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🇨🇩RDC : LES CHEFS DU M23 S’AFFRONTENT DANS UNE GUERRE FRATRICIDE

Derrière l’unité affichée du mouvement rebelle, une lutte de pouvoir oppose les appareils politique et militaire. Un projet de déstabilisation visant Sultani Makenga aurait été déjoué, révélant les fractures d’une organisation confrontée à ses propres rivalités.

Par la Rédaction d’Afrique Infos

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO – L’unité du Mouvement du 23 mars (M23) est-elle en train de se fissurer sous le poids des ambitions de ses propres dirigeants ? Alors que le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo continue de peser sur la stabilité régionale, de nouvelles révélations mettent en lumière les tensions qui traversent les hautes sphères du mouvement politico-militaire.

Selon une enquête publiée le 23 septembre 2026 par Africa Intelligence, de vives dissensions opposent plusieurs responsables politiques et militaires du M23. Au cœur de cette confrontation interne : le pouvoir de Sultani Makenga, chef militaire du mouvement, dont l’autorité aurait été visée par un projet de déstabilisation finalement déjoué.

Cette affaire révèle une réalité souvent dissimulée derrière les déclarations publiques et les démonstrations de force : au sein même de la rébellion, la question du commandement, du contrôle des territoires et du partage de l’influence constitue un enjeu majeur.

Sultani Makenga, un commandement sous pression

La position de Sultani Makenga apparaît comme l’un des principaux points de tension au sein de l’organisation.

Longtemps identifié comme la figure centrale de son appareil militaire, le chef rebelle se retrouve confronté à des rivalités qui dépassent le seul champ des opérations sur le terrain.

Le rapport des experts des Nations unies publié en juillet 2026 faisait déjà état d’une contestation croissante de son autorité au sein du mouvement. Il relevait également des désaccords entre responsables politiques et militaires sur les objectifs de l’organisation, son expansion territoriale et la répartition des ressources.

Dans ce contexte, les révélations d’Africa Intelligence sur un projet déjoué de déstabilisation du commandement de Makenga donnent une nouvelle dimension aux tensions internes.

Les éléments accessibles ne permettent toutefois pas d’établir publiquement l’identité de tous les protagonistes de cette opération présumée ni d’en reconstituer précisément les modalités.

Une direction politique et militaire aux intérêts divergents

La crise met également en évidence les difficultés de coexistence entre les différentes composantes de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), structure politique à laquelle est associé le M23.

D’un côté, les responsables politiques poursuivent leurs ambitions à l’échelle nationale. De l’autre, une partie de l’appareil militaire demeure attachée à des objectifs territoriaux et opérationnels dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le rapport des experts de l’ONU de juillet 2026 souligne que les divergences portent notamment sur l’éventualité d’opérations militaires au-delà de ces provinces, mais aussi sur l’accès aux ressources et leur répartition entre les différentes composantes du mouvement.

Ces désaccords ne sont donc pas uniquement des querelles de personnes. Ils touchent à la définition même du projet politique de l’AFC/M23 : faut-il privilégier l’ancrage territorial, poursuivre une stratégie d’expansion militaire ou transformer les conquêtes sur le terrain en levier de négociation politique ?

Autant de questions qui peuvent opposer des dirigeants pourtant réunis sous une même bannière.

Les ambitions politiques à l’épreuve du terrain

La coexistence entre ambitions nationales et impératifs militaires constitue l’une des principales lignes de fracture du mouvement.

Le rapport onusien évoque notamment les ambitions de Corneille Nangaa et de Joseph Kabila concernant Kinshasa, tout en faisant état de réserves exprimées par plusieurs responsables du M23 à l’égard d’une extension des opérations militaires au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Ces divergences interrogent la capacité de l’alliance à maintenir une stratégie commune sur le long terme.

Une organisation politico-militaire peut afficher une cohésion apparente tant que ses différentes composantes partagent des objectifs immédiats. Mais lorsque se posent les questions du pouvoir, de la succession, du contrôle des territoires et de la redistribution des ressources, les équilibres internes deviennent plus fragiles.

Dans le cas de l’AFC/M23, les tensions rapportées suggèrent que ces questions sont désormais au cœur des rapports de force entre dirigeants.

Une crise aux conséquences régionales

Les rivalités internes du M23 ne concernent pas uniquement son organisation.

Dans l’est de la RDC, toute modification de la chaîne de commandement ou de l’équilibre entre les différentes factions est susceptible d’avoir des répercussions sur les opérations militaires, les populations civiles et les perspectives de négociation.

Une fragmentation du mouvement pourrait notamment compliquer les discussions avec Kinshasa si plusieurs centres de décision revendiquaient une autorité concurrente.

À l’inverse, une recomposition interne pourrait conduire à une nouvelle répartition des responsabilités, sans nécessairement modifier les objectifs militaires ou politiques de l’organisation.

Il convient toutefois de distinguer les tensions rapportées au sommet du mouvement d’une véritable rupture opérationnelle : les informations disponibles ne permettent pas, à ce stade, de conclure à une guerre ouverte entre factions du M23.

L’unité du mouvement à l’épreuve de ses ambitions

Les révélations sur le projet présumé de déstabilisation de Sultani Makenga soulèvent une question fondamentale : le M23 peut-il préserver sa cohésion alors que ses dirigeants semblent diverger sur la conduite de la guerre et les perspectives politiques de l’alliance ?

La réponse dépendra notamment de la capacité des différentes composantes à maintenir une chaîne de commandement reconnue, à arbitrer leurs différends et à définir des objectifs communs.

Pour l’heure, les éléments publiés dessinent le portrait d’un mouvement traversé par des rivalités profondes, où la conquête du pouvoir et le contrôle de l’appareil militaire constituent des enjeux déterminants.

Dans l’est de la RDC, la guerre ne se joue donc pas uniquement entre les rebelles et les forces gouvernementales. Elle se déroule également dans les coulisses du mouvement lui-même, là où se négocient les alliances, se contestent les autorités et se dessinent les rapports de force de demain.

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