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🇨🇲Cameroun : la SCDP accélère la sécurisation de l’approvisionnement pétrolier

À Douala, la Société camerounaise des dépôts pétroliers mise sur les infrastructures pour réduire les vulnérabilités du marché aval

 La pluie qui s’est abattue sur la capitale économique camerounaise ce lundi 17 août 2026 n’aura pas suffi à ralentir la mécanique d’un secteur où la sécurité d’approvisionnement se joue autant dans les cuves que dans les ports, les pipelines et les corridors logistiques.

Devant les hommes et femmes des médias et plusieurs personnalités publiques, le top management de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a présenté le programme de la semaine qui doit conduire, vendredi 21 août, à l’inauguration officielle de plusieurs infrastructures stratégiques. La cérémonie sera présidée par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba.

À la tête de la SCDP, la directrice générale Véronique Moampea Mbio, accompagnée de son adjoint Gabriel Eteki Ebokolo, a replacé ces réalisations dans une équation plus large : celle d’un Cameroun devenu fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés depuis l’arrêt des activités de raffinage de la SONARA à la suite de l’incendie de 2019.

La réponse, selon la documentation présentée, est désormais clairement infrastructurelle : davantage de stockage, des capacités de réception renforcées, des moyens de transfert modernisés, une meilleure sécurité industrielle et une logistique moins exposée aux perturbations extérieures.

La SCDP constitue en effet le maillon de stockage et de distribution de la chaîne pétrolière camerounaise, entre la production et le raffinage d’un côté et les opérateurs chargés de la commercialisation de l’autre.

Une capacité de stockage qui change d’échelle

Les chiffres donnent la mesure de cette infrastructure invisible mais essentielle à l’économie.

En 2026, le réseau de la SCDP affiche, selon le dossier de presse présenté à Douala, 254 574 m³ de capacité nominale de stockage de produits pétroliers liquides, auxquels s’ajoutent 5 070 tonnes métriques de capacité de stockage de GPL.

Dans le détail, le réseau représente notamment :

  • 73 750 mÂł de super ;
  • 120 770 mÂł de diesel ;
  • 19 920 mÂł de pĂ©trole lampant ;
  • 17 608 mÂł de Jet A1 ;
  • 22 526 mÂł de fuel ;
  • 5 070 tonnes de GPL.

Cette capacité est répartie entre les principaux dépôts de Douala, Bonabéri, Yaoundé, Bafoussam, Ngaoundéré, Garoua, Bertoua, Bélabo, Maroua et Bamenda.

Le système combine ainsi stockage, rail, route et transport maritime, avec Douala et Bonabéri comme principales portes d’entrée maritimes des produits pétroliers avant leur redistribution vers l’intérieur du pays.

Cette architecture est devenue d’autant plus stratégique que les crises sanitaires, géopolitiques, économiques et logistiques des dernières années ont montré la fragilité des chaînes internationales d’approvisionnement en hydrocarbures.

Le deuxième pipeline de Bessengue : une assurance contre les ruptures

Parmi les infrastructures mises en avant figure le deuxième pipeline reliant le terminal d’Albe, au Port autonome de Douala, au dépôt SCDP de Bessengue, sur environ quatre kilomètres.

Mis en exploitation en octobre 2023, cet ouvrage constitue davantage qu’un simple équipement supplémentaire. Il introduit une forme de redondance dans une chaîne dont la continuité est essentielle pour les ménages, les entreprises, les transports et l’administration.

Selon les données du dossier de presse, l’installation a permis de faire passer la capacité de réception de 14 navires par mois, représentant environ 210 000 m³, à 23 navires et près de 345 000 m³, soit une progression de 64 %.

La possibilité de procéder simultanément au déchargement de deux navires apporte également une flexibilité opérationnelle susceptible de réduire les temps d’attente et les coûts de surestaries.

L’enjeu est considérable : dans un marché où une perturbation portuaire peut rapidement se transformer en tension sur les stocks, disposer d’une deuxième voie d’acheminement revient à acheter du temps — et, dans le commerce des hydrocarbures, le temps a un prix.

Les pouvoirs publics continuent d’ailleurs à renforcer les capacités de réception de Bessengue : un appel d’offres de 2026 portait sur l’augmentation de la capacité de déchargement des navires, avec un coût prévisionnel de 476,5 millions de FCFA TTC.

Bonabéri : le GPL devient un enjeu stratégique

Autre pièce du dispositif : la sphère 6 du dépôt GPL de Bonabéri, d’une capacité exploitable de 1 000 tonnes métriques.

