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🇬🇧Royaume-Uni : les binationaux face à un nouveau mur administratif aux frontières

À compter du 25 février, une nouvelle règle migratoire entrera en vigueur au Royaume-Uni, avec des conséquences directes pour des milliers de citoyens possédant une double nationalité. Désormais, les Britanniques binationaux ne pourront plus entrer sur le territoire sans présenter un passeport britannique ou irlandais, sous peine de se voir refuser l’accès au pays.

Une conséquence directe – et peu anticipée – du Brexit

Présentée comme une simple mise en conformité administrative, cette mesure s’inscrit en réalité dans la logique de durcissement migratoire engagée depuis le Brexit. En rompant avec le cadre européen de libre circulation et d’harmonisation des statuts civils, Londres renforce progressivement une approche plus restrictive et plus souverainiste du contrôle de ses frontières.

Selon plusieurs médias britanniques, dont The Guardian, cette décision touche particulièrement les citoyens ayant grandi ou vécu longtemps à l’étranger, souvent détenteurs d’un seul passeport non britannique malgré leur nationalité.

Un coût financier comme ultime porte d’entrée

Pour ceux qui ne disposent pas du précieux sésame, une alternative subsiste : le “certificate of entitlement”, un document administratif attestant du droit d’entrée au Royaume-Uni. Mais cette solution a un prix élevé : 589 livres sterling (environ 676 euros). Un montant jugé dissuasif par de nombreuses associations, qui dénoncent une forme de “citoyenneté à deux vitesses”.

Dans les faits, cette exigence transforme un droit fondamental – celui d’entrer dans son propre pays – en une démarche payante, longue et parfois opaque, renforçant le sentiment d’exclusion chez une partie de la diaspora britannique.

Les binationaux, nouvelles victimes collatérales

Cette mesure affecte tout particulièrement :

  • les binationaux issus des anciennes colonies,
  • les Britanniques naturalisés vivant en Afrique, en Asie ou en Amérique,
  • les jeunes générations n’ayant jamais demandé de passeport britannique, faute de nécessité jusque-là.

Pour beaucoup, la règle apparaît disproportionnée et déconnectée des réalités contemporaines de mobilité internationale.

Une lecture politique plus large

Au-delà de l’aspect administratif, cette décision illustre une tendance lourde : la re-nationalisation des droits civiques au Royaume-Uni. Dans un contexte de pression politique sur l’immigration, les binationaux deviennent un angle mort des politiques publiques, pris entre logique sécuritaire et rigueur budgétaire.

Alors que Londres cherche à redéfinir sa place dans le monde post-Brexit, cette mesure pourrait durablement fragiliser le lien entre le Royaume-Uni et sa diaspora mondiale, pourtant essentielle sur les plans économique, culturel et diplomatique.

Un signal clair est envoyé : être britannique ne suffit plus, il faut désormais pouvoir le prouver — passeport à l’appui, ou portefeuille ouvert.

VICTOR ESSO TIKI 

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