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🇨🇲Cameroun : 120 milliards de FCFA pour réinventer la ville, le gouvernement lance le chantier du PVGFD à Douala

À Douala, capitale économique du Cameroun, le gouvernement ouvre un nouveau chapitre de sa politique urbaine. En lançant officiellement les travaux des drains structurants du Projet Villes et Gestion Foncière Durables (PVGFD) au quartier PK11, dans l’arrondissement de Douala III, l’exécutif affiche une ambition qui dépasse la simple construction d’infrastructures : celle de transformer durablement la gouvernance des villes, de réduire les vulnérabilités climatiques et de moderniser l’administration foncière.

La cérémonie, présidée par la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, en présence du ministre des Marchés publics, Ibrahim Talba Malla, des représentants de la Banque mondiale et des autorités locales, marque l’entrée en phase opérationnelle d’un programme doté de 200 millions de dollars américains, soit près de 120 milliards de FCFA.

Une réponse aux fragilités urbaines de Douala

Dans une métropole où les inondations saisonnières paralysent régulièrement la mobilité, détruisent des habitations et fragilisent l’activité économique, les premiers travaux portent sur 2,6 kilomètres de drains structurants dans les arrondissements de Douala III et Douala V.

Le chantier, confié à COMAR SARL sous la maîtrise d’œuvre de STUDI International/STUDI Cameroun, représente un investissement de 7,88 milliards de FCFA pour une durée d’exécution de 14 mois.

Ces ouvrages constituent la continuité du Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR), dont ils viennent achever plusieurs infrastructures stratégiques.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est économique. Les inondations chroniques entraînent chaque année des pertes importantes pour les ménages, les commerçants et les entreprises. En améliorant l’évacuation des eaux pluviales, le gouvernement espère réduire ces coûts invisibles qui freinent la compétitivité de Douala.

Le foncier, nouvelle priorité stratégique

L’originalité du PVGFD réside dans son approche intégrée.

Contrairement aux précédents programmes essentiellement centrés sur les infrastructures, le nouveau projet associe urbanisme, mobilité, résilience climatique et réforme foncière.

Près de 20 millions de dollars, soit environ 12 milliards de FCFA, seront consacrés à la modernisation de l’administration foncière : digitalisation des archives, sécurisation des droits de propriété, développement d’un système d’information foncière et accélération des procédures administratives.

Pour les investisseurs privés, cette dimension constitue un signal important. La sécurisation foncière reste l’un des principaux obstacles au développement immobilier et industriel au Cameroun. En fluidifiant les procédures et en renforçant la transparence, le gouvernement espère créer un environnement plus favorable aux investissements.

Des contrats de ville pour changer la gouvernance

L’autre innovation majeure est institutionnelle.

En marge du lancement des travaux, l’État a signé des Contrats de Ville avec les Communautés urbaines de Douala et de Yaoundé ainsi que plusieurs communes d’arrondissement.

Inspirés de nouvelles pratiques de gouvernance territoriale, ces contrats définissent les responsabilités respectives de l’État et des collectivités dans la programmation, le financement, la réalisation et l’entretien des infrastructures.

L’objectif est d’éviter les défaillances observées sur plusieurs projets urbains passés, où l’absence de coordination institutionnelle avait souvent limité l’impact des investissements.

Une vision nationale de la transformation urbaine

Le PVGFD ne se limite pas à Douala.

Le programme prévoit également d’importants investissements à Yaoundé avec la construction et la réhabilitation de voiries structurantes, de nouveaux réseaux de drainage, des équipements communautaires ainsi que des opérations de modernisation foncière.

Au total, 170 millions de dollars seront consacrés aux infrastructures urbaines, tandis que 10 millions financeront la gouvernance, le suivi-évaluation et le renforcement institutionnel.

Le projet s’inscrit dans les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), qui fait de la modernisation des villes un levier essentiel de croissance économique.

Entre résilience climatique et développement économique

Au-delà de la construction de drains, le PVGFD traduit une évolution des politiques publiques camerounaises face aux défis de l’urbanisation rapide.

Avec une croissance démographique soutenue et des épisodes climatiques de plus en plus intenses, Douala et Yaoundé concentrent aujourd’hui une grande partie des vulnérabilités urbaines du pays.

En combinant infrastructures, planification urbaine, réforme foncière, gouvernance locale et résilience environnementale, le gouvernement cherche à bâtir un modèle de développement plus durable.

Le succès du programme dépendra toutefois de plusieurs facteurs : le respect des délais d’exécution, la qualité des ouvrages, la capacité des collectivités à assurer leur entretien, ainsi que la poursuite des réformes foncières promises depuis plusieurs années.

Pour les partenaires internationaux comme pour les acteurs économiques, le lancement du PVGFD constitue néanmoins un indicateur fort : celui d’une volonté de faire de la modernisation urbaine un moteur de compétitivité, d’inclusion sociale et d’attractivité économique pour les deux principales métropoles camerounaises.

VICTOR ESSO TIKI 

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