le pouvoir au Cameroun ? Comment est-il distribué ? Comment s’exerce-t-il ? Et comment se reproduit-il ?

Soit dit en passant, ce que Biya a fait est pratiquement ce que fait le président Joe Biden tous les jours. Vieux et sénile, Biden peut à peine lire ses propres discours ou se souvenir des choses. Il continue de faire gaffe après gaffe à la télévision. Si vous regardez Fox News, ils ont quotidiennement une rubrique sur ses gaffes, se moquent en permanence de lui. CNN ne le fait pas pour des raisons évidentes. Pourtant, si la vidéo de Biya concernait Biden, les mêmes « intellectuels » africains auraient soutenu que les États-Unis ont des systèmes et des institutions solides et que, par conséquent, la sénilité de son président importe peu.

Peindre l’histoire du Cameroun avec un large éventail de préjugés c’est ne comprendre ce pays. C’est peut-être pour cela que passons notre temps a pleurnicher et a nous plaindre toujours de nos dirigeants, tout simplement parce que nous sommes intellectuellement paresseux ce qui fait que nous ne nous posons pas les vraies questions. Comment un vieil homme sénile qui ne sait même pas où il se trouve peut-il diriger un pays comme le Cameroun où le pouvoir est si personnalisé ? Il doit y avoir beaucoup de gens au Cameroun, y compris dans son propre gouvernement, qui aimeraient le remplacer. On ne peut en déduire que le pouvoir au Cameroun est entre les mains d’un groupe de personnes ou d’intérêts qui n’utilisent Biya que comme symbole.

Deuxièmement, Mhaka a fait référence dans son article a l’exemple du premier ministre de la Nouvelle-Zélande qui a récemment démissionné parce qu’elle sentait qu’elle avait perdu son énergie et sa motivation. Ici, on voit la pauvreté intellectuelle qui est la nôtre lorsque nous abordons le débat sur la politique (et tout le reste) en Afrique. C’est ainsi qu’un article sur la gouvernance en Afrique prend exemple de la gouvernance en Nouvelle-Zélande. Les stratégies de gouvernance d’une Afrique pauvre peuvent-elles être les mêmes que dans le monde occidental ? Les pays occidentaux sont à des niveaux de développement très différents. D’où cette question, le niveau de développement façonne-t-il les stratégies de gouvernance ?

En fait, si nous devons faire la moindre comparaison avec l’Occident, nous devons commencer par nous interroger sur la manière dont les pays occidentaux étaient gouvernés lorsqu’ils avaient le même niveau de développement que les pays africains aujourd’hui. Par exemple, nous pouvons analyser des indicateurs neutres tels que la répartition rurale-urbaine de la population, le pourcentage de personnes qui vivent du secteur secondaire, tertiaire ou primaire, le niveau de revenu ou des dépenses par habitant et le niveau d’éducation des adultes etc.

Une fois ces indicateurs établis, nous pouvons alors nous demander quelles stratégies de gouvernance les élites dirigeantes des sociétés occidentales ont utilisées pour gérer le pouvoir. Fait intéressant, j’ai fait une telle étude et on serait surpris de voir à quel point nos systèmes de gouvernance sont similaires à ceux de l’Occident lorsqu’ils étaient au même niveau sur tous ces indicateurs que nous avons aujourd’hui. En fait, les pays africains sont bien mieux gouvernés aujourd’hui que les pays occidentaux lorsqu’ils étaient à nos niveaux actuels de développement sur la base des indicateurs énumérés ci-dessus.

Troisièmement, prenons comme préalable pour les besoins de la discussion que les stratégies de gouvernance ne dépendent pas des niveaux de développement. Ensuite, comparons le Cameroun avec des pays africains considérés comme « démocratiques » parce qu’ils imitent les systèmes politiques occidentaux : Bénin, Sénégal, Malawi, Ghana, Zambie et Kenya. Dans ces pays, les mandats des dirigeant sont limites, la constitution est respectée et l’opposition remporte souvent les élections et on assiste a une alternance entre un parti au pouvoir à un parti d’opposition. Essayons de saisir les indicateurs neutres comme croissance économique, santé et éducation, routes, espérance de vie, électricité, eau potable, etc.) et voyons s’ils sont différents au Cameroun ou en l’Ouganda où le président Yoweri Museveni s’accroche au pouvoir depuis 37 ans.

Le Malawi et le Bénin sont parmi les pays les plus pauvres du monde. Le Mali, la Guinée Conakry et le Burkina Faso étaient il n’y a pas longtemps des démocraties mais ont succombe à des coups d’État militaires sans effusion de sang au cours des trois dernières années. Le Ghana, la Zambie et le Kenya sont économiquement au bord de la faillite. Fondamentalement, que leur a apporté leur mimétisme des systèmes occidentaux ? Si nous analysons sur des critères de démocratie l’organisation interne du pouvoir, nous allons constater que les stratégies de gouvernance du Kenya et du Cameroun peuvent varier dans la forme mais pas dans le fond.

Il est par conséquent urgent de laisser tomber les lentilles occidentales lorsqu’on analyse les politiques en Afrique. Il faut toujours tenir compte des spécificités de nos pays. Il est possible que des gens comme Biya représentent quelque chose de fondamental à propos de notre niveau d’évolution sociale et politique. Et ce « quelque chose » ne peut pas être souhaité, sauf à un coût élevé, probablement pour une fin tragique. Je ne le souhaite pas car ce serait dramatique.

Traduction approximative de l’Hon. E. FOPOUSSI FOTSO

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