🇨🇲CAMEROUN | NÉCROLOGIE — René Mbappe Mouloby : Douala accompagne un homme de mémoire vers le « Grand Orient »
Les 18 et 19 septembre 2026, la capitale économique camerounaise a vécu au rythme du deuil et du souvenir. À Bonanjo, familles, amis, personnalités publiques, responsables religieux, hommes d’affaires et proches venus de plusieurs horizons se sont retrouvés pour rendre un dernier hommage à René Mbappe Mouloby, décédé le 13 août dernier à Paris, à l’âge de 70 ans. Parmi les personnalités présentes, les ministres Masséna Ngalle Bibehe et Georges Elanga Obam, ses beaux-frères, ont accompagné leur parent jusqu’à sa dernière demeure.
DOUALA — Le ciel de Douala était lourd, nuageux, presque brumeux. Comme si la météo elle-même avait décidé de se mettre au diapason d’une ville en deuil.

Les 18 et 19 septembre, Bonanjo a été le théâtre d’un important rassemblement familial, social et mémoriel autour de la disparition de René Mbappe Mouloby. Dans cette partie historique de Douala, où se croisent depuis des générations les trajectoires politiques, économiques, administratives et familiales du pays, la Maison du Parti a exceptionnellement pris les couleurs du recueillement.
Dans la foule, des visages connus, des anonymes, des proches et des amis. Des personnalités venues témoigner leur affection à une famille frappée par une disparition qui, au-delà du cercle familial, a touché plusieurs réseaux professionnels et sociaux.

René Mbappe Mouloby s’est éteint le 13 août 2026 à Paris, après une longue maladie. Il avait 70 ans, étant né le 6 décembre 1955 à Douala.
Un homme de Douala, devenu citoyen du monde
Le livret funéraire retrace le parcours d’un homme dont la vie aura été marquée par la curiosité, la mobilité et une grande diversité de centres d’intérêt.
Né et ayant grandi à Douala, René Mbappe Mouloby y effectue ses premières études avant de rejoindre la France, où il s’oriente vers l’informatique.

Il y construit une carrière dans un secteur alors en pleine transformation, travaillant notamment comme informaticien administrateur de réseaux, avant de devenir enseignant en informatique.
Mais réduire René à son parcours professionnel serait, à en croire les témoignages réunis dans le livret de ses obsèques, passer à côté de l’essentiel.
Photographie, vidéographie, musique, pêche, navigation de plaisance, art et collection figuraient parmi ses passions. Ses proches décrivent un homme éclectique, curieux, sociable et profondément attaché aux relations humaines.
Un homme, surtout, dont la générosité semble avoir constitué l’un des traits les plus souvent évoqués par ceux qui l’ont connu.
« Toujours disponible, toujours prêt à aider », résume l’hommage familial.


Une famille réunie dans l’épreuve
La disparition de René Mbappe Mouloby possède également une dimension particulière dans l’histoire familiale.
Il était notamment le frère aîné des épouses des ministres Jean-Ernest Masséna Ngalle Bibehe et Georges Elanga Obam.
Le deuil a ainsi réuni autour de la famille des personnalités issues de différents univers de la société camerounaise.
Les deux ministres, dans leur qualité de proches et de membres de la famille par alliancen n’ont pas lésiné sur les moyens un accompagnement digne et grandiose du défunt durant ces journées de recueillement et d’hommage.
Une présence qui illustre une réalité souvent moins visible derrière les fonctions publiques : les hommes et les femmes qui occupent les plus hautes responsabilités restent aussi des fils, des frères, des beaux-frères, des oncles et des membres de familles confrontées aux mêmes épreuves que toutes les autres.

La Maison du Parti transformée en espace de mémoire
Vendredi 18 septembre, le programme prévoyait la levée du corps à la morgue de l’Hôpital Laquintinie d’Akwa, avant une veillée à la Maison du Parti de Bonanjo.
Le lendemain, samedi 19 septembre, le même lieu accueillait les familles, amis et connaissances pour la cérémonie d’hommage.
À partir de 10 heures, se sont succédé office religieux, témoignages et moments de recueillement, avant l’inhumation prévue à 13 heures.
La Maison du Parti, habituellement associée aux activités politiques et aux grands rassemblements, avait changé de visage.
Les ornements funéraires, les fleurs, les photographies du défunt et les témoignages familiaux ont fait de l’espace un véritable lieu de mémoire
.
Une biographie racontée par ceux qui l’ont aimé
Le livret consacré aux obsèques donne une place importante aux témoignages.
Sa fille Maguy évoque un père qui aura traversé la maladie et les épreuves avec une capacité à se relever.
Sa fille Lydie Henriette insiste, elle, sur une personnalité « fantasque », créative et indépendante, capable de se réinventer et de multiplier les expériences.
Ses neveux et nièces parlent d’un homme ayant occupé plusieurs rôles dans leur existence : oncle, conseiller, confident, figure paternelle et ami.
Le Témoignage de Madame Lydienne Ngalle Bibehe résume cette empreinte en quelques mots : un homme « d’une générosité sans nom », d’une « bienveillance profonde » et d’un « cœur unique ».
À travers ces textes, c’est finalement un autre portrait de René qui apparaît : celui d’un homme dont la richesse ne se mesure pas seulement à une carrière ou à des réalisations professionnelles, mais à la mémoire laissée dans les vies qu’il a traversées.
Une dernière traversée
Dans les traditions africaines, la mort n’est pas toujours racontée comme une disparition définitive. Elle est souvent présentée comme un passage, une transition vers un autre espace de l’existence.
Le livret funéraire de René Mbappe Mouloby reprend cette symbolique avec une formule particulièrement forte : « le Grand Orient ».
La formule donne à ces obsèques une dimension qui dépasse le simple cérémonial.
Car à Bonanjo, durant ces deux journées, il n’était finalement pas seulement question de dire adieu à un homme.
Il était question de raconter sa vie, de transmettre son souvenir aux générations suivantes et de rappeler ce qu’il représentait pour les siens.

La dernière image : celle d’un homme parmi les siens
Sur la couverture du livret, René Mbappe Mouloby apparaît dans un portrait sobre, entouré de fleurs blanches.
Au-dessous, une citation du Psaume 121 accompagne son dernier voyage :
« L’Éternel te gardera de tout mal, il gardera ton âme ; l’Éternel gardera ton départ et ton arrivée, maintenant et à jamais. »


Une phrase qui résume peut-être le sentiment dominant de ces deux journées : le départ est douloureux, mais la mémoire demeure.
À Bonanjo, les familles Mbappe, Mouloby, Mouyenga, Bona Essoka et leurs proches ont refermé une page.
René Mbappe Mouloby, né à Douala, parti vivre en France, revenu dans sa ville natale pour son dernier voyage, aura finalement effectué une ultime traversée entre deux rives.
Celle de la vie et celle de la mémoire.
Et tandis que le ciel de Douala demeurait couvert, les siens ont accompagné leur frère, père, oncle, beau-frère et ami vers ce que les familles endeuillées appellent pudiquement le Grand Orient.
Que la terre de nos ancêtres lui soit légère.
Repose en paix, René Mbappe Mouloby.
VICTOR ESSO TIKI


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