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🇨🇮 Côte d’Ivoire :Le Milliardaire Daouda Soukpafolo rachete le Geant UNIWAX et relance le pari d’une intégration textile ivoirienne

C’est une acquisition stratégique aux allures de signal fort pour l’industrie ouest-africaine. L’homme d’affaires ivoirien Daouda Koné Soukpafolo, surnommé le « roi du coton », prend le contrôle d’UNIWAX, acteur historique du pagne imprimé en Afrique de l’Ouest. Une opération menée avec discrétion, mais aux implications économiques majeures.

Derrière cette transaction, c’est bien plus qu’un simple changement d’actionnaire : c’est une tentative de reconfiguration de toute une chaîne de valeur textile, dans un contexte où l’Afrique cherche à transformer localement ses matières premières.

UNIWAX, un symbole industriel en quĂŞte de renaissance

UNIWAX n’est pas une entreprise ordinaire. Héritière d’une longue tradition textile en Côte d’Ivoire, la marque est l’un des derniers bastions industriels structurés dans un secteur laminé depuis deux décennies par :

  • la concurrence asiatique (pagne « fancy » importĂ© Ă  bas coĂ»t),
  • la contrebande rĂ©gionale,
  • la vĂ©tustĂ© des Ă©quipements industriels,
  • et la volatilitĂ© des prix du coton.

Malgré ces turbulences, UNIWAX est restée un acteur central du marché régional du pagne premium, notamment grâce à son positionnement qualitatif et à son ancrage culturel fort.

Son passage sous le contrôle de la Compagnie Ivoirienne de Coton (COIC) de Daouda Soukpafolo marque donc une nouvelle étape : celle d’une possible intégration verticale, du champ de coton à l’impression textile.

Une stratégie d’intégration verticale assumée

Daouda Soukpafolo n’est pas un novice. Classé parmi les dix plus grandes fortunes ivoiriennes, avec un patrimoine estimé à 92 milliards de FCFA (environ 165 millions de dollars), il a bâti son empire autour du coton, avant d’étendre ses activités à la banque, au BTP et à l’énergie.

En mettant la main sur UNIWAX, il complète une pièce manquante de son puzzle industriel.

Logique économique :

  • MaĂ®trise de l’approvisionnement en coton brut.
  • Transformation locale en fil puis en tissu.
  • Production et distribution de pagnes Ă  forte valeur ajoutĂ©e.
  • Captation d’une plus grande part de la marge industrielle.

Cette intégration permettrait :

  • de rĂ©duire la dĂ©pendance aux importations,
  • de sĂ©curiser les dĂ©bouchĂ©s du coton ivoirien,
  • et d’augmenter la valeur ajoutĂ©e produite localement.

Dans un pays qui figure parmi les principaux producteurs africains de coton, mais qui exporte encore une part importante de sa fibre brute, l’opération a une portée quasi-structurelle.

Un signal pour la souveraineté industrielle ivoirienne

Au-delà du cas UNIWAX, l’opération s’inscrit dans un contexte plus large : celui du retour en grâce des industriels nationaux.

Depuis plusieurs années, Abidjan affiche son ambition de renforcer la transformation locale dans l’agro-industrie, le cacao, l’anacarde… et désormais le textile. L’acquisition par un acteur ivoirien d’un fleuron industriel participe à cette dynamique de « nationalisation économique douce » – non pas par l’État, mais par le capital privé local.

Dans une région où nombre d’actifs industriels sont passés sous contrôle étranger ou ont disparu, ce rachat symbolise une forme de reconquête économique.

Les défis : compétitivité, modernisation, marché régional

Reste que l’équation n’est pas simple.

Le textile africain fait face Ă  plusieurs contraintes :

  1. Pression des importations asiatiques à bas coût
  2. Coûts énergétiques élevés
  3. Financement industriel encore contraint
  4. Marché régional fragmenté malgré la ZLECAf

Pour que l’opération soit pleinement rentable, plusieurs leviers devront être activés :

  • modernisation des Ă©quipements,
  • montĂ©e en gamme des produits,
  • protection contre la contrefaçon,
  • expansion vers les marchĂ©s CEDEAO et au-delĂ .

L’avantage stratégique de Soukpafolo réside dans sa diversification : ses activités bancaires pourraient faciliter l’accès au financement, tandis que ses investissements énergétiques pourraient contribuer à sécuriser les coûts de production.

Une opération à forte portée symbolique

Dans un contexte où les grandes fortunes africaines investissent davantage dans les services, l’immobilier ou la finance, le choix de consolider une base industrielle lourde est notable.

Il renvoie à une question clé pour les économies africaines :

Peut-on construire des champions industriels régionaux capables de rivaliser avec les importations et d’exporter à leur tour ?

Si l’opération réussit, elle pourrait servir de modèle :

  • intĂ©gration verticale,
  • capital local,
  • transformation domestique,
  • stratĂ©gie rĂ©gionale.

vers un nouveau cycle textile ?

L’acquisition d’UNIWAX par Daouda Soukpafolo dépasse le cadre d’un simple mouvement capitalistique. Elle illustre un tournant possible : celui d’un capitalisme ivoirien plus industriel, plus intégré, et potentiellement plus stratégique.

Reste à voir si ce pari sur le textile permettra à la Côte d’Ivoire de redevenir un pôle manufacturier régional – ou si la pression mondiale continuera d’éroder les ambitions industrielles africaines.

Une chose est certaine : avec UNIWAX, le « roi du coton » ne joue plus seulement sur le marché des matières premières. Il entre dans celui de la transformation et de la marque.

Et, avec lui, c’est toute une filière qui pourrait changer d’échelle.

VICTOR ESSO TIKI 

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