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LE BILLET DE LA SEMAINE: QUEL AVANTAGE PEUT TIRER LE CAMEROUN DE LA MEGA-RAFFINERIE DE DANGOTE INAUGUREE LA SEMAINE DERNIERE ?

Tant attendue, la grande raffinerie du milliardaire nigérian, homme le plus riche d’Afrique et propriétaire d’une cimenterie au Cameroun, Aliko Dangote, a été inaugurée la semaine dernière par le Président nigérian Mohamadu Buhari, juste une semaine avant qu’il ne quitte le pouvoir. On sait que cette raffinerie arrive comme une planche de salut pour ce grand pays qui, bien que le plus grand producteur du pétrole d’Afrique, importe jusqu’ici la quasi-totalité du carburant nécessaire à sa consommation intérieure, à cause de la défaillance de ses raffineries d’État gangrenées par la malgouvernance et particulièrement la corruption. Il échange son pétrole brut estimé à des milliards de dollars, contre du carburant importé, qu’il subventionne par la suite, afin de garder un prix artificiellement bas sur le marché pour garantir la paix sociale. 

La portée et la taille du gigantesque investissement d’Aliko Dangote, le plus grand jusqu’ici réalisé dans le domaine énergétique sur le sol africain par un africain, n’a échappé a personne. D’où la présence a son inauguration de six chefs d’Etat africains, Faure Gnassingbé du Togo, Nana Akufo-Addo du Ghana, Macky Sall du Sénégal, Mohamed Bazoum de la République du Niger et Mahamat Déby du Tchad.

Ce que beaucoup de camerounais ignorent, c’est que cet évènement, bien que se déroulant au Nigeria, représente aussi une opportunité pour notre pays, le Cameroun dont le chef d’état Paul Biya, n’était malheureusement ni présent ni représenté. Une absence qui confirme une nouvelle fois l’effacement de notre pays de la scène diplomatique internationale à cause d’un président qui, malgré tous les artifices de son régime, n’est plus en mesure d’exercer pleinement ses obligations régaliennes.

Pour revenir à l’intérêt du Cameroun dans cet évènement, il part d’un certain nombre de similitudes qu’il présente actuellement avec le Nigeria dans le domaine énergétique.

Premièrement, bien qu’étant lui aussi un producteur de pétrole, son unique raffinerie située à Limbe, dans le sud-ouest du pays, construite en 1973, n’a jamais pu raffiner son propre pétrole, parce qu’elle n’est pas adaptée à celui-ci beaucoup plus lourd. Par conséquent, jusqu’à l’incendie qui y est survenue le 31 mai 2019, le Cameroun exportait la totalité de son pétrole but et importait sur le marché international la quantité nécessaire au fonctionnement de la Sonara pour satisfaire sa consommation intérieure.

Ensuite, depuis cet incendie dont les causes ne sont toujours pas élucidées, mais qui certainement relèvent de la malgouvernance qui gangrène la gestion des entreprises d’Etat au Cameroun, l’approvisionnement du pays en produits finis nécessaires à sa consommation intérieure, obéit à un mécanisme mis en place par le gouvernement, qui consiste en la mise en concurrence de l’ensemble des traders à travers des appels d’offres, afin de sélectionner le mieux-disant.

La réhabilitation ou de la reconstruction de la Sonara trainant en longueur, le complexe de Dongote une opportunité qui offe plusieurs possibilités pour contourner la rapacité des traders qui dominent le marché international des hydrocarbures. Il peut, à l’instar de l’accord qu’il a obtenu de la Guinée Equatoriale, à savoir utiliser ses installations gazières de Punta Europa sur l’île de Bioko pour traiter son gaz naturel, négocier un accord du même genre avec le groupe Dangote pour traiter son pétrole brut afin de satisfaire à moindre cout son maché intérieur. Tout comme, en attendant la réhabilitation de la Sonara, il a aussi la possibilité d’importer directement de cette raffinerie du pétrole raffiné pour satisfaire son marché intérieur en profitant de la proximité entre les deux pays ainsi que de la qualité des voies de communication pour réduire les couts. Enfin et pourquoi pas, il peut également solliciter le partenariat du groupe pour la réhabilitation de la Sonara, d’autant plus que son know-how en la matière est internationalement reconnu.

Tout cela est possible compte tenu des bonnes dispositions de l’homme d’affaire nigérian maintes fois exprimées vis-à-vis de note pays. Ainsi, lors de sa visite au Cameron en 2021, il avait clairement exprimé son intention d’investir dans le secteur pétro-gazier camerounais.

De même que dans l’esprit de la Zlecaf (zone de libre-échange continentale africaine), le Cameroun peut ainsi relancer la coopération entre le Cameroun et le Nigeria dans un esprit gagnant-gagnant, deux pays que la géographie et l’histoire condamnent à cheminer ensemble.

Certains milieux d’affaires semblent avoir flairé le vent et commencent déjà à se positionner en conséquence. C’est le cas du groupe Camerouno-Indien Nkah Engineering, dont le siège est à Yaoundé, qui annonce avoir obtenu du goupe Dangote l’agrément d’exporter ses produits le Cameroun. Un partenariat qui lui permettrait d’exporter mensuellement jusqu’à 300 000 tonnes de riz, sel, sucre et d’engrais estampillés Dangote Cameroun. Le contrat s’étendrait également aux produits pétroliers avec la possibilité d’exporter 2 millions de barils de produits pétroliers et ceci à partir du troisième trimestre 2023. Enfin, Nkah Engineering annonce qu’elle n’attend que l’homologation des prix du gouvernement pour commencer à opérer.

Cependant, pour tenir compte de la taille des enjeux, d’autant plus que les questions énergétiques relèvent du domaine de la souveraineté nationale, on attend que le gouvernement prenne les devants pour élabore le cadre et fixe les règles de ce qui se présente comme une opportunité pour réorienter de manière stratégique la politique de développement du pays.

 

     E. FOPOUSSI FOTSO

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