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🇨🇮Côte d’Ivoire : électricité, cacao… le double front économique qui met Abidjan sous pression

De retour à Abidjan, Alassane Ouattara face à deux crises qui touchent directement le pouvoir d’achat, les entreprises et les revenus ruraux

Le retour du président Alassane Ouattara à Abidjan intervient dans un contexte où deux dossiers économiques, en apparence distincts, convergent vers une même inquiétude : la fragilité du quotidien des ménages et des entreprises ivoiriennes.

D’un côté, les délestages électriques perturbent l’activité économique et alimentent le mécontentement dans les quartiers d’Abidjan. De l’autre, la filière cacao, colonne vertébrale de l’économie agricole ivoirienne, traverse une période de turbulences qui menace à la fois les producteurs, les négociants et les équilibres financiers du secteur. Africa Intelligence rapporte que le chef de l’État, rentré de France après un séjour privé, a multiplié les réunions d’urgence autour de ces deux dossiers. 

Le problème est politique, mais il est surtout économique : l’électricité détermine la capacité de produire ; le cacao détermine une partie essentielle de la capacité du pays à exporter.

L’électricité, le coût invisible de la panne

Pour une économie qui cherche à accélérer son industrialisation, les coupures d’électricité ne sont jamais un simple désagrément domestique.

Une interruption de courant signifie une machine arrêtée, une chaîne de production suspendue, une boutique incapable de fonctionner, des produits alimentaires exposés à la rupture de la chaîne du froid et des services numériques perturbés.

À Abidjan, capitale économique et principal centre industriel et commercial du pays, l’effet est démultiplié.

La question énergétique devient ainsi une question de compétitivité. Chaque heure d’indisponibilité du réseau représente potentiellement une perte de chiffre d’affaires pour les entreprises et une dégradation de la productivité.

Et derrière les entreprises se trouvent les ménages. Lorsque les commerces, ateliers et petites unités de production répercutent leurs coûts supplémentaires, la panne électrique finit par devenir une question de pouvoir d’achat.

Pour un gouvernement qui a fait de la transformation économique et de l’investissement privé des piliers de sa stratégie, la fiabilité du réseau électrique est donc une infrastructure aussi importante que les routes ou les ports.

Le cacao, l’autre vulnérabilité

Le deuxième front est beaucoup plus rural, mais ses conséquences peuvent être nationales.

La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao et la filière représente plus de 40 % des recettes d’exportation du pays, selon les données rapportées récemment par l’Agence Ecofin. 

Autrement dit, le cacao n’est pas seulement une culture d’exportation. C’est une pièce maîtresse de l’équilibre extérieur ivoirien.

Or la campagne 2025-2026 a révélé les limites d’un système confronté simultanément aux fluctuations des cours mondiaux, aux difficultés d’écoulement des stocks et aux tensions entre les différents acteurs de la filière.

Le prix bord-champ avait été fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, un niveau historiquement élevé, avant d’être ramené à 1 200 FCFA/kg en mars 2026, soit une diminution de près de 57 %. 

Cette brutale correction illustre le dilemme auquel Abidjan est confronté : garantir un revenu suffisamment attractif aux producteurs tout en maintenant un système commercial compatible avec les réalités du marché international.

Un choc social dans les campagnes

Pour le planteur, le débat sur les cours mondiaux est abstrait.

Ce qui compte est le montant finalement reçu pour chaque kilogramme vendu, mais aussi la possibilité de vendre sa production dans des délais raisonnables.

Les difficultés de commercialisation ont justement créé des tensions. Des organisations de producteurs ont dénoncé en mars la situation de la campagne 2025-2026, évoquant notamment des volumes importants de cacao bloqués et des interrogations autour de la gestion d’un fonds destiné à faciliter l’enlèvement de stocks. 

Parallèlement, des tensions institutionnelles ont également émergé autour de l’estimation des stocks et de la gestion de la filière. 

Pour l’État, le risque est double : un problème de commercialisation peut rapidement devenir un problème social.

Le cacao fait vivre directement des centaines de milliers de producteurs et irrigue toute une économie locale : transporteurs, coopératives, acheteurs, fournisseurs d’intrants, commerçants et transformateurs.

Lorsque la fève ne circule plus correctement, c’est toute cette chaîne qui ralentit.

Deux crises, un même enjeu : la confiance

C’est probablement là que se situe le principal défi politique pour le gouvernement ivoirien.

Les délestages touchent principalement les consommateurs urbains et les entreprises. Les difficultés du cacao affectent davantage les zones rurales et les producteurs.

Mais les deux crises produisent un même sentiment : celui d’une perte de maîtrise sur des secteurs essentiels de la vie économique.

Pour le pouvoir, la réponse ne peut donc pas être uniquement technique.

Il faut rétablir la confiance.

Dans l’électricité, cela signifie fournir de la visibilité aux entreprises et aux ménages sur la stabilité du réseau et sur les mesures prises pour éviter que les perturbations ne deviennent structurelles.

Dans le cacao, cela implique de restaurer la fluidité de la commercialisation, d’améliorer la transparence sur les stocks et de protéger la rémunération des producteurs sans créer un système de prix déconnecté du marché mondial.

Le paradoxe ivoirien

La Côte d’Ivoire présente aujourd’hui un paradoxe intéressant.

Son économie s’est profondément transformée au cours de la dernière décennie, avec d’importants investissements dans les infrastructures, l’énergie, les transports et l’industrie.

Mais cette modernisation crée aussi de nouvelles exigences.

Plus une économie devient industrielle et urbaine, plus elle devient dépendante de la continuité énergétique. Plus elle dépend des exportations agricoles, plus elle devient vulnérable aux cycles internationaux des matières premières.

L’électricité et le cacao constituent ainsi les deux faces d’une même équation : celle d’une économie qui veut monter en gamme mais reste exposée à des contraintes fondamentales de production et de revenus.

Ouattara face à l’épreuve du quotidien

Le président ivoirien revient donc aux affaires dans une séquence où les grands indicateurs macroéconomiques ne suffisent plus à mesurer la température sociale du pays.

Le défi consiste désormais à traduire la stabilité macroéconomique en stabilité quotidienne.

Une entreprise qui peut produire sans interruption.

Un commerçant qui peut conserver ses marchandises.

Un ménage qui peut compter sur son réfrigérateur.

Un planteur qui peut vendre son cacao à un prix rémunérateur.

Une coopérative qui peut écouler ses stocks.

Ce sont ces réalités, plus que les tableaux macroéconomiques, qui détermineront la perception de la situation économique par les Ivoiriens.

Le gouvernement a déjà commencé à réorganiser la commercialisation du cacao, notamment à travers un nouveau calendrier destiné à fluidifier les ventes. 

Mais la véritable question est désormais celle de l’exécution.

À Abidjan comme dans les plantations, le pouvoir doit démontrer que l’État reste capable d’anticiper les crises plutôt que de simplement les gérer lorsqu’elles deviennent visibles.

Car dans une économie en pleine transformation, la croissance peut améliorer les statistiques ; seules la lumière qui reste allumée et la fève qui trouve preneur peuvent convaincre durablement les citoyens qu’elle améliore leur vie.

VICTOR ESSO TIKI 

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