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🇲🇦🇸🇳CAN 2025 : chronique d’un naufrage institutionnel — Motsepe, l’homme qui a fait vaciller le football africain

Le football africain a connu des crises, des soupçons, des arbitrages contestés. Mais rarement une séquence n’aura autant cristallisé la défiance que l’affaire de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, opposant le Sénégal au Maroc. En décidant, dans une opacité troublante, de retirer le titre aux Lions de la Teranga pour l’attribuer au Maroc sur tapis vert, la Confédération Africaine de Football a franchi un seuil critique. Au cœur de cette tempête : Patrice Motsepe, dont la gestion est désormais ouvertement contestée.

Motsepe, président hors-sol

Depuis son arrivée à la tête de la CAF en 2021, Motsepe promettait une rupture : gouvernance modernisée, transparence, crédibilité retrouvée. Quatre ans plus tard, le constat est brutal. L’épisode de la CAN 2025 révèle une institution fragilisée, perméable aux influences politiques et incapable de protéger l’intégrité sportive.

Dans cette affaire, le président sud-africain apparaît non pas comme un arbitre impartial, mais comme un acteur central. Plusieurs sources évoquent un rôle « stratégique et politique » dans la décision finale. Une ligne rouge franchie. Car au-delà du résultat, c’est le principe même de justice sportive qui est remis en cause.

Le triangle d’influence : Motsepe – Infantino – Lekjaa

Impossible d’analyser ce fiasco sans évoquer l’ombre portée de Gianni Infantino. Déjà critiqué pour sa gouvernance verticale du football mondial, le patron de la FIFA est accusé d’avoir pesé sur le processus disciplinaire africain. Son intervention publique après la finale, appelant à des sanctions contre le Sénégal, a été perçue comme un signal politique clair.

À ses côtés, Fouzi Lekjaa, également vice-président de la CAF, cristallise les critiques. Pour ses détracteurs, il incarne cette confusion des genres entre intérêts nationaux et gouvernance continentale. Une accusation grave : celle d’avoir influencé les arcanes décisionnelles pour faire basculer un titre.

Ce trio compose un système où les rapports de force semblent primer sur l’équité sportive. Une dérive dénoncée avec virulence par plusieurs voix du football africain et international.

Une CAF discréditée

Les réactions n’ont pas tardé. L’ancien international égyptien Ahmed Hossam Mido a publiquement fustigé la CAF, dénonçant une organisation qui « ridiculise l’Afrique ». Même tonalité chez Claude Le Roy, figure historique du football africain, qui évoque un « grand-guignol institutionnel » et accuse Infantino de se comporter comme un « dirigeant tout-puissant » sur le continent.

Plus largement, c’est la crédibilité de la CAF qui est atteinte. Déjà fragilisée par des scandales de gouvernance sous l’ère de Issa Hayatou, l’instance semblait amorcer une transition. Mais l’épisode actuel donne le sentiment d’un retour en arrière, voire d’une aggravation.

Le précédent dangereux

Attribuer un titre sur décision administrative, des semaines après une finale disputée, ouvre une boîte de Pandore. Demain, quel match pourra être considéré comme définitivement acquis sur le terrain ? Quelle confiance les joueurs, les supporters et les partenaires accorderont-ils encore aux compétitions africaines ?

Le Sénégal, qui s’estime lésé, pourrait porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport. Mais même en cas de révision, le mal est fait : l’image du football africain est durablement écornée.

L’Afrique mérite mieux

Ce scandale intervient à un moment paradoxal. Sur le terrain, les sélections africaines progressent, les talents s’exportent, les infrastructures s’améliorent. Mais dans les coulisses, la gouvernance reste le talon d’Achille.

La sortie de crise nécessitera plus qu’un simple réajustement. Elle impose une refondation : clarification des rôles, indépendance des commissions, limitation des conflits d’intérêts. Et surtout, un leadership crédible.

Aujourd’hui, une question s’impose : Patrice Motsepe peut-il encore incarner cette réforme ? Pour une partie croissante de l’opinion footballistique africaine, la réponse est déjà tranchée.

Le football africain n’a pas seulement perdu une finale. Il a perdu, le temps d’un scandale, une part de son âme.

VICTOR ESSO TIKI

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