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CONFIDENCE:COMMENT MON PÈRE VOULAIT QUE JE LE REMPLACE DANS LA SECTE

Recueilli et publié par Amé Océane CODJIA

Je n’avais jamais su que mon père appartenait à une confrérie ou si vous voulez une secte. Papa avait toujours bien réussi dans la vie. Chef d’entreprise, homme charismatique et très conservateur, il lui tenait à cœur que nous ses enfants soyions comme lui.

Avec mes trois sœurs, nous avions étudié dans les plus prestigieuses écoles du monde et deux d’elles en sont sorties doctoresses tandis que la benjamine avait fini expert-comptable. J’avais moi opté pour l’architecture.

Pendant nos années d’études, j’enviais l’aisance de papa. Il menait toujours à bout tous ses projets, aussi extraordinaires soient-ils et il avait une telle facilité à s’ouvrir les portes. J’avais mis cela sur le compte de sa capacité à se faire très facilement des amis hautement placés.

Des amis valeureux, il en avait. Mon père était dans les bonnes grâces des plus hautes autorités du pays. Mais à voir son acharnement au travail, on pouvait facilement faire le lien entre son professionnalisme et la demande sans cesse grandissante de lui confier des projets.
A l’étranger, je me disais qu’une fois rentré, je suivrai les pas de papa.

Quelques années après, notre mère nous fit tous rentrer au pays. La cause, papa venait de faire une première crise cardiaque. Nous avions eu la peur de notre vie.

Chacun avait simplement tout laissé pour rentrer à son chevet et soutenir maman qui était désemparée.

Ce fut un bonheur de le voir se réveiller quelques jours après et de descendre de l’hôpital presque un mois après.

Deux de mes sœurs avaient repris leurs vols pour leurs destinations alors que moi, papa ne me permit plus de partir.

Au départ, mon père avait simplement besoin de son fils à ses côtés. Il recouvrait petit à-petit la santé et me confiait la gestion de ses entreprises. C’était jusque-là normal, vu son état de santé mais après 5 mois à tourner sur ses business et en laissant de côté mon plan de carrière dans mon domaine de prédilection, je lui fis part de mon désir de retourner à mes occupations mais il en fut frustré contre toute attente.

– Tu es mon unique fils et j’ai beaucoup de choses à te confier ici. Tu es la pièce motrice de mes activités depuis mon accident alors peux-tu me dire à qui je vais confier la suite ?

– Mais papa, je dois rentrer, j’ai laissé tout, plein de projets en suspens, pour rentrer. Au lieu de 2 mois, j’en boucle 5 déjà…

– Nous en reparlerons.

Il avait le fort de tout remettre à demain simplement pour fuir les discussions qu’il n’avait pas envie d’avoir.

J’avais ma thèse à soutenir mais mon père n’avait pas l’intention de me laisser repartir.

Lorsque je m’énervais et voulais réagir, maman me faisait part de son état de santé fragile et m’exhortait à la patience.

Une nuit, on tapa à ma porte et lorsque j’ouvris, mon père me demanda de le suivre dans son bureau. Il ferma la porte à double tour derrière nous et m’invita à m’assoir, puis à l’aide d’une clé, il ouvrit une armoire contenant un coffre-fort. Je fus étonné de voir cette forteresse dans le bureau pourtant si innocent de mon père.

De ce coffre papa sortit des objets plus ou moins extraordinaires. Ce n’était rien de mystique non, mais des ouvrages, et plein d’autres objets surprenants.

– Qu’est-ce que c’est lui demandai-je ?

– Je vais te montrer… Vois-tu mon fils, à un moment de ma vie professionnelle, j’ai dû accepter de faire certaines choses pour vous assurer un bel avenir. Je ne voulais pas que votre mère et vous manquiez de quoi que ce soit alors dès que l’opportunité se présenta, je la saisis. Fut un temps où gagner un marché devenait rude. La concurrence pesante et les opportunités presque inexistantes, j’avais grâce à des amis entendu parler d’une association qui m’aurait facilitée la vie. Je l’ai alors intégrée et tout reprit normalement et bien mieux d’ailleurs. Cette association j’aimerais que tu l’intègres toi aussi. Tu verras que tout ce que tu désireras sur le plan professionnel sera fait.

Je ne compris pas au premier abord. Une association n’avait rien de bien méchant à priori alors je ne voyais pas pourtant tant de solennité autour. Je pris l’un des bouquins que j’ouvris à tout hasard et c’est là que je compris. Tout fut plus que clair. Les images n’étaient pas des présentations banales, absolument pas.

– Une association dis-tu ? Mais papa ça c’est une secte n’est-ce pas ?

Il garda le silence.

