🇨🇲CAMEROUN-FEMINICIDES : QUAND LE MIEUX DEVIENT ENNEMI DU BIEN
C’est le mot à la mode.
L’attribut par excellence de la bien-pensance.
Depuis quelques semaines, les consciences camerounaises subissent l’assaut de nouveaux prescripteurs. Pas un post, pas une «Une», pas une journée sans dénonciation des féminicides. La mécanique est parfaitement huilée, dans un scénario où le vertige des chiffres le dispute aux apostrophes morales pour pousser à l’action. Mêmes les eaux en furie du Népal n’auraient pas eu d’effet aussi corrosif…
Et si on s’arrêtait un peu ?
Quelques secondes…juste pour souffler. Se poser deux ou trois questions simples. Pour comprendre.
Déjà, c’est quoi, un féminicide ?
Pour l’Académie française, rien du tout.
Les premiers usages du vocable datent de 1848. Pourtant, en mai 2026, le mot n’est toujours pas officiellement admis dans la langue de Molière. Aucune des 9 éditions existantes du Dictionnaire de l’Académie Française ne le reconnait. Certaines sources annoncent qu’il apparaitra dans la dixième édition dont la rédaction est en cours. Pas grave. On sait, depuis des lustres, que l’Académie française reconnait parfois tardivement des mots à l’usage courant. Passons.

Pour les médias (qui l’utilisent abondamment), c’est quoi, un féminicide ?
Réponse : Un meurtre commis contre une femme en raison de son identité de femme.
C’est ici que commencent souvent les problèmes. Certains remplacent le mot «Identité» par «Condition» ou «Statut». Les trois termes renvoient à des réalités complètement différentes ? Qu’importe. Suivons la vague et résumons : Féminicide = Tuer une femme parce qu’elle est femme. Et Bingo ! Nous voici dans les Violences Basées sur le Genre. La plus terrifiante de toutes, plus glaçante que toutes les violences conjugales, a eu lieu le 6 décembre 1989 à Polytechnique de Montréal (Canada). Ce jour-là, Marc Lépine, un algéro-québécois de 25 ans, entre dans une salle de classe, armé d’un fusil. Il sépare les garçons des filles, tue 14 femmes, en blesse grièvement 10 avant de se suicider. Leur seul « crime » ? Être des femmes. Dans la lettre de 3 pages qu’il laisse, Marc Lépine dit haïr les féministes et toutes les femmes car elles lui avaient volé SA place, dans un domaine qu’il considérait comme réservé aux hommes : une école d’ingénieur.
Le Cameroun, aussi, est rentré dans la danse macabre. De sources concordantes, le pays a de plus en plus des Marc Lépine. Des hommes qui tuent des femmes parce qu’elles sont des femmes. Juste «parce qu’elles sont des femmes». Les exemples surabondent. La comptabilité explose. Quelques cas récents fournis par les médias locaux donnent froid au dos. Ainsi, une chaine de télévision 100%féminine de Douala déroule :
– 28 juillet 2026 : R. Saidou, 38 ans, tuée à Meidougou (Adamaoua)
– 11 aout 2026 : K. Lafortune, étudiante jetée d’une voiture à Yaoundé (Centre)
– 23 aout 2023 : M. Modestine, décapitée par son mari à Logpom (Littoral)
Un blogueur célèbre à peau de panthère renchérit :
– 6 aout 2026 : une femme enceinte confiée aux stagiaires à l’hôpital de Bokito meurt lors d’une césarienne.
– 7 aout 2026 : à Bertoua, une braiseuse de poissons regagnant son domicile est mortellement agressée et dépouillée.
L’arithmétique du sang accélère l’émotion et sert d’échafaud à la campagne «STOP AUX FEMINICIDES». Larissa Madiba Songue, épouse de Chef supérieur Sawa, allume la mèche : «Qu’attendons-nous pour réagir ?». En totale rupture avec la présomption d’innocence, sans procès, Fo’o Dzakeutonpoug offre les coupables : «Hommes criminels. Parlez-moi des hommes assassins et non de féminicides». Le bucher est prêt. Et il n’y a plus personne pour se poser une question essentielle, liée à la définition même du féminicide : peut-on prouver, de manière absolue, que pour chaque cas cité (comme à Montréal en 1989), la femme est tuée uniquement «parce qu’elle est une femme» ?
La question parait inutile pour les Camerounais engagés dans la corrida anti-males. Elle est primordiale pour d’autres juristes de la planète. Sur les 197 pays de la terre, moins de 15% ont changé leur loi pour inscrire spécifiquement le «féminicide» dans leur législation pénale. L’Angleterre, la France et les Etats-Unis (au niveau fédéral), par exemple, n’admettent pas encore d’infraction autonome de «Féminicide». Pourquoi ?
1. D’abord, parce qu’il est difficile, en général, d’établir l’intention sexiste devant la barre. On peut analyser. On peut supputer. Mais comment établir de manière claire, définitive et systématique qu’une femme est décapitée ou jetée d’une voiture simplement «parce qu’elle est une femme» ? Marc Lépine a tué et blessé TOUTES les femmes en face de lui. Il haïssait TOUTES les féministes. Sans exception. Il les tuait d’abord «parce qu’elle était des femmes». Peut-on dire autant de l’agresseur de Bertoua qui veut ravir son porte-monnaie à une braiseuse de poissons ?
2. Ensuite, à cause de trop nombreux raccourcis. On n’a pas fini de discuter de la définition du «féminicide» (comme à l’Académie française) et de la manière de démontrer l’intention sexiste, que des statistiques sont brandies pour inciter à la modification des lois. Sur la base rationnelle de quoi ? Prenez le cas du Cameroun. Regardez les deux images de ce post. Même période, même réalité dénoncée, mais…deux chiffres totalement différents en fonction des sources. De quoi parle-t-on au juste ?
3. Aussi, les Etats ont pour mission de protéger LA vie. TOUTES les vies. De manière équitable. Tous les hommes sont égaux devant la loi (principe d’universalité). Et, dans tous les pays de la terre, des lois existent déjà pour ceux qui arrachent la vie d’autrui (homme ou femme). On peut ajouter des «circonstances aggravantes» pour durcir un cas d’homicide mais on s’abstient généralement de créer une nouvelle loi fondée uniquement sur le genre du victimaire ou de la victime. Le faire reviendrait à créer comme une double citoyenneté : Si vous tuez une femme, c’est hyper grave. Si vous zigouillez un homme, ça peut aller.
4. Enfin, l’expérience non-concluante des pays d’Amérique latine. Sur les 29 pays qui reconnaissent le «féminicide» comme une infraction spécifique, 17 sont d’Amérique Latine. Premiers résultats ? Les «féminicides» n’ont pas baissé. Certaines sources donnent même à voir une augmentation des cas au Mexique, au Guatemala et au Honduras. Preuve qu’il fallait davantage miser sur les changements de comportement et le rapport à la vie qu’à une rapide modification des lois.
Au fait, cher.e.s camerounais.e.s épris.e.s de défense des vulnérabilités, quand des hommes homophobes d’Akwa agressent et tuent un transgenre femme, c’est bien un «féminicide», non ?
Heyndricks Bile


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