🇨🇲Cameroun : à Ecogreen, les journalistes plongent au cœur de l’économie circulaire et du recyclage du plastique
De la bouteille usagée au R-PET alimentaire : l’immersion de la FOCACO et des médias chez ECOGREEN met en lumière les capacités industrielles du Cameroun et relance le débat sur le quota de 30 % de matière recyclée

La transition écologique camerounaise ne se joue plus seulement dans les discours. Elle prend désormais forme dans les unités industrielles capables de transformer les déchets plastiques en nouvelles matières premières. C’est le constat dressé vendredi 7 août 2026 à Bonabéri, à Douala, à l’occasion d’une visite de terrain organisée par la Fondation Camerounaise des Consommateurs (FOCACO) au sein d’ECOGREEN, entreprise spécialisée dans le recyclage et la valorisation des déchets plastiques.

Cette immersion, organisée dans le prolongement de la conférence de presse de la FOCACO du 20 juillet dernier, a réuni des journalistes et des représentants de la société civile autour d’un même enjeu : comprendre concrètement comment le Cameroun peut passer d’une logique de gestion des déchets à une véritable économie circulaire, dans laquelle les matières usagées deviennent des ressources industrielles.
Une chaîne industrielle qui transforme le déchet en ressource
Dans la Zone industrielle de Bonabéri, les visiteurs ont pu suivre les différentes étapes de transformation des bouteilles plastiques collectées.
Au sein de l’unité SOREMA, les bouteilles passent notamment par les opérations de tri, de lavage et de broyage. Le plastique est ensuite transformé en paillettes destinées à être réintroduites dans le processus industriel.
La visite s’est poursuivie sur la ligne Starlinger 1, dédiée à la transformation des paillettes en granulés de PET recyclé de qualité alimentaire, communément appelés R-PET.
Selon les informations communiquées lors de la visite, cette installation dispose actuellement d’une capacité de production de 8 000 tonnes par an et emplois 800 personnes.

Au-delà de la technologie, l’enjeu est environnemental : chaque tonne de plastique recyclée représente une quantité de déchets qui n’est plus abandonnée dans les rues, les caniveaux, les cours d’eau ou les décharges.
Dans les grandes métropoles camerounaises confrontées à l’accumulation des déchets plastiques, le développement de telles filières pourrait ainsi contribuer à réduire la pression exercée sur les systèmes traditionnels de collecte et de traitement des déchets.
Le R-PET, nouvelle frontière de l’industrie des emballages
L’un des temps forts de la visite a été l’observation, chez le partenaire Source du Pays, du processus de fabrication de préformes intégrant 30 % de matière recyclée et 70 % de matière vierge.
Cette démonstration donne une dimension concrète au débat sur l’intégration du recyclé dans la production d’emballages.
Pour la FOCACO, la question n’est donc plus de savoir si le Cameroun dispose des capacités techniques nécessaires pour produire du R-PET, mais de créer les conditions permettant à cette matière de trouver durablement sa place dans l’industrie nationale.

