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🇺🇳Course au sommet de l’ONU : Macky Sall face à un mur diplomatique

President Barack Obama and First Lady Michelle Obama greet His Excellency Macky Sall, President of the Republic of Senegal, and Mrs. Marieme Sall, in the Blue Room during a U.S.-Africa Leaders Summit dinner at the White House, Aug. 5, 2014. (Official White House Photo by Amanda Lucidon)

À mesure que s’ouvre la bataille pour la succession de Antonio Guterres à la tête de Organisation des Nations unies, un constat s’impose dans les cercles diplomatiques : la candidature de l’ancien président sénégalais apparaît, à ce stade, comme la plus fragile d’un quatuor dominé par des profils latino-américains solidement arrimés aux équilibres géopolitiques actuels.

Un processus verrouillé par les grandes puissances

La désignation du futur secrétaire général obéit à une mécanique bien huilée mais hautement politique. Si l’Assemblée générale valide formellement le choix, tout se joue en réalité au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents — États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni — disposent d’un droit de veto décisif.

Dans ce contexte, obtenir non seulement un soutien régional solide, mais aussi une acceptabilité globale auprès des grandes puissances, constitue la condition sine qua non pour espérer accéder au poste.

Macky Sall : une candidature isolée

La candidature de Macky Sall souffre d’un handicap majeur : l’absence de consensus africain. Porté par le Burundi dans le cadre de la présidence tournante de l’Union africaine, il ne bénéficie ni d’un soutien unanime du continent, ni même de l’appui officiel de Dakar.

Cette fracture régionale est déterminante. Dans la tradition onusienne, les candidatures les plus crédibles émergent généralement d’un bloc régional uni, capable de peser dans les négociations internationales. Or, près de la moitié des États africains auraient exprimé des réserves, affaiblissant considérablement sa légitimité diplomatique.

À cela s’ajoute un passif politique controversé. Les accusations liées à la gestion des crises internes au Sénégal entre 2021 et 2024 — marquées par des violences meurtrières — alimentent les réticences de plusieurs partenaires internationaux, notamment sur la question des droits humains, devenue centrale dans le choix du futur dirigeant de l’ONU.

Une concurrence latino-américaine structurée

Face à lui, trois candidatures se distinguent par leur cohérence stratégique et leur ancrage régional :

  • Michelle Bachelet incarne une figure mondiale des droits humains, malgré des résistances de la Chine et de certains conservateurs américains.

  • Rafael Grossi apparaît comme le favori officieux, notamment grâce à son expertise sur les dossiers nucléaires sensibles et son acceptabilité auprès de Washington.

  • Rebeca Grynspan joue la carte du consensus diplomatique, forte de son expérience dans la médiation économique internationale.

Dans ce trio, un élément pèse lourd : la règle informelle de rotation géographique, qui favoriserait cette fois-ci l’Amérique latine, absente du poste depuis plus de trois décennies.

Le facteur décisif : le veto

Au-delà des profils, la véritable clé reste l’attitude des grandes puissances. Un seul veto suffit à éliminer un candidat. Or, dans le cas de Macky Sall, aucun signal fort de soutien n’a émergé ni à Washington, ni à Pékin, ni à Moscou.

À l’inverse, Rafael Grossi semble bénéficier d’un positionnement plus compatible avec les intérêts stratégiques des membres permanents, notamment sur les questions de sécurité internationale.

Une candidature à portée symbolique ?

Dans ces conditions, la présence de Macky Sall dans la course pourrait relever davantage d’une dynamique politique que d’une réelle probabilité de victoire. Elle pose néanmoins une question de fond : celle de la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.

Malgré son poids démographique et ses enjeux sécuritaires majeurs, le continent peine encore à imposer un candidat consensuel sur la scène multilatérale. L’échec probable de cette candidature illustrerait une fois de plus les divisions africaines dans les arènes internationales.

Une équation encore ouverte

Rien n’est toutefois totalement joué. Les équilibres diplomatiques peuvent évoluer rapidement, au gré des crises internationales et des recompositions d’alliances. Mais à ce stade, une chose est claire : sans unité africaine ni soutien des grandes puissances, les chances de Macky Sall d’accéder au secrétariat général de l’ONU restent extrêmement limitées.

Dans une organisation en quête de crédibilité face aux crises du XXIe siècle — Ukraine, Gaza, Soudan — le futur dirigeant devra incarner à la fois autorité morale et capacité de négociation avec les puissances. Un profil que, pour l’instant, d’autres candidats semblent mieux incarner aux yeux des décideurs internationaux.

VICTOR ESSO TIKI 

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