– Tu veux que j’intègre ta secte ? (Je fus pris d’un rire). Mais à quelle fin ? Du coup tu avais autant réussi parce que tu étais dans une secte ?

– La chose est plus sérieuse que tu ne le penses. Tu en ris mais quand tu m’écouteras, tu riras moins. Ce n’est pas du jeu Octave, je te prie donc de retrouver tout ton sérieux. Je suis appelé à mourir bientôt…

– Pourquoi me parles-tu de mort ? Tu es bien portant papa, tu vas super bien maintenant tant que tu te ménages alors ne parle pas de mort…

– Tu es encore très jeune. A ton âge je me croyais immortel aussi. Nous allons tous y passer un jour. Le plus important c’est l’héritage que nous léguons à nos enfants. (Silence…) Pour ma part je pense avoir fait de mon mieux pour tes sœurs et toi. A présent j’ai besoin que tu reprennes la main mais totalement.

– J’avoue que je ne te suis pas papa.

– Fiston, c’est toi l’avenir de cette famille. J’ai besoin de toi pour reprendre la main une fois que je ne serai plus là alors penses-y et donne-moi ta réponse au plus tôt. Nous n’avons pas assez de temps…

Je passai une nuit blanche, torturé par les images que j’avais vues dans le bouquin et les mots sans cesse raisonnants de mon père dans mon cerveau. Mon père voulait me faire entrer dans sa confrérie… Mais à quoi cela m’engageait ? De plus jamais je n’avais rêvé de ça. J’avais toujours eu un avis tranché sur toutes ces sectes, pour moi c’était purement et simplement diabolique voilà d’ailleurs pourquoi je n’avais jamais appartenu à aucune association ou club du genre.

Les jours suivants, je fis mine de ne point me souvenir de la conversation avec mon père. Il avait essayé à plusieurs reprises d’en reparler mais j’esquivais. Je savais néanmoins qu’il aurait fini par me mettre une vraie pression pour avoir ma réponse alors un matin, je la lui donnai. C’était NON, et hors de question.

Ses trais se tirèrent.

– Ce que je ne t’ai pas dit c’est justement qu’il n’y a pas de non. Mon fils, je ne te laisse pas le choix. C’est mon salaire et une fois dedans, je dois aller jusqu’au bout autrement je perdrai tout, vous perdrez tout et je ne pense pas que c’est ce que vous désirez.

– Père, tu me mets une pression terrible avec cette histoire. J’ai bien le droit de faire ce que je veux de ma vie n’est-ce pas ? Oui j’avoue tu t’es sacrifié énormément pour nous et j’en suis à jamais reconnaissant mais ne pas appartenir à ta loge ne me rend pas ingrat pour autant papa…

– Tu ne comprends pas. Tout ce que j’ai pu obtenir jusqu’ici à un mérite, c’est un fonctionnement, ce que tu donnes on te le donne aussi. Si je n’ai pas de remplaçant tout va s’écrouler parce que plus aucune de mes entreprises n’aura de marché et nous aurons tout perdu. C’est cela ce que tu souhaites pour ta famille ?

– Tu souhaites toi que ton fils se sacrifie pour de l’argent ? Excuse-moi papa mais je veux comprendre. Il n’est donc pas possible que tes entreprises continuent de prospérer sans les avantages de cette secte ? Et le capital humain que tu as à ton actif qu’est-ce que tu en fais ? Tu n’as pas pu construire tout que sur des faveurs non papa ?

– Tu deviens insolent.

– Excuse-moi j’essaies juste de comprendre pourquoi tout ça mais ma réponse va rester la même père. Je ne pourrai pas rentrer dans une secte pour te faire plaisir. Cela ne m’intéresse aucunement d’ailleurs.

– Alors apprêtes-toi à perdre aussi ton héritage.

– Ah… Beh soit…

Je me levai et le laissai seul.

Mes jours dans la même maison que mon père, devinrent compliqués. J’étais devenu son ennemi. Cette dernière menace était formelle. Soit tu acceptes ton héritage et donc tu acceptes aussi d’être dans la secte à ma place et sur mon trône ou alors tu perds tout.

Pour mon père même le nom que je portais me fermerait des portes car mon refus de me rallier à leurs causes me serait amputé… En clair, je ne pouvais pas envisager d’évoluer au pays et même en Afrique de l’Ouest car il était connu et la secte avait des démembrements partout.

Mon père faisait s’envoler mon rêve de devenir un grand architecte au pays et dans la sous-région. Il ne me restait plus qu’une option, retourner à l’étranger et y construire ma vie entière.

Le mois suivant j’informai mes parents de ma décision de repartir. Papa en colère piqua une nouvelle crise le lendemain et cette fois-ci ce fut la fatale.

