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🌍🇨🇲 Cameroun : le WWF promeut le biochar pour révolutionner la cacaoculture

La capitale économique camerounaise a servi de plateforme technique à un atelier de haut niveau organisé par le WWF à l’hôtel Sawa ce 15 Avril 2025.Cette rencontre a mobilisé un écosystème d’acteurs publics, scientifiques et privés autour d’un enjeu critique : l’intégration du biochar dans les systèmes cacaoyers comme levier de durabilité, de productivité et de conformité réglementaire internationale.

Placée sous la présidence du représentant du ministère de l’Environnement, le Professeur Bring, Directeur de la conservation et de la gestion des ressources naturelles, la rencontre intervient dans un contexte caractérisé par une dégradation accélérée des sols agricoles, une intensification des stress climatiques, et une pression réglementaire croissante sur les chaînes d’approvisionnement agricoles, notamment en direction du marché européen.

 Biochar : une innovation agronomique à fort rendement systémique

Le biochar, au cœur des discussions, est un matériau carboné stable issu de la pyrolyse contrôlée de biomasse en conditions limitées en oxygène. Sur le plan agronomique, ses propriétés physico-chimiques en font un amendement structurant des sols tropicaux dégradés Comme l’augmentation de la capacité d’échange cationique (CEC), l’amélioration de la rétention hydrique, stabilisation du carbone organique du sol et la stimulation de l’activité microbienne.

Appliqué aux systèmes cacaoyers vieillissants, le biochar agit comme un catalyseur de restauration pédologique, permettant d’intensifier la production sans extension des surfaces cultivées — un point clé dans la lutte contre la déforestation.

Ce programme s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique conclu en 2023 entre le WWF et l’initiative Net Zero, avec pour objectif la diffusion de solutions agricoles bas carbone.


Pression réglementaire : vers une reconfiguration des chaînes de valeur cacao

L’atelier s’inscrit également dans un tournant normatif majeur, marqué par l’entrée en vigueur du Règlement européen contre la déforestation (RDUE). Ce cadre qui impose désormais uen traçabilité géospatiale des parcelles, une garantie de non-déforestation post-2020, une conformité aux législations environnementales nationales et internationales.

Pour le Cameroun, producteur stratégique de cacao en Afrique centrale, avec une production Annaelle de plus de 300.000 Tonnea, l’enjeu est double :maintenir l’accès au marché européen et réorienter les modèles de production vers des systèmes agroécologiques intensifs.

Dans cette configuration, le biochar apparaît comme une technologie d’alignement réglementaire, permettant de concilier rendement agricole et intégrité forestière.

 Gouvernance multisectorielle et ingénierie de diffusion

Cet atelier qui  a réuni un spectre large d’institutions :les administrations sectorielles (MINADER, MINEPDED, MINCOMMERCE), les centres e recherche agronomique, les organisations paysannes, les ONG environnementales, les investisseurs et opérateurs privés avait pour

objectif de structurer une architecture nationale de déploiement du biochar, intégrant notamment la production locale (unités de pyrolyse), la logistique de distribution, les mécanismes de financement, et les dispositifs de formation des producteurs.

Les travaux, organisés autour de restitutions scientifiques (notamment les essais de Mintom), de panels techniques et d’ateliers collaboratifs, ont permis d’identifier les conditions de passage à l’échelle.

Résultats expérimentaux : vers une intensification durable

Les essais agronomiques conduits à Mintom fournissent des données empiriques encourageantes :

  • hausse significative des rendements cacaoyers
  • amélioration de la fertilité des sols dégradés
  • résilience accrue face aux stress hydriques

Ces résultats confirment le potentiel du biochar comme outil d’intensification écologique, compatible avec les exigences de durabilité.

Cependant, plusieurs contraintes structurelles subsistent :

  • déficit d’investissements initiaux
  • accès limité aux technologies de pyrolyse
  • absence de chaîne de valeur structurée
  • besoin de vulgarisation technique auprès des producteurs

 Externalités positives : climat, carbone et biodiversité

Comme l’a souligné Alain Bertrand Ononino, le biochar ne se limite pas à une innovation agricole :

« Il permet simultanément de restaurer les sols, de réduire la pression sur les forêts et d’améliorer durablement les revenus agricoles. »

Sur le plan macro-environnemental, ses bénéfices incluent :

  • séquestration du carbone à long terme
  • réduction des émissions de gaz à effet de serre
  • limitation de l’expansion agricole sur les forêts primaires
  • contribution aux objectifs REDD+ et climat du Cameroun

Vers une transformation structurelle de la filière cacao

Les conclusions de l’atelier convergent vers une feuille de route claire structurer autour de la mise en place d’un cadre de concertation multisectoriel permanent, du développement de partenariats public-privé, de l’intégration du biochar dans les politiques agricoles nationales et de l’accélération de la diffusion à l’échelle des bassins cacaoyers

Au-delà de l’innovation technique, l’initiative portée par le WWF révèle une mutation plus profonde :

le passage d’un modèle agricole extensif à un modèle intensif durable, piloté par la contrainte réglementaire internationale.

Dans un contexte où la compétitivité du cacao africain dépend désormais de sa conformité environnementale, le biochar pourrait s’imposer comme une technologie stratégique de souveraineté agricole et climatique.

Pour le Cameroun, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire autrement — sans compromettre son capital forestier.

VICTOR ESSO TIKI 

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