Togo:Lofty Farm le Roi du tilapia bio et Chantre du Made in Togo
Créée en 2016 par Pierrot Kokou Akapkovi, l’entreprise togolaise Lofty Farm est spécialisée dans l’élevage du tilapia, le poisson le plus consommé au monde. Modèle de réussite dans la pisciculture togolaise, elle peut se targuer de produire un poisson 100 % bio, commercialisé sous la marque Madja. Mais cette société pionnière doit cependant faire face à une vive concurrence en provenance d’Asie.
« L’entreprise de Pierrot Kokou Akapkovi a réussi à drainer 280 emplois directs et 1 millier d’emplois indirects »
S’il est aujourd’hui surnommé « le roi du tilapia bio », Pierrot Kokou Akapkovi le doit largement à sa persévérance. Avant de se passionner pour l’élevage de poisson, l’homme a travaillé dans le transport, la production d’eau minérale, puis les énergies renouvelables. Ces expériences l’ont amené à sillonner tous les pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que les deux Congo. C’est en 2016, de retour du Ghana, qu’il décide de se lancer dans l’élevage de poisson. Mais ses premiers essais, menés sur le lac Togo, vont s’avérer de cuisants échecs. L’entrepreneur ne baisse pas pour autant les bras : en 2018, il décide d’installer de nouveau ses cages à poissons, non plus sur le lac Togo, mais sur le barrage de Nangbéto (région des Plateaux), à 145 km de Lomé. Cette fois, c’est une réussite. À tel point que cinq ans plus tard, Lofty Farm fait figure de modèle dans la pisciculture togolaise : la ferme piscicole, qui affiche une production annuelle de 1800 à 2500 tonnes de poissons, détient 95 % du marché du tilapia au Togo.
Deux sites d’élevage
Outre le tilapia, la société togolaise produit des alevins, des clarias et des aliments pour poissons, depuis ces deux fermes d’élevage situées à Avepozo (près de Lomé) et à Nangbéto. Alors que le premier site est dédié à la seule production d’alevins en bassin, le second compte trois unités : production de poisson marchand, conservation et transformation (poissons frais, surgelés et fumés) et production d’aliments pour poissons. Ceux-ci y subissent un processus de production précis. « Les larves initiales sont traitées du jour 0 au jour 80 à 90 en milieu de pré-grossissement, avant une phase de grossissement d’environ 6 mois voire plus », indique le chef d’entreprise.
Formule bio et asticots
Les poissons de Lofty Farm reçoivent une nourriture bio composée principalement de céréales (soja, maïs, manioc) issues de paysans des localités environnantes, ainsi que d’asticots produits directement sur la ferme. Cette démarche, qui permet d’abaisser les coûts de production, constitue un atout majeur, comme l’explique Arnold Akakpovi, expert halieutique au sein de l’entreprise : « Notre avantage, c’est que nous couvrons toute la chaîne de valeur, à l’exception de la surgélation, pour laquelle nous avons un partenaire. La ferme réalise elle-même l’alevinage, le grossissement, la provende. Cela nous permet de sécuriser le processus d’élevage et d’avoir un prix attractif ». Quant aux asticots « maison », qui jouent un rôle crucial dans la croissance des poissons grâce à leur taux de protéine, ils font l’objet de soins particuliers. « C’est cet ensemble qui confère à nos tilapias l’appellation bio, comparée aux hormones et autres additifs qu’utilisent les producteurs asiatiques », observe Alaglo Lauréole, sous-chef de la production de l’asticot.
Concurrence chinoise
Au sujet de ces mêmes producteurs, Pierrot Kokou Akapkovi n’a pas de mots assez durs pour évoquer « des tilapias importés de Chine, surgelés à l’eau et qui en réalité sont nocifs pour la santé ». Rien à voir avec les tilapias de Lofty Farm, produits dans des conditions naturelles, sans aucun ajout de substance chimique, et congelés de façon sécurisée. C’est pourquoi le PDG de Lofty Farm s’insurge : « Aujourd’hui, quand on fait venir un conteneur de 40 pieds d’aliments servant à nourrir le poisson, on exige de nous un prêt de 10 millions de francs CFA [environ 15 000 euros], alors que l’on exige moins d’un million pour des poissons importés issus de la même cargaison et du même poids ». Face à ce constat, le patron de la ferme piscicole, par ailleurs président du Conseil interprofessionnel de la filière pêche du Togo (CIFP-Togo), lance un appel aux décideurs : s’ils veulent booster le secteur halieutique, ces paramètres doivent être revus.
