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🇨🇲Cameroun : le Ministre des Finances veut-il racheter les actifs de Société Générale Cameroun a travers BGFI BANK au détriment du Consortium CNPS/NSIA BANK?

La bataille autour du contrôle de Société Générale Cameroun dépasse désormais le simple cadre d’une transaction bancaire. Elle met en lumière des interrogations plus profondes sur la gouvernance économique, la cohérence des politiques publiques et les rapports de force qui traversent les sphères financières du pays.

Alors que le groupe français Société Générale poursuit son désengagement progressif de plusieurs marchés africains, le sort de sa filiale camerounaise est devenu un sujet de premier ordre à Yaoundé. Derrière les discussions techniques liées au rachat de l’établissement bancaire se dessine un affrontement plus large entre différentes visions du capitalisme national et de la souveraineté économique.

Le 12 mai 2026, le ministère des Finances a annoncé l’ouverture de négociations avec le groupe bancaire gabonais BGFI Bank en vue d’une reprise des actifs de Société Générale Cameroun. Une orientation qui a surpris une partie des observateurs du secteur financier.

Selon plusieurs sources proches du dossier, une autre option était pourtant étudiée et même validée par le Chef d L’Etat : celle d’une prise de participation portée par l’État camerounais à travers la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), associée à NSIA Bank, l’un des groupes bancaires majeurs d’Afrique de l’Ouest.

Pour certains analystes, cette solution aurait permis à l’État de renforcer son influence dans un secteur considéré comme stratégique, tout en favorisant l’émergence d’un nouvel acteur bancaire susceptible d’élargir l’offre de financement à destination des petites et moyennes entreprises.

Une contradiction avec les ambitions de la SND30 ?

Le débat est d’autant plus sensible qu’il intervient dans un contexte où la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) fixe comme objectif l’élargissement et la diversification du système financier camerounais.

Plusieurs économistes s’interrogent ainsi sur la cohérence d’une opération qui conduirait à une nouvelle concentration du marché bancaire.

Le secteur a déjà connu un mouvement similaire avec la reprise des activités de Standard Chartered Bank Cameroon par Access Bank. Si l’acquisition de Société Générale Cameroun par BGFI Bank venait à être finalisée, le nombre d’établissements bancaires actifs sur le marché national continuerait de diminuer, renforçant davantage le poids des principaux groupes régionaux.

« La question n’est pas seulement celle du changement d’actionnaire », explique un analyste financier basé à Douala. « Elle concerne également la structure future du marché bancaire camerounais et le niveau de concurrence que les autorités souhaitent préserver. »

Le retour de la question de la souveraineté économique

Depuis plusieurs années, les autorités camerounaises affichent leur volonté de renforcer le contrôle national sur certains actifs stratégiques.

Cette orientation a été particulièrement visible dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’agro-industrie ou encore des services financiers. Le retrait progressif de plusieurs groupes européens du continent a ouvert une fenêtre d’opportunité pour des investisseurs africains et locaux désireux de prendre le relais.

Mais cette dynamique suscite également des interrogations.

Dans les milieux d’affaires, certains observateurs craignent que la rhétorique de la souveraineté économique soit parfois utilisée pour justifier des opérations dont les bénéficiaires réels resteraient difficiles à identifier.

Aucune preuve publique ne permet aujourd’hui d’étayer les accusations évoquées dans certains cercles économiques concernant de possibles intérêts particuliers derrière certaines acquisitions récentes. Néanmoins, la multiplication des rumeurs témoigne d’un déficit persistant de transparence autour des grandes opérations de restructuration du capital national.

« Lorsque les procédures sont parfaitement transparentes, les spéculations disparaissent d’elles-mêmes », estime un ancien dirigeant bancaire de la place financière de Douala. « Ce dont le marché a besoin aujourd’hui, c’est de visibilité sur les critères qui président aux choix des repreneurs. »

Une recomposition accélérée du capitalisme camerounais

L’affaire Société Générale Cameroun s’inscrit dans une tendance plus large de recomposition du paysage économique national.

Ces dernières années ont été marquées par plusieurs opérations majeures de rachat ou de transfert d’actifs dans les secteurs de l’agro-industrie, de la distribution, des intrants agricoles et des services financiers.

Pour les défenseurs de cette évolution, ces acquisitions témoignent de la montée en puissance d’un entrepreneuriat africain capable de reprendre le contrôle d’actifs historiquement détenus par des groupes étrangers.

Pour leurs détracteurs, elles soulèvent au contraire des questions sur l’origine des financements mobilisés, les mécanismes de valorisation retenus et les risques de concentration excessive du pouvoir économique.

Le cas de Société Générale Cameroun apparaît ainsi comme un révélateur des tensions qui accompagnent l’émergence d’un nouveau capitalisme national : un modèle qui ambitionne de renforcer la souveraineté économique du pays tout en devant démontrer sa capacité à respecter les standards de gouvernance, de transparence et de concurrence.

Un arbitrage attendu au sommet de l’État

À mesure que les négociations progressent, plusieurs acteurs économiques plaident pour un arbitrage politique de haut niveau afin de clarifier les orientations stratégiques poursuivies par l’État.

Au-delà de l’avenir d’une seule banque, c’est la question du modèle de développement financier du Cameroun qui est posée : faut-il privilégier la consolidation de grands groupes bancaires régionaux ou favoriser l’émergence de nouveaux acteurs afin d’élargir la concurrence ?

La réponse pourrait constituer un signal fort pour les investisseurs nationaux et internationaux à un moment où le pays cherche à mobiliser davantage de capitaux privés pour financer sa transformation économique.

Dans cette perspective, le dossier Société Générale Cameroun pourrait bien devenir l’un des tests les plus significatifs de la gouvernance économique camerounaise au cours des prochaines années.

VICTOR ESSO TIKI 

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