🇨🇲CAMEROUN — TOURISME DE LUXE- KEMPISKY SHEKINA PALACE:BGFI BANK structure un financement de 220 milliards de FCFA pour repositionner Douala sur la carte du tourisme d’affaires africain
DOUALA — À Bonanjo, le paysage économique de Douala s’apprête à changer d’échelle. Ce vendredi 25 septembre 2026, le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, représentant personnel du président de la République Paul Biya, a officiellement donné le coup d’envoi du chantier du Kempinski Shekinah Palace Douala-Bonanjo, l’un des projets hôteliers privés les plus importants annoncés ces dernières années au Cameroun.
Porté par All Luxury Suites Group (ALS Group), dirigé par l’homme d’affaires camerounais Rodolphe Simo Kam, le complexe représente une opération évaluée à environ 220 milliards de FCFA. Son ambition dépasse toutefois la construction d’un hôtel cinq étoiles : il s’agit de créer un ensemble immobilier mêlant hôtellerie de luxe, bureaux, commerces, restauration, événements et loisirs, au cœur du principal centre d’affaires du pays.

BGFIBank, première banque à prendre le risque des études
L’un des enseignements financiers majeurs du projet se trouve dans sa phase préparatoire.
Selon les déclarations de Rodolphe Simo Kam lors de la cérémonie, BGFIBank Cameroun a préfinancé plus de 20 millions d’euros d’études techniques, soit plus de 13 milliards de FCFA. Le promoteur a présenté cet engagement comme une étape déterminante dans la réduction du risque initial du projet et dans la recherche de partenaires financiers internationaux.

« La banque a été la première à croire à notre vision », a déclaré le promoteur, rendant hommage à l’engagement de BGFIBank Cameroun et de son Administrateur Directeur Général, Abakal Mahamat.
Cette première prise de risque est économiquement significative : dans les grands projets immobiliers et hôteliers, les études de faisabilité, l’architecture, l’ingénierie, les études de marché et le montage financier constituent souvent une barrière importante avant même le premier coup de pioche.
BGFIBank est également citée dans le montage du financement de la construction. Les documents disponibles la présentent, avec d’autres institutions, comme partie prenante de l’arrangement financier. En revanche, le montant exact de la dette qui serait directement porté par BGFIBank Cameroun n’est pas publiquement détaillé à ce stade.

Un montage financier de plus de 200 milliards
Derrière les 220 milliards de FCFA annoncés se trouve un montage financier complexe.
Le coût à financer par les investisseurs est évalué à environ 207,62 milliards de FCFA. Le schéma présenté prévoit une combinaison de fonds propres, d’apports d’investisseurs, de commercialisation d’appartements et de dette senior.
La dette senior projetĂ©e atteint 92,30 milliards de FCFA, soit environ 44,5 % du coĂ»t Ă financer, selon les donnĂ©es publiĂ©es sur le montage du projet. La BDEAC a dĂ©jĂ approuvĂ© un concours de 30 milliards de FCFA en faveur d’ALS Group pour la construction d’un hĂ´tel cinq Ă©toiles et d’un complexe de bureaux Ă Douala. Afreximbank et BGFIBank figurent Ă©galement parmi les institutions associĂ©es au montage.Â
La prudence reste toutefois de mise : les documents publiquement accessibles ne permettent pas encore d’établir la répartition définitive de l’ensemble de la dette ni les montants effectivement décaissés par chaque banque.
Pour un projet de cette taille, cette distinction entre financement annoncé, financement arrangé et financement effectivement décaissé sera déterminante dans le suivi de l’opération.

Un complexe qui veut être davantage qu’un palace
Sur près de deux hectares, le Kempinski Shekinah Palace doit réunir 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers et environ 17 000 m² de bureaux de Grade A.
Le programme prévoit également une salle polyvalente d’environ 2 000 places, des commerces, une galerie d’art, cinq restaurants, cinq bars, deux piscines, un centre de remise en forme et quelque 600 places de stationnement.
Cette architecture économique est importante.
Douala n’a pas seulement besoin de chambres supplémentaires. La ville concentre le port, les sièges des grandes entreprises, les banques, les administrations économiques, les organisations régionales et une part importante du commerce extérieur camerounais.
En associant hôtel, bureaux, restauration, commerces et centre de conférences, ALS Group cherche donc à capter plusieurs sources de revenus autour d’une même clientèle : voyageurs d’affaires, investisseurs, délégations internationales, entreprises multinationales, institutions régionales et organisateurs de grands événements.

