🇨🇲 Cameroun : La démission de Marc Brys, ou le théâtre permanent d’un gouvernement en déni
La prétendue – ou réelle – démission de l’entraîneur belge Marc Brys à la tête des Lions Indomptables n’est que la dernière scène d’une longue pièce aux allures de tragédie politico-médiatique camerounaise. Ce nouvel épisode révèle, une fois encore, les travers inquiétants d’un gouvernement qui semble pris dans une spirale de mensonges, de manipulations, et de contradictions officielles.
🎠Une mise en scène permanente
La gestion de l’affaire Brys a provoquĂ© stupeur et confusion. Une lettre de dĂ©mission manuscrite, supposĂ©ment officielle, a fait surface avant d’être aussitĂ´t dĂ©mentie par les services gouvernementaux, Ă©voquant cette fois… un piratage de messagerie. Autant dire que l’excuse a fait sourire plus d’un, tant elle s’inscrit dans une tradition dĂ©sormais bien rodĂ©e : transformer chaque crise en un spectacle grotesque, oĂą l’État, pris en flagrant dĂ©lit de cacophonie, tente de réécrire les faits après coup.
Ce n’est pas la première fois. En fait, ce n’est même pas surprenant. La gouvernance camerounaise semble désormais fonctionner sur la base d’un mensonge réflexe, où la vérité est systématiquement dissimulée, contournée, ou maquillée. Cela rappelle étrangement l’univers dystopique de George Orwell, où les faits sont ce que le pouvoir dit qu’ils sont — même si cela défie la logique ou l’évidence.
🕵️ Une série noire de “vérités alternatives”
L’affaire Brys rejoint une longue liste de “vérités officielles” mises à mal ces derniers mois :
1. Jean-Pierre Amougou Belinga, libéré par ordonnance judiciaire en décembre 2023, avant que l’État ne crie au faux document. Résultat : le juge qui a signé l’ordonnance est muté dans l’opacité la plus totale. On se demande alors : a-t-il été victime d’un complot ou d’un excès de zèle ? Ou a-t-il été sacrifié pour préserver une façade ?
2. En novembre 2023, le Directeur de cabinet du PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale est dĂ©mis de ses fonctions en direct Ă la CRTV, puis rĂ©habilitĂ© quelques heures plus tard via… un post sur les rĂ©seaux sociaux du PAN lui-mĂŞme. Motif : des bandits auraient usurpĂ© sa signature. L’affaire, depuis, a Ă©tĂ© classĂ©e sans suite, dans un silence pesant.
3. En mai 2024, Cameroon Tribune annonce que Paul Biya « siffle la fin » du conflit entre le MINSEP et la FECAFOOT. Aussitôt, une partie du Palais présidentiel s’insurge : “Ce n’est pas vrai !” Faut-il croire les journalistes du quotidien national, ou l’ombre mouvante d’un régime qui parle à plusieurs voix ?
4-La fameuse phrase 50/50 du porte parole du gouvernement et non moins Ministre de la Communication Rene Emmanuel Sadi concernant la candidature du chef de l’Etat âgée de 92 ans, contredit des le lendemain et sous fond de droit de réponse dans la même chaîne RFI par le Ministre de l’enseignement supérieur Jacques Famé Ndongo au nom du parti RDPC dira-t-il.
🤯 La schizophrénie politique en marche
Ces exemples illustrent une profonde crise de gouvernance. Ă€ force de vouloir tout contrĂ´ler – y compris l’impossible – l’État camerounais s’est enfermĂ© dans une logique de dĂ©doublement institutionnel. Les ministères se contredisent, les dĂ©crets sont annulĂ©s par des tweets, et les documents officiels deviennent suspects… jusqu’à preuve du contraire.
Ce climat d’opacité constante a fini par installer un scepticisme généralisé dans la population. Plus personne ne sait ce qui est vrai, ce qui est faux, ou ce qui est simplement « officiellement faux ».
🎤 La vérité, grande perdante
Dans ce théâtre de l’absurde, la vérité ne compte plus. Elle dérange, elle expose, elle accuse. Le pouvoir préfère alors la taire ou la travestir, quitte à sombrer dans le ridicule. Et comme l’humoriste Raymond Devos l’avait si bien dit : « On dit que le ridicule tue. Est-ce vrai ? Pas du tout. Regardez autour de vous, il n’y a que des gens bien portants. »
Ceux qui osent dire la vérité au Cameroun – journalistes, intellectuels, lanceurs d’alerte – sont exposés. Ils naviguent entre intimidation, menaces, et autocensure. Et pendant ce temps, le mensonge prospère dans les couloirs feutrés des palais officiels, habillé en costume-cravate et protégé par le silence d’une administration complice.
La “démission” de Marc Brys n’était pas qu’un fait divers sportif. Elle révèle un système où l’État ne communique plus : il manipule. Où la parole officielle n’a plus de valeur, et où chaque vérité devient un champ de bataille politique. Dans ce pays aux allures de pièce orwellienne, il ne reste plus qu’une question : qui aura le dernier mot ? Le peuple ? Ou la machine à mensonges ?
Victor Esso TikiÂ


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