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🇨🇲CAMEROUN : ACERO METAL OBTIENT UNE PROMESSE DE 10 MW POUR DÉBLOQUER SON EXPANSION INDUSTRIELLE

Le gouvernement camerounais s’est engagé à fournir, sous 90 jours, 10 MW supplémentaires à ACERO METAL pour permettre le démarrage d’une nouvelle unité industrielle à Douala. Derrière cette promesse énergétique se joue un enjeu plus large : la capacité du Cameroun à convertir ses investissements dans l’électricité en production industrielle, en emplois et en substitution aux importations.

Douala — Au Cameroun, la bataille de l’industrialisation se joue aussi sur les mégawatts. Le 9 juillet 2026, sur le complexe industriel d’ACERO METAL SARL à Bonabéri, dans l’ouest de Douala, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a apporté une réponse attendue à l’un des principaux obstacles à l’expansion du sidérurgiste : l’accès à une puissance électrique suffisante.

Le gouvernement s’est engagé à mettre à la disposition de l’entreprise, dans un délai de 90 jours, les 10 MW nécessaires au démarrage d’une nouvelle unité de production déjà achevée. Selon les projections présentées lors de la visite, sa mise en exploitation pourrait générer près de 1 200 emplois.

L’annonce dépasse le seul cas d’ACERO METAL. Elle pose une question centrale pour la politique économique camerounaise : le système électrique national est-il désormais capable d’accompagner la montée en puissance des industries fortement consommatrices d’énergie ?

250 000 tonnes de capacité, mais seulement 60 000 tonnes produites

Les chiffres présentés par ACERO METAL illustrent l’ampleur du défi. L’entreprise produit actuellement environ 60 000 tonnes d’acier par an, alors que ses installations disposent, selon ses responsables, d’une capacité annuelle pouvant atteindre 250 000 tonnes.

Cet écart entre capacité installée et production effective est en grande partie attribué aux contraintes d’approvisionnement électrique.

ACERO METAL dispose actuellement d’une puissance d’environ 12 MW, mais estime ses besoins à court terme à près de 40 MW pour exploiter davantage son outil industriel et soutenir son programme d’expansion. Sa nouvelle unité, prête à entrer en production, nécessiterait à elle seule une puissance additionnelle comprise entre 10 et 14 MW.

Pour un secteur comme la sidérurgie, où la fusion, le laminage et la transformation des métaux nécessitent une alimentation électrique continue et de forte puissance, l’énergie n’est pas un simple poste de coût. Elle constitue une infrastructure de production à part entière.

C’est précisément ce que les dirigeants d’ACERO METAL ont voulu démontrer au ministre lors de la visite des ateliers de fusion et d’élaboration de l’acier, des unités de laminage, des chaînes de fabrication d’armatures métalliques, des installations de production de tubes et de profilés ainsi que des espaces de stockage des matières premières et des produits finis.

Dix mégawatts en 90 jours

Face aux préoccupations exprimées par l’industriel, Gaston Eloundou Essomba a pris un engagement : les 10 MW nécessaires au démarrage de la nouvelle unité seront rendus disponibles dans un délai de 90 jours.

Si cet engagement est tenu, il pourrait constituer un test concret de la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs du secteur électrique à répondre rapidement aux besoins des grands consommateurs industriels.

La visite s’est déroulée en présence de plusieurs acteurs clés de l’écosystème énergétique et administratif, notamment le gouverneur de la région du Littoral, le consul de la République de l’Inde au Cameroun, ainsi que les dirigeants de la SONATREL, de l’ARSEL et d’autres structures du secteur électrique.

Cette mobilisation traduit l’importance croissante de la question énergétique dans la stratégie industrielle du pays. Pour les autorités, il ne suffit plus d’accroître la capacité nationale de production d’électricité. Encore faut-il transporter cette énergie jusqu’aux principaux bassins industriels, sécuriser la qualité de l’alimentation et garantir aux investisseurs une visibilité suffisante pour engager de nouveaux capitaux.

La SONATREL au cœur de l’équation industrielle

La présence du directeur général de la Société nationale de transport de l’électricité, la SONATREL, est particulièrement significative.

En tant que gestionnaire du réseau public de transport de l’électricité, l’entreprise se trouve à l’interface entre l’augmentation des capacités énergétiques du pays et les besoins croissants du tissu productif.