Le tourisme d’affaires comme moteur
Le choix de Bonanjo n’est pas anodin.
Quartier administratif et historique des affaires de Douala, situé à proximité du port et des principaux centres économiques de la ville, Bonanjo offre au projet un emplacement susceptible de favoriser le développement du tourisme d’affaires, un segment à forte valeur ajoutée.
Le Kempinski Shekinah Palace ambitionne ainsi de positionner Douala non seulement comme capitale économique du Cameroun, mais aussi comme plateforme régionale pour les conférences, les rencontres d’affaires et les événements internationaux.
La salle de 2 000 places constitue, à cet égard, un élément stratégique du projet. Elle pourrait permettre à Douala de renforcer son offre pour les congrès et grands événements professionnels, un marché qui génère des retombées dépassant largement les seules recettes hôtelières.
Kempinski, une marque internationale pour un marché régional
L’autre pièce maîtresse du projet est le choix de Kempinski Hotels pour l’exploitation de la composante hôtelière.
ALS Group indique avoir sélectionné le groupe en 2020. La marque internationale, fondée à la fin du XIXe siècle, est spécialisée dans l’hôtellerie de luxe et exploite des établissements sur plusieurs marchés internationaux.
Pour le Cameroun, l’enjeu est double : attirer une clientèle internationale habituée aux standards des grandes enseignes mondiales et bénéficier d’un réseau commercial susceptible de renforcer la visibilité de Douala auprès des voyageurs d’affaires et des investisseurs.
Le pari consiste donc à transformer une infrastructure immobilière en produit touristique international.

3 000 emplois pendant le chantier, jusqu’à 4 000 à terme
L’impact économique attendu ne se limite pas à l’investissement immobilier.
ALS Group annonce environ 3 000 emplois pendant la phase de construction, puis jusqu’à 4 000 emplois directs et indirects en phase d’exploitation. Le projet prévoit également une structure de formation aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie.
Si ces projections se concrétisent, le projet pourrait constituer un important réservoir de compétences pour l’industrie touristique camerounaise.
La formation sera toutefois aussi importante que le nombre d’emplois. L’arrivée d’une enseigne internationale implique des standards élevés dans l’hébergement, la restauration, le service client, la gestion événementielle, la maintenance et le management hôtelier.

36 mois pour transformer le pari en réalité
Le contrat de construction a été confié à China Machinery Engineering Corporation (CMEC).
Le calendrier annoncé prévoit 36 mois de travaux, dont 31 mois consacrés à la construction et cinq mois à l’installation des équipements. En suivant ce calendrier, l’ouverture commerciale pourrait intervenir autour de septembre 2029.
Le véritable test commence donc maintenant.
Pour les investisseurs, l’enjeu sera de maîtriser les coûts de construction, les délais, le service de la dette et la commercialisation des différentes composantes du complexe.
Pour les autorités publiques, il s’agira également de veiller à ce que les infrastructures urbaines autour du site puissent accompagner cette montée en puissance.
Douala face au défi des infrastructures
Un projet de cette dimension exerce nécessairement une pression sur son environnement urbain.
Les documents du projet évoquent notamment des aménagements extérieurs liés aux voiries, au drainage, aux trottoirs, à l’éclairage public et à la circulation autour du complexe. Ces travaux ne sont pas inclus dans le budget annoncé du projet et leur calendrier ainsi que leur financement public ne sont pas entièrement détaillés dans les informations disponibles.
C’est l’un des enjeux moins visibles de ce type d’investissement : un hôtel de luxe ne peut fonctionner comme une île.
Son attractivité dépend aussi de l’aéroport, des routes, de la mobilité urbaine, de l’électricité, de l’eau, de la sécurité, de la connectivité numérique et de la qualité générale de son environnement.
Le Cameroun cherche une nouvelle vitrine touristique
Avec le Kempinski Shekinah Palace, le Cameroun veut franchir un nouveau palier dans le tourisme haut de gamme.
Le projet arrive alors que le pays cherche à mieux valoriser ses ressources touristiques : littoral, patrimoine culturel, biodiversité, montagnes, parcs nationaux et destinations balnéaires.
Mais le tourisme de luxe repose moins sur le nombre de visiteurs que sur la capacité à attirer des voyageurs à forte contribution économique et à prolonger leur séjour.
C’est là que Douala pourrait jouer un rôle particulier : devenir la porte d’entrée économique d’un tourisme camerounais plus structuré, connecté aux circuits d’affaires et aux destinations de loisirs du pays.
Un pari financier, immobilier et touristique
La pose de la première pierre transforme aujourd’hui un projet préparé depuis plusieurs années en chantier réel.
Pour BGFIBank Cameroun, dont l’intervention précoce dans les études est mise en avant par le promoteur et l’expertise dans le montage financier célébré, le Kempinski Shekinah Palace illustre également une évolution du rôle des banques dans le financement de grands projets privés : intervenir en amont, contribuer à la structuration du risque et accompagner ensuite la mobilisation de ressources plus importantes.
Pour ALS Group, le défi est désormais de transformer une ambition de 220 milliards de FCFA en actif opérationnel rentable.
Pour Douala, l’enjeu est plus large : faire de ce futur palace un instrument d’attractivité capable de drainer capitaux, voyageurs d’affaires, événements internationaux et nouvelles compétences.
Et pour le Cameroun, le Kempinski Shekinah Palace pourrait devenir l’un des symboles de cette nouvelle bataille économique : celle qui consiste à transformer le potentiel touristique du pays en industrie touristique compétitive et génératrice de valeur.
Ă€ Bonanjo, le chantier ne construit donc pas seulement un hĂ´tel.
Il construit un pari sur la capacité de Douala à devenir une destination africaine du tourisme d’affaires et du luxe.
VICTOR ESSO TIKIÂ


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