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🇨🇲🇬🇶🇬🇦🇨🇫🇨🇬🇹🇩CEMAC : l’intégration régionale en panne faute de volonté politique ?

La suspension partielle des activités de la Commission de la CEMAC, pour cause de trésorerie exsangue, révèle une crise plus profonde : celle de l’engagement réel des États d’Afrique centrale envers leur propre projet d’intégration.

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) vient de franchir un seuil critique. Dans une note circulaire à forte portée politique, le président de la Commission a annoncé la suspension d’une grande partie des activités de l’institution, invoquant un faible recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI) par les États membres. Seules les missions jugées « hautement stratégiques » sont maintenues.

Au-delà d’un incident budgétaire, cette décision met à nu une réalité dérangeante : l’intégration régionale en Afrique centrale reste largement déclarative.

Quand les États asphyxient leur propre institution

Créée pour garantir l’autonomie financière de la CEMAC, la TCI devait permettre à la Commission d’agir sans dépendre des arbitrages politiques nationaux. Or, le non-respect répété de ce mécanisme par plusieurs États membres place aujourd’hui l’institution communautaire dans une situation de quasi-paralysie.

Ce constat soulève une question fondamentale pour les observateurs internationaux :

Comment une organisation régionale peut-elle porter des ambitions économiques communes lorsque ses États fondateurs rechignent à honorer des engagements financiers pourtant modestes au regard des enjeux ?

Un signal négatif pour les partenaires et les investisseurs

La suspension partielle des activités de la Commission intervient dans un contexte où l’Afrique centrale cherche à :

  • attirer des investissements directs étrangers,
  • renforcer la libre circulation des personnes et des biens,
  • améliorer la gouvernance économique régionale,
  • et s’inscrire pleinement dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Pour les partenaires techniques et financiers, comme pour les investisseurs internationaux, cette crise envoie un signal de fragilité institutionnelle préoccupant. Une organisation régionale incapable d’assurer son propre fonctionnement budgétaire peine à apparaître comme un cadre fiable de coordination économique.

CEMAC vs UEMOA : deux modèles, deux réalités

La comparaison avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est inévitable — et instructive.

Contrairement à la CEMAC :

  • l’UEMOA affiche un recouvrement plus régulier de sa taxe communautaire,
  • ses institutions disposent d’une capacité opérationnelle continue,
  • et ses politiques régionales (infrastructures, agriculture, convergence macroéconomique) bénéficient d’une exécution plus visible et plus crédible.

Cette différence ne tient pas uniquement à des facteurs économiques. Elle révèle surtout un écart de volonté politique, de discipline collective et de respect des règles communautaires.

Là où l’UEMOA a progressivement imposé la primauté de l’intérêt régional, la CEMAC demeure prisonnière de logiques nationales à courte vue.

Une intégration sous perfusion minimale

Le maintien des seules missions dites « stratégiques » traduit une intégration régionale au ralenti, réduite à la gestion de l’urgence. Or, une communauté économique ne peut se construire sur des demi-mesures permanentes.

Sans moyens financiers stables, la CEMAC ne peut :

  • impulser des politiques de convergence crédibles,
  • harmoniser les cadres réglementaires,
  • ni jouer son rôle de stabilisateur macroéconomique régional.

L’heure de vérité pour l’Afrique centrale

La crise actuelle agit comme un révélateur politique. Elle place les chefs d’État de la CEMAC face à leurs responsabilités historiques.

Soit ils réaffirment clairement leur engagement en :

  • garantissant le recouvrement effectif de la TCI,
  • renforçant l’autonomie financière de la Commission,
  • et acceptant une discipline communautaire contraignante,

soit la CEMAC risque de s’installer durablement dans une intégration de façade, incapable de répondre aux défis économiques et géopolitiques contemporains.

Plus qu’une crise budgétaire, un test de crédibilité internationale

À l’heure où les blocs régionaux s’imposent comme des acteurs clés de la gouvernance mondiale, la CEMAC joue sa crédibilité internationale.

La suspension de ses activités n’est pas seulement un problème interne : elle interroge la capacité de l’Afrique centrale à parler d’une seule voix et à transformer son potentiel économique en réalité collective.

L’intégration ne se proclame pas, elle se finance, se discipline et s’assume politiquement.

VICTOR ESSO TIKI 

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