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🇨🇲⚽️WAFCON 2026:Les Lionnes du Cameroun, locataires devenues propriétaires de la Coupe d’Afrique

Elles étaient revenues par une porte dérobée. Elles quittent le Maroc par la grande porte, avec ce que le football africain a de plus précieux entre les mains : la Coupe d’Afrique des Nations.

Repêchées après leur élimination face à l’Algérie, les Lionnes Indomptables avaient abordé cette CAN féminine 2026 avec cette curieuse étiquette d’équipe « invitée ». L’élargissement historique de la compétition à seize nations leur avait offert une seconde vie. Elles ont transformé cette seconde chance en première étoile.

La CAF avait officiellement retenu le Cameroun parmi les quatre nations supplémentaires repêchées sur la base du classement FIFA, après la fin des éliminatoires. Le tournoi marocain était ainsi devenu la dernière chance des Camerounaises de renouer avec une compétition qui leur échappait depuis trop longtemps.

Et quelle réponse !

De la porte de secours à la porte de l’histoire

Dans le football, il existe des équipes qui arrivent avec le statut de favorites. D’autres avec celui d’outsiders. Et puis il y a celles qui arrivent avec une dette à régler avec leur propre histoire.

Les Lionnes étaient de celles-là.

Le Cameroun avait longtemps collectionné les finales, les places d’honneur, les regrets et les « presque ». Une génération après l’autre, les Lionnes avaient approché le sommet sans jamais parvenir à poser définitivement leurs griffes sur le trophée continental.

Cette fois, le scénario a changé.

Le premier rendez-vous contre le Mali avait déjà donné le ton. Menées dans un combat intense, les Camerounaises avaient pu compter sur Marie Gisèle Divine Ngah Manga, auteure d’un doublé pour offrir aux Lionnes leur première victoire de la compétition, 2-1.

Mais cette équipe n’était pas seulement celle d’une buteuse.

Elle était devenue, match après match, celle d’un collectif.

Ngock, Ngah Manga, Bihina : les nouveaux visages d’une conquête

Il y a quelque chose de particulièrement savoureux dans cette victoire : elle ne repose pas uniquement sur les anciennes figures du football camerounais.

Une nouvelle génération s’est invitée à la table des grandes.

Monique Ngock en est probablement l’une des plus belles illustrations. À seulement 21 ans, la milieu de terrain était déjà présentée par la FIFA comme l’une des principales lumières de cette sélection camerounaise. Son parcours, passé par la France et Fleury, avait fait d’elle l’un des moteurs techniques de cette équipe.

Puis il y a Marie Gisèle Divine Ngah Manga, dont le doublé contre le Mali avait immédiatement placé le tournoi sous le signe de l’efficacité.

Et derrière elles, Michaely Bihina a incarné cette autre vertu indispensable aux grandes équipes : la sécurité.

La gardienne, comme une dernière sentinelle, a rappelé une vieille vérité du football : les titres se gagnent parfois avec les attaquantes, mais ils se conservent avec les gardiennes.

À ses côtés, Easther Mayi Kith a représenté cette défense qui ne se contente pas de subir. Une muraille, de celles qui donnent à une équipe la liberté d’attaquer parce qu’elles savent qu’elles seront là lorsque le danger surgira.

Et comment oublier Achtа Toko Njoya, virevoltante, imprévisible, capable d’apporter cette étincelle qui transforme une possession en occasion ?

Cette CAN aura surtout été celle d’un renouvellement.

Samuel Eto’o : la réponse du terrain

Il est impossible de raconter cette victoire sans évoquer le contexte dans lequel elle intervient.

Depuis son arrivée à la tête de la Fédération camerounaise de football, Samuel Eto’o n’a jamais bénéficié du confort du consensus. L’ancien capitaine des Lions Indomptables a été constamment ramené à ses résultats, à ses choix, à ses responsabilités et à la promesse de transformer le football camerounais.

Une partie de l’opinion avait fini par présenter sa présidence comme une équation sans solution : beaucoup de communication, beaucoup de controverses, mais pas de trophée majeur.

Le football vient de fournir sa propre réponse.

Pas celle des conférences de presse.
Pas celle des réseaux sociaux.
Pas celle des querelles de personnes.

Celle du terrain.

Une victoire continentale ne suffit évidemment pas à effacer toutes les interrogations sur la gestion d’une fédération. Elle ne transforme pas mécaniquement toutes les critiques en erreurs. Mais elle possède une vertu incontestable : elle oblige chacun à regarder le résultat.

Et le résultat, cette fois, est en or.

Une étoile qui change le regard

Le Cameroun avait déjà construit une immense histoire dans le football féminin africain.

Mais il lui manquait cette ligne au palmarès.

La voici.

Cette première étoile ne représente donc pas seulement un trophée. Elle constitue une rupture psychologique.

Pendant des années, les Lionnes ont été respectées sans être totalement craintes. Elles étaient les éternelles prétendantes, celles dont on connaissait le talent, la puissance et la capacité à atteindre les derniers tours.

Désormais, il faudra parler d’elles autrement.

Le Cameroun est champion d’Afrique.

Et cela change tout.

Le football comme parenthèse nationale

Dans un pays où les incertitudes politiques, sociales et économiques occupent quotidiennement l’espace public, cette victoire arrive comme une parenthèse.

Une vraie.

Pendant quelques heures, les conversations changent de sujet. Les couleurs vert, rouge et jaune reprennent possession des rues. Les générations se retrouvent autour d’un même écran. Les débats cessent d’opposer les uns aux autres.

Il y a le football.

Et puis il y a cette émotion particulière que seul le football peut provoquer : celle de voir un pays entier s’identifier à onze joueuses, à leurs courses, leurs douleurs, leurs larmes et finalement leur triomphe.

Les Lionnes n’ont pas seulement gagné une compétition.

Elles ont rendu quelque chose au public camerounais : le plaisir de croire à nouveau.

Elles étaient venues pour survivre. Elles repartent pour régner.

C’est peut-être cela, finalement, la plus belle histoire de cette WAFCON 2026.

Le Cameroun n’était pas censé être là.

Il avait été éliminé.

Puis repêché.

Arrivé au Maroc avec une seconde chance, il devait simplement tenter de la saisir.

Il l’a transformée en consécration.

Locataires au départ, propriétaires à l’arrivée.

Les Lionnes Indomptables ont fait mieux que participer à cette CAN historique à seize équipes : elles ont écrit la dernière page de la compétition avec leur propre encre.

Et lorsque l’histoire du football féminin camerounais sera racontée dans quelques années, une date reviendra forcément.

16 août 2026.

Le jour où les Lionnes ont cessé d’être les éternelles prétendantes.

Le jour où elles sont devenues, enfin, championnes d’Afrique.

VICTOR ESSO TIKI 

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