🇨🇲Port de Douala : après la collision entre deux navires, Yaoundé mesure le coût économique d’un incident stratégique
Plus d’une semaine après la collision entre les navires MV SEA HONOR et MV BLACK RHINO dans le chenal du Port de Douala-Bonabéri, le gouvernement camerounais passe à la phase d’évaluation économique. La visite effectuée ce lundi par le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, traduit la volonté des autorités de mesurer avec précision les répercussions d’un accident susceptible d’affecter la principale porte d’entrée du commerce extérieur du Cameroun et une part importante des flux logistiques de la sous-région.

Accompagné du gouverneur de la région du Littoral, du directeur général du Port Autonome de Douala ainsi que des responsables des administrations concernées, le ministre a inspecté les zones touchées avant de conduire une réunion de crise consacrée au maintien de la continuité des opérations portuaires.
Au-delà de l’aspect sécuritaire, l’enjeu est désormais économique. Chaque ralentissement dans le chenal peut entraîner un allongement des délais d’escale, une augmentation des coûts de transport maritime et des perturbations pour les chaînes d’approvisionnement alimentant le Cameroun mais également plusieurs États enclavés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Un test pour la résilience du premier hub maritime camerounais
Le Port de Douala-Bonabéri demeure la principale infrastructure portuaire du pays et concentre l’essentiel des importations de produits manufacturés, des équipements industriels, des hydrocarbures ainsi qu’une part importante des exportations de cacao, de bois, de coton et d’autres matières premières.
Une interruption durable de la navigation dans le chenal pourrait provoquer un effet domino sur l’économie nationale : retards dans les livraisons industrielles, augmentation des frais de stationnement des navires, hausse des coûts logistiques pour les opérateurs économiques et pression supplémentaire sur les prix de certains produits importés.
C’est précisément cette exposition économique que le ministère des Transports cherche aujourd’hui à quantifier afin d’adapter les réponses opérationnelles.
Préserver la confiance des armateurs
Pour les autorités portuaires, l’objectif immédiat consiste à rassurer les compagnies maritimes et les chargeurs internationaux sur la capacité du Port de Douala à maintenir ses activités malgré l’incident.
Selon plusieurs professionnels du secteur, la rapidité avec laquelle les opérations de sécurisation, d’inspection du chenal et d’organisation du trafic sont conduites constitue un facteur déterminant pour préserver la réputation du port auprès des armateurs internationaux.
Dans un environnement où les grands ports d’Afrique de l’Ouest et du Golfe de Guinée renforcent continuellement leur compétitivité, la continuité des services devient un avantage stratégique autant qu’un impératif économique.

Renforcer la prévention des risques maritimes
La réunion stratégique présidée par Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè a également permis d’examiner les dispositifs destinés à prévenir de nouveaux incidents.
Les autorités souhaitent renforcer les mécanismes de surveillance de la navigation, améliorer la coordination entre les différents services portuaires et consolider les procédures d’intervention rapide en cas d’accident maritime.
Au-delà des réparations immédiates, cette séquence pourrait accélérer certaines réflexions sur la modernisation des équipements d’aide à la navigation, la gestion du trafic dans le chenal et le renforcement des capacités opérationnelles des équipes de sécurité maritime.
Un enjeu régional
L’incident rappelle enfin le rôle régional du Port de Douala-Bonabéri. Au-delà du Cameroun, cette infrastructure constitue une porte d’accès essentielle pour plusieurs économies d’Afrique centrale, notamment le Tchad et la République centrafricaine, dont une partie importante des échanges extérieurs transite par cette plateforme.
Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse donc la simple gestion d’un accident maritime. Il s’agit de préserver la crédibilité logistique du pays, de garantir la fluidité des échanges commerciaux et de maintenir l’attractivité d’un port appelé à demeurer un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement régionales.
Par sa descente sur le terrain, le ministre des Transports envoie ainsi un signal aux acteurs économiques : la priorité du gouvernement reste d’assurer la continuité des activités portuaires tout en tirant les enseignements d’un incident qui rappelle la nécessité d’investir durablement dans la sécurité et la résilience des infrastructures maritimes camerounaises.
VICTOR ESSO TIKIÂ


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