🇨🇲🇫🇷Cameroun-France:On Décolonise l’histoire et les archives de la Guerre la plus effroyable des luttes pour les indépendances
Une commission de chercheurs français et camerounais publie un rapport sur le rôle de la France pendant la colonisation et après l’indépendance du Cameroun de 1945 à 1971 et pointe ‘’des Violences Extrêmes’´.
C’est dans un rapport de 1000 pages remis au Président du Cameroun Paul Biya Mardi 28 janvier, une semaine après sa remise à son homologue français. Une commission de 14 chercheurs, français et camerounais, a documenté la « guerre » menée par la France à la fin des années 1950 contre les indépendantistes au Cameroun, marquée par des « violences extrêmes ».
En juillet 2022, le président français Emmanuel Macron, lors d’une visite à Yaoundé(Nouvelle fenêtre), avait annoncé la création de cette commission, dirigée par l’historienne française Karine Ramondy. Ces chercheurs se sont basés sur des archives déclassifiées, des témoignages et des enquêtes de terrain afin de combler le « vide mémoriel » de cette période, entre 1945 et 1971, un morceau d’histoire sanglant, longtemps resté « tabou » selon le rapport.
Divisé en quatre parties chronologiques, l’ouvrage étudie notamment le glissement de la répression vers une véritable « guerre », un terme jusqu’à présent banni du discours officiel français. On vous explique ce que raconte ce rapport sur les agissements des autorités françaises, pendant et après la colonisation au Cameroun.
Torture, ratissages, rafles » pendant la période coloniale (1945-1960)
Placé, en grande partie, sous mandat français après la Première Guerre mondiale, en 1918, le Cameroun va passer sous tutelle française, en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale. Le rapport explique que c’est à ce moment-là, que les autorités françaises vont appliquer une « répression multiple » (policière, administrative, judiciaire et politique) afin d’empêcher les responsables indépendantistes d’aller s’exprimer à l’ONU.
À partir de 1955, la répression des autorités s’intensifie et l’UPC, l’Union des populations du Cameroun, un parti indépendantiste, est interdite. Ses responsables entrent dans la clandestinité dans le pays, et mènent des actions de guérilla, des assassinats d’hommes politiques camerounais et des enlèvements. En réponse, la répression des autorités « va se généraliser à l’ensemble de la société », écrit le rapport. Des zones d’exception, suspendant provisoirement un certain nombre de droits et libertés, vont être créées dans la région côtière de Sanaga-Maritime.
« L’armée coloniale » lance fin 1957 « une guerre dans la zone de pacification (Zopac) ». Le rapport raconte que les militaires français, inspirés par la « doctrine de la guerre révolutionnaire » déjà expérimentée en Indochine et en Algérie, « s’évertuent à pacifier les populations civiles via diverses actions psychologiques et une politique contrainte de regroupement ». On y lit aussi que cette « guerre est marquée par le recours à la torture et le déploiement d’opérations de traque ». Le rapport ajoute que l’armée française a eu aussi recours aux « ratissages massifs, aux arrestations préventives, aux rafles, ou encore aux déplacements de populations. »
Des centaines de milliers de personnes sont déplacées et rassemblées dans « des camps de regroupement, qui perdureront après l’indépendance », relève le rapport. Les historiens reviennent aussi dans ce rapport sur les assassinats de deux figures indépendantistes. D’abord Ruben Um Nyobé, alias « Mpodol » (celui qui porte la parole des siens, en langue bassa), abattu en 1958 par les troupes coloniales françaises au Cameroun, et Félix-Roland Moumié, empoisonné en 1960 dans un restaurant genevois.
Après l’indépendance, la répression continue (1960-1971)
« L’indépendance formelle (en janvier 1960) ne constitue absolument pas une rupture nette avec la période coloniale » et est « loin de mettre un terme à l’implication des autorités françaises dans la répression des mouvements désormais d’opposition », y compris contre l’avis de certains responsables français, selon le rapport. Ahamadou Ahidjo, Premier ministre, puis président en 1960, va mettre en place « un régime autocratique et autoritaire avec le soutien des autorités françaises, représentées par des conseillers et des administrateurs qui accordent leur blanc-seing aux mesures répressives adoptées ».
Michel Debré, alors garde des Sceaux, participe à la rédaction de la Constitution du Cameroun. Celle-ci installe un régime présidentiel fort, qui, malgré la levée de l’interdiction de l’UPC en février 1960, « continue de réprimer ses militants et ses leaders qui refusent de se rallier au parti unifié, puis unique, qu’impose Ahidjo » précise le rapport.
En outre, les opérations sur le terrain se poursuivent après 1960, notamment avec le « mitraillage et des bombardements aériens d’habitations dans l’ouest du pays », selon le rapport, qui écarte l’utilisation de napalm au Cameroun. En revanche, les chercheurs mentionnent le recours à « des cartouches incendiaires, particulièrement dévastatrices ». « Les autorités françaises sont largement impliquées dans la répression militaire de l’Armée de Libération Nationale du Kamerun (ALNK) », explique le rapport qui indique aussi qu’un dispositif développé par l’armée française, est responsable « de la destruction de villages, de déplacements de populations et de la mort de milliers de combattants et de civils entre 1960 et 1961. »
La Rédaction


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