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🇨🇲🇹🇩🇬🇦🇨🇬🇬🇶🇨🇫CEMAC : Yaoundé au cœur de la refondation statistique régionale

Une bataille silencieuse mais stratégique : la donnée démographique

À Yaoundé, du 23 au 25 avril 2026, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a réuni experts, statisticiens et partenaires techniques pour un chantier aussi discret que décisif : la validation d’un guide régional des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH). Derrière cet exercice technique se joue en réalité une transformation structurelle de la gouvernance économique en Afrique centrale.

Soutenu par la Banque mondiale via le projet HISWACA et accompagné par le Fonds des Nations Unies pour la population, cet atelier marque une tentative ambitieuse d’harmonisation statistique dans une sous-région encore fragmentée sur le plan des données.

Des défaillances coûteuses pour les économies

Le constat est sans appel : la plupart des pays de la CEMAC accusent un retard critique dans la réalisation de leurs recensements, rompant avec le cycle décennal international. Une situation qui a un coût économique direct.

Sans données actualisées sur la démographie, l’emploi, les migrations ou encore l’urbanisation, les États naviguent à vue. Les politiques publiques deviennent approximatives, les investissements mal calibrés, et la planification budgétaire perd en efficacité.

À cela s’ajoutent :

  • une transition numérique encore incomplète ;
  • des délais de traitement excessifs ;
  • et des contraintes sécuritaires qui empêchent une couverture exhaustive des territoires.

« Ces lacunes privent les gouvernements d’informations en temps réel et affaiblissent notre capacité de décision », a rappelé Nicolas Beyeme Nguema, lors de l’ouverture.

Vers une “industrialisation” des statistiques publiques

Le guide en cours de validation ambitionne de standardiser l’ensemble de la chaîne de production statistique, de la cartographie censitaire à la diffusion des résultats.

Objectif : faire entrer la CEMAC dans l’ère des recensements de nouvelle génération, reposant sur :

  • la collecte numérique (CAPI) ;
  • les systèmes d’information géographique (SIG) ;
  • des protocoles harmonisés d’analyse et de contrôle qualité.

Ce basculement technologique est loin d’être anecdotique. Il pourrait réduire drastiquement les délais de publication – parfois supérieurs à cinq ans – et améliorer la fiabilité des données.

Pour les investisseurs comme pour les bailleurs, cette évolution constitue un signal clé. La qualité des statistiques nationales est en effet un déterminant majeur de l’attractivité économique et de la crédibilité des États.

Un levier d’intégration régionale

Au-delà de l’enjeu technique, la démarche s’inscrit dans une logique d’intégration économique régionale. L’absence de données comparables entre pays freine aujourd’hui la coordination des politiques économiques et limite l’efficacité des programmes communautaires.

Avec ce guide, la CEMAC entend poser les bases d’un référentiel commun, permettant :

  • une meilleure comparabilité des indicateurs ;
  • un suivi plus cohérent des Objectifs de Développement Durable ;
  • et une gouvernance économique plus intégrée.

« En harmonisant les méthodes, nous renforçons notre capacité collective à planifier et à négocier au niveau international », souligne un expert participant.

Le Cameroun en laboratoire

Pays hôte, le Cameroun apparaît comme un terrain d’expérimentation. Le lancement simultané du 4e RGPH et d’un recensement agricole (REGAE) illustre une approche intégrée, visant à optimiser les coûts et enrichir les bases de données.

Pour Joseph Tedou, « le recensement n’est pas une simple opération statistique, mais un instrument de souveraineté et de planification stratégique ».

Une réforme discrète aux impacts macroéconomiques majeurs

Derrière cet atelier technique se profile en réalité une réforme structurante : celle de la gouvernance par la donnée.

À terme, une meilleure qualité statistique pourrait :

  • améliorer la mobilisation des financements internationaux ;
  • renforcer la crédibilité des politiques publiques ;
  • optimiser l’allocation des ressources ;
  • et soutenir la planification des infrastructures, de la santé et de l’éducation.

Dans une région confrontée à des défis sécuritaires et budgétaires persistants, la donnée devient ainsi un actif stratégique.

Une équation encore fragile

Reste que la réussite de cette réforme dépendra de plusieurs facteurs critiques :

  • la capacité des États à financer durablement leurs systèmes statistiques ;
  • la formation des ressources humaines ;
  • et la stabilité sécuritaire dans certaines zones.

La validation du guide n’est donc qu’une première étape.

Mais elle envoie un signal clair : la CEMAC entend reprendre le contrôle de son “destin statistique” – condition sine qua non pour piloter efficacement son développement économique dans les décennies à venir.
La Rédaction 

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