Pour les industries nécessitant une alimentation en haute tension, la disponibilité de l’électricité dépend non seulement de la production nationale, mais aussi de la capacité du réseau à transporter la puissance requise de manière stable et sécurisée.

Le cas d’ACERO METAL met ainsi en évidence le rôle stratégique du transport d’électricité dans la politique d’industrialisation. Les investissements dans les barrages et les centrales ne produisent leur plein effet économique que lorsque les mégawatts disponibles peuvent être acheminés vers les usines, les zones industrielles et les grands pôles de consommation.

La SONATREL est donc appelée à jouer un rôle de plus en plus important dans l’anticipation des besoins des industriels, le renforcement des capacités du réseau et le développement de solutions adaptées aux grands consommateurs raccordés en haute tension.

L’électricité, « tendon d’Achille » de l’industrie

Pour ACERO METAL, le diagnostic est sans ambiguïté : l’énergie demeure le principal facteur limitant de son développement.

Cette situation reflète une problématique plus large de l’économie camerounaise. Le pays cherche depuis plusieurs années à renforcer sa base productive, à réduire sa dépendance vis-à-vis des importations et à développer des chaînes de valeur locales. Mais les industries lourdes — métallurgie, sidérurgie, cimenterie, aluminium, transformation minière ou agro-industrie — ont besoin d’une électricité abondante, stable et compétitive.

Une coupure, une baisse de tension ou une insuffisance de puissance peut entraîner des pertes de production importantes, endommager certains équipements et réduire la compétitivité des entreprises.

Dans ce contexte, l’accès à l’électricité devient un facteur déterminant dans les décisions d’investissement.

ACERO METAL a également sollicité l’examen d’un tarif préférentiel en Haute Tension B (HTB) pour accompagner le développement de ses activités, notamment dans la filière cimenterie. Cette demande ouvre un autre débat : celui du prix de l’électricité industrielle et de la capacité du Cameroun à proposer des conditions énergétiques suffisamment compétitives pour attirer et retenir les investissements manufacturiers.

De l’électricité à la substitution aux importations

L’enjeu économique dépasse la seule augmentation de la production d’acier.

Le développement d’une sidérurgie locale plus performante pourrait contribuer à renforcer l’approvisionnement du marché camerounais et sous-régional en matériaux nécessaires aux infrastructures, au bâtiment et aux travaux publics.

Dans une économie encore fortement dépendante des importations de nombreux produits manufacturés, l’augmentation de la production locale peut également contribuer à réduire certaines sorties de devises et à renforcer les chaînes de valeur nationales.

L’objectif est donc double : produire davantage localement et transformer l’énergie disponible en valeur ajoutée industrielle.

Avec une capacité annoncée de 250 000 tonnes d’acier par an, contre une production actuelle de 60 000 tonnes, ACERO METAL dispose théoriquement d’une marge importante de montée en puissance. Mais cette progression dépendra de la capacité du système électrique à fournir durablement les volumes nécessaires.

Un test pour la politique énergétique du Cameroun

La visite ministérielle intervient dans le prolongement d’une mission de travail menée les 8 et 9 juillet dans la région du Littoral. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie s’était auparavant intéressé à l’avancement des infrastructures destinées à renforcer l’évacuation et le transport de l’électricité.

Le message politique est clair : les investissements énergétiques doivent désormais produire un impact mesurable sur l’économie réelle.

Pour le Cameroun, l’enjeu consiste à créer un cercle vertueux : davantage d’infrastructures électriques doivent permettre davantage d’investissements industriels ; ces investissements doivent à leur tour générer des emplois, de la production locale, des recettes fiscales et de nouvelles capacités d’exportation.

L’engagement pris en faveur d’ACERO METAL sera donc suivi de près. Dans 90 jours, la question ne sera plus seulement de savoir si les 10 MW ont été promis, mais s’ils ont effectivement été livrés et si la nouvelle unité a pu entrer en production.

Car derrière les mégawatts se trouvent 1 200 emplois annoncés, une capacité industrielle encore largement sous-exploitée et, plus largement, la crédibilité d’une stratégie nationale qui entend faire de l’énergie l’un des moteurs de la transformation structurelle de l’économie camerounaise.

Victor Esso Tiki

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