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🇺🇳ONU : l’Afrique fait corriger la carte du monde, les États-Unis votent seuls contre

Par 164 voix contre une, l’Assemblée générale adopte l’initiative « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain. Washington dénonce une démarche qu’il juge idéologique et détourneuse des priorités de l’ONU.

NEW YORK — La géographie est rarement une affaire diplomatique. Elle l’est devenue vendredi 4 septembre 2026 à l’Assemblée générale des Nations unies.

Réunis à New York, les États membres ont adopté à une écrasante majorité la résolution A/80/L.104, intitulée « Correct the Map: Rebalancing global cartographic representation and promoting equitable representation of the world’s regions, particularly Africa ». Porté par le Togo au nom du Groupe africain, le texte a recueilli 164 voix pour, une voix contre et six abstentions.

Le seul vote négatif est venu des États-Unis, laissant Washington isolé sur ce dossier. L’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine ont choisi de s’abstenir.

Une bataille autour d’une carte vieille de plusieurs siècles

Derrière cette résolution se trouve une controverse cartographique ancienne : celle de la projection de Mercator, conçue au XVIe siècle principalement pour faciliter la navigation maritime.

Son principe produit toutefois une importante distorsion des superficies. Plus un territoire se rapproche des pôles, plus il apparaît disproportionnellement grand sur une carte Mercator. À l’inverse, les régions proches de l’équateur sont visuellement sous-dimensionnées.

L’Afrique, qui traverse largement la zone équatoriale, est ainsi souvent représentée avec une superficie visuelle très éloignée de sa taille réelle.

Le contraste le plus spectaculaire concerne le Groenland : sur certaines représentations Mercator, l’île peut sembler comparable à l’Afrique. En réalité, l’Afrique couvre environ 30,4 millions de km², contre environ 2,2 millions de km² pour le Groenland, soit près de quatorze fois moins.

Le problème n’est donc pas que la carte de Mercator serait « fausse » au sens absolu. Elle répond à une fonction précise, notamment pour la navigation. Le débat porte plutôt sur son utilisation comme représentation générale du monde, notamment dans l’éducation, les médias et les supports institutionnels.

À gauche : projection de Mercator — l’Afrique paraît visuellement beaucoup plus petite, notamment face aux territoires situés près des pôles.
À droite : projection Equal Earth — les superficies sont beaucoup mieux respectées. L’Afrique retrouve ainsi une représentation proportionnelle à sa superficie réelle. 

« Correct the Map », une initiative africaine à portée symbolique

Présentée par Lomé au nom du Groupe africain, l’initiative veut encourager le recours à des projections dites à superficie équivalente, notamment Equal Earth, qui permettent de mieux restituer les proportions territoriales.

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu cette démarche comme une question d’exactitude scientifique mais également de perception du monde.

Dans son briefing au Groupe africain, il a insisté sur le fait que l’initiative ne visait aucun pays et ne cherchait pas à imposer une représentation unique de la planète. Elle entend plutôt favoriser des cartes permettant de mieux comprendre les rapports de superficie entre les différentes régions du monde.

Le choix du Togo comme porte-étendard de cette initiative donne par ailleurs à l’affaire une dimension diplomatique particulière. Lomé transforme une question longtemps cantonnée aux milieux de la cartographie et de l’enseignement en sujet de débat multilatéral.

Washington dénonce une « idéologie radicale »

C’est précisément cette dimension politique que les États-Unis ont contestée.

Dans son explication de vote, la délégation américaine a rejeté le texte, estimant que derrière une apparente initiative technique se trouvait un projet idéologique plus large.

Washington a notamment contesté les références faites dans le débat à la « justice cognitive » et aux réparations, considérant que l’Assemblée générale devrait concentrer son attention sur les enjeux qu’elle juge prioritaires : paix internationale, prospérité et relations entre États.

Cette position a produit un résultat diplomatique spectaculaire : les États-Unis ont été le seul membre de l’Assemblée générale à voter contre la résolution.

Une résolution symbolique, pas une révolution cartographique immédiate

Malgré son retentissement politique, le texte adopté ne constitue pas une obligation juridique imposant à tous les États de renoncer à Mercator.

Il s’agit d’une résolution non contraignante qui encourage les gouvernements, institutions internationales, établissements éducatifs, médias et autres acteurs à privilégier, lorsque la comparaison des superficies est pertinente, des représentations cartographiques plus fidèles.

Autrement dit, l’ONU ne décrète pas que les cartes Mercator doivent disparaître du jour au lendemain.

La projection de Mercator conserve notamment une utilité pour certaines applications de navigation. Le véritable enjeu est de ne plus la considérer comme la représentation universelle et neutre de la taille réelle des continents.

Au-delà de la géographie, une bataille sur la représentation

Le vote du 4 septembre dépasse ainsi largement la question de savoir quelle carte doit être accrochée dans une salle de classe.

Pour ses promoteurs africains, la représentation graphique du monde participe aussi à la manière dont les populations perçoivent leur propre continent.

L’Afrique représente environ un cinquième des terres émergées de la planète. Pourtant, sur les cartes Mercator, son importance territoriale est visuellement atténuée par rapport aux régions septentrionales.

La démarche togolaise s’inscrit donc dans un débat plus vaste sur la représentation de l’Afrique dans les institutions internationales, les programmes scolaires, les médias et l’imaginaire collectif.

« Corriger la carte » ne signifie pas agrandir artificiellement l’Afrique. Cela signifie cesser de la présenter comme plus petite qu’elle ne l’est réellement.

l’Afrique fait environ 30,4 millions de km², soit près de 14 fois la superficie du Groenland. La différence que l’on observe sur les cartes vient principalement de la projection cartographique, et non d’un changement de taille réel du continent.

Une victoire diplomatique pour Lomé

Pour le Togo et le Groupe africain à l’ONU, le vote constitue surtout une démonstration de capacité à construire une coalition sur un sujet porté initialement comme une question de représentation.

Avec 164 voix favorables, le texte bénéficie d’un soutien qui dépasse largement le seul continent africain. La France et le Royaume-Uni figurent notamment parmi les pays ayant voté en faveur de l’initiative.

L’épisode révèle aussi une nouvelle fois les tensions autour du rôle de l’Assemblée générale. Pour ses défenseurs, le vote montre que les Nations unies peuvent encore faire émerger des débats globaux sur des questions de représentation et d’équité. Pour ses détracteurs, il illustre au contraire la tendance de l’organisation à consacrer du temps à des sujets symboliques alors que les crises géopolitiques s’accumulent.

Mais une chose est désormais acquise : la taille réelle de l’Afrique est officiellement devenue un sujet de débat diplomatique mondial.

Et vendredi à New York, sur une question où l’on aurait pu s’attendre à un consensus presque automatique, 164 pays ont dit oui, six se sont abstenus et un seul a dit non : les États-Unis.

Document officiel : Résolution A/80/L.104 – Nations unies

Cette affaire est intéressante précisément parce qu’elle n’est pas seulement une histoire de cartes. Elle touche à la représentation, au récit géopolitique et à la place de l’Afrique dans l’imaginaire mondial, tout en révélant un désaccord inhabituellement net entre Washington et l’écrasante majorité de l’Assemblée générale.

VICTOR ESSO TIKI 

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