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🇨🇲Cameroun-Entrepreneuriat féminin : la BVMAC veut ouvrir la bourse aux entreprises dirigées par des femmes

À Douala, la 12ᵉ édition de l’initiative mondiale « Ring the Bell for Gender Equality » organisée par la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) avec la Société financière internationale (IFC) a remis au centre du débat un enjeu stratégique pour les économies de la CEMAC : l’accès des femmes entrepreneures au financement à long terme.

Dans une région où les entreprises dirigées par des femmes restent majoritairement cantonnées au secteur informel ou aux financements bancaires de court terme, les marchés financiers pourraient constituer une nouvelle frontière pour la croissance des PME et des entreprises à fort potentiel.

Un paradoxe africain : des femmes entrepreneures mais peu financées

L’Afrique est aujourd’hui l’une des régions les plus dynamiques au monde en matière d’entrepreneuriat féminin. Pourtant, les entreprises dirigées par des femmes restent largement sous-financées.

Selon plusieurs estimations d’institutions financières internationales, le déficit de financement pour les entreprises féminines sur le continent dépasse 40 milliards de dollars, un écart qui limite leur capacité à investir, à se formaliser et à changer d’échelle.

Dans les économies d’Afrique centrale, cette situation est encore plus marquée. Les femmes représentent une part importante des microentreprises et des activités commerciales, mais restent largement absentes des circuits de financement structurés tels que les marchés financiers, les fonds d’investissement ou les introductions en bourse.

C’est précisément ce déséquilibre que les institutions financières régionales tentent aujourd’hui de corriger.

La BVMAC, une bourse encore étroite mais stratégique

Créée pour devenir la place financière de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la BVMAC reste aujourd’hui l’une des plus petites bourses du continent.

Les données disponibles illustrent cette réalité :

  • 6 sociétés cotées sur le compartiment actions
  • capitalisation boursière d’environ 460 à 480 milliards de FCFA
  • plus de 1 100 milliards de FCFA de dette cotée sur le marché obligataire
  • plus de 30 lignes obligataires (États, institutions régionales et entreprises)  

Les principales sociétés cotées incluent notamment SOCAPALM, SAFACAM, SEMC, La Régionale Bank, SCG-Re ou encore BANGE Bank.

Le marché obligataire est en revanche nettement plus développé que le marché actions. Les États de la région – Cameroun, Gabon, Congo ou Tchad – ainsi que certaines institutions comme la BDEAC y ont régulièrement recours pour lever des capitaux.

Au premier semestre 2025 par exemple, sept opérations d’appel public à l’épargne ont permis de mobiliser environ 240 milliards de FCFA sur le marché financier régional.

Mais malgré ces volumes, le principal défi reste la faible liquidité du marché, caractérisé par un nombre limité de transactions et une base d’investisseurs encore étroite.

Une bourse encore peu utilisée par les PME

Cette faible profondeur du marché s’explique en partie par la structure du tissu entrepreneurial de la CEMAC.

La grande majorité des entreprises de la région sont des PME familiales, souvent peu capitalisées et faiblement structurées en matière de gouvernance. Or les critères d’introduction en bourse exigent notamment :

  • des comptes certifiés,
  • une gouvernance formalisée,
  • une capitalisation minimale,
  • et un historique de rentabilité.  

Ces conditions excluent de facto une grande partie des entreprises, y compris celles dirigées par des femmes.

Pour les responsables de la place financière régionale, l’enjeu est donc double : élargir la base d’entreprises éligibles et développer une culture boursière encore embryonnaire dans la région.

Les femmes, nouvel horizon de croissance du marché financier

C’est dans ce contexte que la question de l’entrepreneuriat féminin prend une dimension stratégique.

Pour le directeur général de la BVMAC, Louis Banga Ntolo, renforcer la présence des femmes dans les circuits économiques et financiers relève d’un enjeu d’équilibre mais aussi de performance économique.

La progression des femmes dans les métiers de la finance en Afrique centrale – régulation, sociétés de gestion ou sociétés de bourse – constitue déjà un signal encourageant.

Mais la prochaine étape consiste à voir émerger davantage d’entreprises dirigées par des femmes capables de lever des capitaux sur le marché financier régional.

Horizon 2030 : vers une bourse de financement des économies de la CEMAC

À moyen terme, la transformation de la BVMAC pourrait profondément modifier le paysage financier d’Afrique centrale.

Plusieurs axes structurent cette stratégie :

1. Augmenter le nombre d’entreprises cotées

Les autorités financières souhaitent faire passer le nombre de sociétés cotées d’une poignée aujourd’hui à plusieurs dizaines d’ici la prochaine décennie, notamment via un compartiment dédié aux PME.

2. Développer le marché obligataire privé

Jusqu’ici dominé par les émissions souveraines, le marché obligataire pourrait progressivement accueillir davantage d’entreprises privées.

3. Mobiliser l’épargne régionale

Les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les investisseurs institutionnels disposent d’importantes capacités d’investissement encore peu orientées vers le marché financier régional.

4. Accélérer la finance inclusive

L’intégration des entreprises dirigées par des femmes pourrait constituer un levier majeur pour élargir la base d’émetteurs et renforcer l’impact économique du marché.

Si ces transformations se concrétisent, la BVMAC pourrait devenir d’ici 2030 l’un des principaux instruments de financement de la transformation économique de la CEMAC, notamment dans les secteurs de l’agro-industrie, des infrastructures, de la finance et de l’énergie.

Dans cette perspective, l’accès des femmes entrepreneures au financement ne relève plus seulement d’une question d’égalité des genres.

Il devient un enjeu central de croissance et de diversification des économies d’Afrique centrale.

VICTOR ESSO TIKI 

 

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