Certes, pour sécuriser le marché national du tilapia, l’exécutif togolais a initié en 2020 un programme en faveur du secteur halieutique, au terme duquel les producteurs piscicoles ont bénéficié d’environ 380 millions de francs CFA (environ 578 000 euros) pour du matériel (cages flottantes, pirogues motorisées, alevins…). Surtout, le Togo a interdit, depuis 2017, l’importation du tilapia. Cependant, les accords de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ne permettent pas à des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Bénin d’appliquer eux aussi une telle politique protectionniste. Ce qui n’empêche pas le chef d’entreprise d’y envisager de nouvelles implantations. Pour ce faire, il plaide pour un « allègement des procédures administratives », en vue de faciliter l’accès aux accréditations et certifications.
« Notre capacité de production actuelle est de 5 tonnes de poissons par jour et l’un de nos défis est d’aller au-delà de ce volume, afin de satisfaire la demande nationale »
Objectif 5 000 tonnes annuelles
Pour l’heure, les quelque 2000 tonnes annuelles produites par la ferme togolaise alimentent le marché local et sous-régional, où ses poissons sont vendus entre 1900 et 2000 francs CFA (de 2,89 à 3,05 euros) le kilo et commercialisés sous la marque Madja. Lofty Farm vend notamment ses produits au Ghana, pays considéré comme un grand producteur de tilapias. Cependant, le modèle adopté par la ferme togolaise se distingue radicalement de celui des producteurs ghanéens, où sont présents des capitaux internationaux. « Ces grandes entreprises sont très spécialisées, expose le PDF de Lofty Farm. Certaines s’occupent de l’alevinage, d’autres du grossissement des poissons et d’autres encore de la provende. À l’inverse, nous fédérons tout. C’est ce qui nous permet d’écouler nos tilapias au Ghana ».
Quant aux besoins du Togo en matière de produits halieutiques, Lofty Farm n’en couvre actuellement que 7 %. Ceux-ci étaient estimés en 2021 à 109 187 tonnes, pour une population de 8,3 millions d’habitants. « Notre capacité de production actuelle est de 5 tonnes de poissons par jour et l’un de nos défis est d’aller au-delà de ce volume, afin de satisfaire la demande nationale », souligne Nicola, responsable de la production de Lofty Farm, qui ambitionne d’atteindre une production annuelle de 5000 tonnes à l’horizon 2025.
Impact socio-économique
Depuis sa création, l’entreprise de Pierrot Kokou Akapkovi a réussi à drainer 280 emplois directs et 1 millier d’emplois indirects, tout en apportant son appui à la vingtaine de fermes piscicoles installées sur le barrage de Nangbéto. Par ailleurs engagée dans des œuvres sociales, elle a, entre autres, financé la construction de plusieurs classes pour l’école locale. Autant de réalisations qui font dire à Pierrot Kokou Akapkovi que Lofty Farm est « un bijou, une solution pour le développement du Togo, et notamment pour l’emploi dans le pays ».
Tournée vers l’avenir, l’entreprise a également développé un programme de formation pour les ingénieurs en pisciculture. À leur attention et à celle des jeunes désireux de s’aventurer dans ce secteur, le patron de Lofty Farm n’a qu’un conseil : « Il faut d’abord être passionné. Ce n’est pas juste une question d’argent… Il faut de la passion pour ces poissons et de la patience ». D’ailleurs, ajoute-t-il, lui-même s’est réellement attaché aux poissons tilapias. Tant et si bien que désormais il les écoute, et va même jusqu’à échanger avec eux.
Blamé Ekoue



Vous avez besoin d’une offre publicitaire pour faire connaître vos produits ou services, Afrique Infos vous permet de choisir parmi celle que propose sa plateforme, la meilleure qui puisse vous satisfaire.