« ECOGREEN est prête à fournir l’intégralité du marché local en granulés R-PET de qualité alimentaire », a indiqué Ali CHAABI, responsable chez ECOGREEN.
Cette disponibilité industrielle constitue, selon les participants, un élément important dans le débat sur la transition vers des emballages plus responsables.
La deuxième ligne Starlinger annoncée pour décembre
L’entreprise a également présenté ses perspectives d’expansion avec l’opérationnalisation annoncée de la deuxième ligne Starlinger, prévue d’ici décembre 2026.
Selon les informations communiquées lors de la visite, cette extension devrait permettre de renforcer les capacités de production et de créer 500 emplois directs supplémentaires.
L’économie circulaire apparaît ainsi comme un secteur pouvant conjuguer deux impératifs : la protection de l’environnement et la création d’activités économiques.
La collecte des déchets, leur tri, leur transformation et leur réintroduction dans les chaînes de production constituent en effet autant de maillons susceptibles de générer des emplois et de nouvelles opportunités pour les acteurs locaux.
Le paradoxe de la fiscalité des déchets
Mais derrière les investissements industriels, le secteur demeure confronté à des obstacles institutionnels et économiques.
La FOCACO a notamment dénoncé ce qu’elle considère comme un paradoxe fiscal : certaines municipalités imposeraient à des entreprises engagées dans la collecte et la valorisation des déchets plastiques des taxes liées à l’enlèvement des ordures.
Pour la Fondation, une telle situation mérite d’être réexaminée.
Son argument est simple : lorsqu’une entreprise contribue à récupérer des déchets, à désengorger les drains et à réduire la présence de plastique dans l’environnement, elle participe également à une mission d’intérêt collectif.
La FOCACO plaide ainsi pour la mise en place de mesures d’accompagnement, d’incitations fiscales et d’exonérations ciblées en faveur des entreprises qui investissent dans l’économie circulaire.
L’objectif serait de faire évoluer la fiscalité locale d’une logique de prélèvement vers une logique d’incitation à la réduction et à la valorisation des déchets.

Le bras de fer autour du quota de 30 %
La visite de Bonabéri intervient également dans un contexte de débat autour de l’utilisation de matière recyclée dans les emballages.
À l’issue de l’immersion, la FOCACO a réaffirmé son souhait de voir maintenue au 1er décembre 2026 la date d’entrée en vigueur du quota obligatoire de 30 % de R-PET local.
Pour l’organisation de défense des consommateurs, la démonstration réalisée chez ECOGREEN montre que le Cameroun dispose désormais d’une capacité industrielle permettant d’alimenter le marché en matière recyclée.
La FOCACO considère dès lors qu’un éventuel report de cette échéance ne pourrait plus être justifié par l’absence de capacités locales de production.
Cette position place désormais le gouvernement face à un double impératif : accompagner les industriels du recyclage tout en garantissant la compétitivité des producteurs d’emballages et la protection des consommateurs.
Du déchet à la matière première : un changement de modèle
Au-delà de la controverse sur le calendrier réglementaire, la visite d’ECOGREEN révèle surtout un changement de paradigme.
Pendant longtemps, le plastique a été principalement considéré comme un déchet à collecter et à éliminer. L’économie circulaire propose une approche différente : considérer le déchet comme une matière première secondaire, susceptible d’être réutilisée dans une nouvelle chaîne de production.
Pour le Cameroun, ce changement pourrait avoir des conséquences importantes dans les villes où les déchets plastiques contribuent à l’obstruction des drains et aggravent les risques liés aux inondations.
Le développement d’une véritable filière nationale suppose toutefois une action coordonnée : amélioration de la collecte, tri à la source, sensibilisation des ménages, soutien aux entreprises de recyclage, réglementation adaptée et engagement des industriels dans l’utilisation de matières recyclées.
Une transition écologique qui cherche encore son cadre
La visite de Bonabéri aura donc permis aux journalistes et aux représentants de la société civile de constater que le recyclage industriel du plastique n’est plus une perspective lointaine au Cameroun.
Des infrastructures existent. Des capacités de production sont annoncées. Des débouchés industriels se développent. Et des emplois peuvent être générés.
Reste désormais à construire l’écosystème réglementaire et économique capable de faire passer ces initiatives du stade d’expériences industrielles à celui d’une véritable politique nationale de l’économie circulaire.
Pour la FOCACO, le message est désormais clair : le Cameroun doit accélérer sa transition vers des emballages intégrant davantage de matières recyclées, soutenir les entreprises qui valorisent les déchets et maintenir le cap du 30 % de R-PET local à compter du 1er décembre 2026.
À Bonabéri, une bouteille plastique n’apparaît plus seulement comme un déchet. Elle devient potentiellement une ressource, une matière première et même un emploi.
Victor ESSO TIKI


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