🇨🇲Le tournant minier du Cameroun : Yaoundé serre la vis sur l’or et affiche ses ambitions industrielles
À travers un exercice de communication gouvernementale inédit, le Cameroun a voulu envoyer un double signal aux investisseurs et aux opérateurs miniers : le pays entend accélérer son industrialisation extractive tout en reprenant le contrôle d’un secteur aurifère longtemps marqué par l’informel, la fraude et une faible captation des revenus publics.
Réunis à l’auditorium du ministère de la Communication à Yaoundé, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, et le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry, ont présenté ce qu’ils qualifient de « nouveau visage du secteur minier camerounais », articulé autour du lancement de grands projets industriels et d’une profonde restructuration de l’exploitation de l’or.
Une nouvelle phase de l’économie minière
Pour Yaoundé, l’année 2025 constitue un changement d’échelle. Après plusieurs décennies d’exploration et de préparation, le Cameroun revendique désormais son entrée dans le cercle des pays producteurs de minerais industriels grâce à la mise en exploitation de cinq projets majeurs.

Il s’agit des projets de fer de Bipindi–Grand Zambi et de Kribi-Lobé, de la bauxite de Minim-Martap dans la région de l’Adamaoua, du marbre de Bidzar ainsi que de la mine d’or de Colomine.
Ces investissements traduisent la volonté des autorités de réduire la dépendance historique du pays aux hydrocarbures et à l’agriculture de rente en faisant du secteur minier un nouveau moteur de croissance, d’industrialisation et de recettes d’exportation.
Au-delà des volumes de production attendus, le gouvernement mise sur le développement d’infrastructures logistiques, la création d’emplois qualifiés et l’émergence d’écosystèmes industriels autour de la transformation locale des minerais.

L’or, priorité absolue de la réforme
Mais c’est surtout la filière aurifère qui concentre aujourd’hui les efforts de l’État.
Longtemps dominée par une exploitation artisanale peu encadrée, confrontée à la contrebande, aux pertes fiscales et aux atteintes environnementales, cette activité fait désormais l’objet d’un encadrement beaucoup plus strict.
Devant les médias nationaux et internationaux, le Pr Fuh Calistus Gentry a détaillé un arsenal de mesures issues du nouveau Code minier destiné à restaurer l’autorité de l’État sur cette ressource stratégique.
Premier verrou : l’environnement.
Chaque site d’exploitation semi-mécanisée devra désormais constituer une caution environnementale obligatoire de 63 millions de FCFA, destinée à garantir la réhabilitation des zones exploitées.
Deuxième axe : la souveraineté économique.
Les sociétés sollicitant une autorisation d’exploitation semi-mécanisée devront respecter l’obligation selon laquelle au moins 51 % du capital social est détenu par des nationaux camerounais. Une disposition qui traduit la volonté des autorités d’accroître la participation des investisseurs locaux dans la chaîne de valeur minière.
Une fiscalité plus exigeante
Le gouvernement renforce également son dispositif fiscal afin d’améliorer la contribution du secteur aux finances publiques.
Le nouveau cadre prévoit notamment :
- un impôt synthétique minier libératoire fixé à 25 % ;
- un droit de sortie de 5 % sur les exportations ;
- une contribution de 1 % destinée au Fonds de mise en œuvre de la politique minière.
Pour Yaoundé, cette architecture doit permettre de mieux redistribuer les richesses minières tout en assurant un financement durable des politiques publiques liées au secteur.
Produire davantage, produire plus propre
La réforme ne s’arrête pas aux aspects financiers.
Le ministère des Mines instaure désormais des seuils minimums obligatoires de production afin d’améliorer la rentabilité et la traçabilité des exploitations.
Les exploitants disposant de quinze bôles devront produire au minimum cinq kilogrammes d’or par mois, contre sept kilogrammes pour vingt bôles et dix kilogrammes pour trente bôles.
Parallèlement, tous les opérateurs disposeront d’un délai de six mois pour migrer vers des systèmes de lixiviation en vase clos, une technologie destinée à limiter les rejets polluants et à réduire l’impact environnemental des opérations de traitement du minerai.
Cette obligation constitue l’une des évolutions les plus structurantes de la réforme en matière de gouvernance environnementale.
Restaurer la crédibilité du secteur
Au-delà des dispositions techniques, le message politique est clair.
En présentant ces réformes devant la presse, le gouvernement cherche à convaincre que le Cameroun dispose désormais d’un cadre réglementaire plus prévisible, plus transparent et davantage conforme aux standards internationaux.
L’objectif affiché est multiple : lutter contre la fraude, améliorer la traçabilité de l’or camerounais, protéger les écosystèmes, accroître les recettes publiques et renforcer la confiance des investisseurs.
Pour le ministère des Mines, la réussite des grands projets industriels dépendra désormais autant de leur performance économique que de la capacité de l’État à imposer une gouvernance rigoureuse sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Un test pour la stratégie de diversification
Cette offensive réglementaire intervient alors que le Cameroun ambitionne de faire des ressources minières un pilier de sa stratégie d’émergence économique.
Reste toutefois un défi majeur : transformer cette nouvelle ambition en résultats tangibles, en garantissant que les revenus issus du sous-sol profitent effectivement aux populations locales, favorisent l’industrialisation nationale et contribuent à une croissance durable.
Le point de presse conjoint MINMIDT–MINCOM marque ainsi moins l’annonce d’une simple réforme que l’ouverture d’une nouvelle phase de la politique minière camerounaise, où l’exploitation des ressources naturelles devra désormais conjuguer souveraineté économique, discipline réglementaire et compétitivité internationale.
Victor Esso Tik


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