Seule ma mère sut réellement ce qui se passait entre ses deux hommes.

Après le décès de papa, je fus convoqué par un de ses meilleurs amis qui me demanda de bout en bout ce que je décidais à présent de faire. Je fis semblant de ne pas comprendre et il s’exprima clairement.

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– Ton père a dû t’expliquer notre fonctionnement je crois. Alors il est temps que nous enclenchions la procédure.

– Excusez-moi mais mon père a certainement du vous dire que je n’étais point intéressé. Je ne ferai donc pas ce que vous souhaitez.
Lors des obsèques de mon père, ces hommes firent leurs cérémonies en dernière position loin du regard de la famille et de nous ses enfants puis allèrent l’enterrer seuls. J’avais été détesté, des regards inquisiteurs, méchants furent posés sur moi, mais je restai campé sur ma position jusqu’au bout.

Je restai quelques temps avec maman qui me comprenait parfaitement et respectait mon choix. Une réunion fut organisée avec les différents directeurs des entreprises de mon père pour nous fixer des objectifs clairs mais à ma grande surprise ils m’informèrent qu’au lendemain des obsèques, plusieurs contrats avaient purement et simplement été résiliés. En vrai les plus gros marchés de papa lui furent retirés. Tout ce qu’il avait construit s’effondrait pour de vrai et c’était assez ingrat parce qu’au-delà de tout il avait donné du sien pour en arriver là… Ces hommes n’eurent pas pitié.

Quelques petits contrats obtenus légalement servirent de bouée de sauvetage mais quelques mois après au moins 6 entreprises fermèrent leurs portes. Des dettes sortirent de nulle part, mon père devait des milliards et il fallait tout solder autrement les banques menaçaient de saisir tous ses biens.

Je compris que mon père n’avait construit que sur du faux. Je demandai à ma mère de s’installer dans l’une de nos villas et de permettre qu’on vende les grandes propriétés de papa pour régler ses dettes.

Je voyais papa se retourner dans sa tombe. Il avait vraiment tout perdu, il savait de quoi il parlait. C’était un monde fou. Une assemblée de personnes pouvant décider de ce que vous serez, ce que vous auriez eu dans la vie ou votre déclin. Ce n’était pas une secte mais une prison.
Je me suis posé un soir devant la télé une fois chez moi en Europe et me suis demandé si jamais accepté de prendre la place de papa, mon fils aussi aurait été dans l’obligation de prendre la mienne ? Et cette spirale aurait fini quand ?
J’en voulus à papa d’avoir voulu faire de ma vie une prison. Pour moi, il n’y avait pas plus grand prestige que la liberté.

Nous avions fait face aux dettes de papa. Chacun de nous s’en était sorti avec à la limite une maison et quelques terrains mais mon père était immensément riche à la base… Toute cette richesse n’était que chapeau de paille devant une allumette.

Je fis ma soutenance et trouvai un excellent boulot dans une grande société d’architecture. Ma vie est un rêve.

Il me fallut du temps pour oublier cette partie de ma vie. Ce fut un secret entre maman et moi. Elle m’appelle mon homme depuis cet épisode.
Elle trouve que j’ai un très fort caractère comme mon défunt père et qu’elle comprenait pourquoi jamais je ne m’étais laissé faire car mon père était aussi têtu que moi…

J’ai compris que tout ce qui brille n’est pas de l’or. Papa avait du accepter ce deal pour la gloire. Je ne lui en veux point mais je trouve injuste cette fin qui lui fut réservée.

Je pense à venir m’installer en Afrique même si je repense aux paroles de papa. Je me dis que chacun a sa chance et que la mienne peut toujours être d’actualité dans mon pays.

Si j’ai peur des bâtons dans les roues oui mais je pense qu’à l’impossible nul ne sera tenu et je refuse catégoriquement de payer les pots cassés de mon père.

Je partage ce témoignage pour simplement attirer l’attention des jeunes parents sur leurs choix qui peuvent compromettent l’avenir de leurs enfants.
A quoi ca sert de gagner ce monde si c’est pour tout perdre en un jour et injustement.
*VANITÉ DES VANITÉS TOUT EST VANITÉ. CONVERTISSEZ-VOUS, PURIFIEZ VOTRE COEUR ET LAISSEZ LES OEUVRES DES TÉNÈBRES POUR ALLER À DIEU, NOTRE CREATEUR. NUL NE PEUT SERVIR DEUX MAÎTRES. ..*
Si vous avez fini de lire notre témoignage, merci de partager.

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Recueilli par Amé Océane CODJIA

Publié par Victor Esso Tiki

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