Mise en service en février 2025, elle a porté la capacité de stockage et de réception du dépôt de 2 500 à 3 500 tonnes, soit une hausse de 40 %.

Dans une économie où le gaz domestique constitue une composante importante de la politique énergétique et sociale, cette capacité supplémentaire ne relève donc pas seulement de la performance industrielle. Elle contribue à réduire les risques de pénurie et à accélérer la rotation des navires et camions qui alimentent le marché.

Le dossier de la SCDP inscrit cette modernisation dans cinq axes : augmenter les capacités de stockage des produits liquides et du GPL, optimiser les infrastructures de réception et de transfert, renforcer les systèmes de contrôle et de métrologie, améliorer la sécurité industrielle et les conditions de travail, et moderniser la gouvernance.

Une entreprise publique à la croisée des intérêts

La structure du capital illustre elle-même la dimension stratégique de la SCDP.

L’État et ses démembrements détiennent 51 % du capital, tandis que les opérateurs privés en contrôlent 49 %. Parmi les actionnaires publics figurent notamment la Société nationale des hydrocarbures, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures, la Société nationale d’investissement, le Port autonome de Douala et le ministère de l’Eau et de l’Énergie.

Du côté privé apparaissent notamment Corlay Cameroon, TotalEnergies Marketing Afrique, Ola Energy Cameroon, TotalEnergies Marketing Cameroon et Tradex.

Cette configuration traduit une réalité économique simple : le stockage pétrolier est à la fois une activité industrielle et une infrastructure de souveraineté.

De nouvelles installations, mais aussi une nouvelle organisation

Le programme ne se limite pas aux tuyaux et aux réservoirs.

Le nouveau siège de la SCDP, construit sur quatre niveaux, offre environ 1 600 m² de surface utile, sur une emprise de 742 m². Mis en service en décembre 2025, le bâtiment doit accompagner la transformation organisationnelle de l’entreprise et offrir aux équipes un environnement plus moderne et sécurisé.

La SCDP explique que les investissements réalisés depuis 2019 répondent à une même logique : adapter l’outil industriel à l’évolution de la demande nationale, sécuriser les flux et améliorer la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

La société est présentée comme la seule entreprise camerounaise chargée du stockage et de la distribution des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire national.

Kribi : le prochain grand pari

Mais le véritable changement d’échelle pourrait se jouer plus au sud.

Le futur Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK) apparaît comme la pièce maîtresse de la stratégie à long terme. Le projet prévoit, dans sa première phase, 140 000 m³ de stockage d’hydrocarbures liquides et 12 000 tonnes métriques de GPL.

Installé dans l’environnement du port en eau profonde de Kribi, le terminal doit pouvoir accueillir des navires d’environ 70 000 à 80 000 tonnes de port en lourd, contre une capacité nettement plus limitée au port de Douala. Le tirant d’eau annoncé atteint environ 16 mètres.

L’ambition dépasse donc la simple sécurisation du marché camerounais. La SCDP et le Port autonome de Kribi présentent le projet comme un outil susceptible de réduire les coûts logistiques, d’améliorer l’accès aux marchés internationaux et, à terme, de renforcer la desserte des pays enclavés d’Afrique centrale, notamment le Tchad et la République centrafricaine.

Le projet a franchi une étape décisive en 2026 après l’accord présidentiel concernant son financement et son exploitation.

La souveraineté énergétique comme horizon

À travers ces investissements, la SCDP cherche surtout à répondre à une question qui dépasse les frontières de l’entreprise : comment garantir qu’un choc extérieur ne se transforme pas en crise intérieure d’approvisionnement ?

La réponse camerounaise repose désormais sur une combinaison de stockage accru, multiplication des voies d’acheminement, modernisation des installations et diversification des portes d’entrée maritimes.

Le futur terminal de Kribi pourrait ainsi offrir au pays une deuxième grande porte maritime pour ses produits pétroliers, réduire la pression exercée sur Douala et améliorer la compétitivité logistique du Cameroun.

Cette stratégie rejoint les orientations nationales de développement industriel et d’infrastructures, tout en donnant au secteur aval pétrolier une fonction plus large : celle de soutenir la continuité de l’activité économique.

À Douala, sous une pluie qui rappelait la vulnérabilité des infrastructures aux aléas extérieurs, le message porté par la direction de la SCDP était finalement limpide : la sécurité énergétique ne se décrète pas ; elle se construit, réservoir après réservoir, pipeline après pipeline, port après port.

Et pour le Cameroun, le prochain grand chapitre pourrait bien s’écrire à Kribi.

VICTOR ESSO TIKI 

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