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🇧🇮Burundi : à neuf mois de la présidentielle, Évariste Ndayishimiye verrouille l’appareil sécuritaire sous fond de peur d’un coup d’Etat

À mesure que l’échéance présidentielle de 2027 se rapproche, le pouvoir burundais entre dans une nouvelle phase de consolidation sécuritaire. À Bujumbura, les arrestations se multiplient depuis plusieurs mois, tandis que les services de renseignement renforcent leur présence sur l’ensemble du territoire. Officiellement, l’objectif est clair : prévenir toute tentative de déstabilisation, lutter contre les infiltrations et protéger les institutions face à des menaces internes et extérieures.

Selon plusieurs observateurs, cette stratégie traduit la volonté du président Évariste Ndayishimiye de sécuriser son environnement politique avant un scrutin qui s’annonce déterminant pour l’avenir du régime. Les autorités évoquent régulièrement l’existence de réseaux hostiles susceptibles d’infiltrer aussi bien les institutions de l’État que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, dans un contexte régional marqué par les tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo et la circulation de groupes armés dans la région des Grands Lacs.

Une campagne de contrôle qui n’épargne personne

Fait notable, les opérations de sécurité ne visent plus uniquement les figures de l’opposition ou les militants critiques du pouvoir. Des personnalités réputées proches de la présidence, des responsables administratifs ainsi que des cadres du parti présidentiel auraient également été interpellés ou placés sous surveillance.

Ce choix illustre une évolution de la doctrine sécuritaire du pouvoir : la menace est désormais considérée comme pouvant provenir de l’intérieur même de l’appareil d’État. La loyauté devient ainsi un critère aussi important que les compétences politiques ou administratives.

Pour plusieurs analystes, cette logique rappelle les mécanismes de contrôle adoptés par certains régimes confrontés à la crainte de fractures internes plutôt qu’à une opposition électorale capable de menacer directement leur maintien au pouvoir.

Entre impératif sécuritaire et climat de méfiance

Les autorités burundaises défendent ces mesures comme une nécessité dans un environnement régional instable. Le Burundi partage en effet des frontières avec la République démocratique du Congo, le Rwanda et la Tanzanie, dans une zone régulièrement affectée par les mouvements de populations, les trafics transfrontaliers et les activités de groupes armés.

Les organisations de défense des droits humains, pour leur part, dénoncent depuis plusieurs années des arrestations arbitraires, des intimidations et un rétrécissement de l’espace civique. Elles craignent que la montée en puissance du dispositif sécuritaire ne réduise davantage les libertés publiques à l’approche des prochaines échéances politiques.

Préparer 2027 avant tout

Depuis son arrivée au pouvoir en 2020, Évariste Ndayishimiye s’est efforcé de projeter l’image d’un dirigeant plus ouvert que son prédécesseur, tout en conservant un contrôle étroit sur les institutions sécuritaires. Les élections législatives de 2025, largement remportées par le CNDD-FDD dans un contexte contesté par l’opposition, ont confirmé la domination politique du parti présidentiel.

À neuf mois de la présidentielle, le message envoyé par Bujumbura apparaît sans ambiguïté : aucune faille ne sera tolérée dans l’appareil d’État ni au sein du parti au pouvoir. Cette stratégie pourrait renforcer, à court terme, la stabilité institutionnelle recherchée par l’exécutif. Mais elle comporte également un risque politique : celui d’alimenter un climat de suspicion généralisée où la sécurité devient le principal instrument de gouvernance, au détriment de la confiance entre le pouvoir, les élites et la société.

VICTOR ESSO TIKI 

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